EPILOGUE: aux phalanstériens
Notes 221
Jésus-Christ devant les Conseils
de guerre 226
N. B. On me fait querelle de n'avoir pas mis dans cette brochure une exposition des voies et moyens de solution de la question sociale.
C'est peu raisonnable. J'ai consacré à cette exposition, entre autres, deux volumes sous le titre de Destinée sociale. J'y renvoie les curieux. Ceci, c'est pour faire des curieux.
P0ST-3CRIPTUM.
(A renvoyer page 220 bis.,)
•l'aviso ici une page blanche. J'en profite pour montrer d'un mot que les faits accomplis se sont chargés de justifier chaque jour les prédictions écrites il y a plusieurs mois dans ce livre.
La société actuelle et le gouvernement des Morts deviennent de plus en plus impossibles
Dans l'ordre politique, qui n'est il lui seul encore qu'une bien petite affaire, la contradiction, l'incapacité, l'impuissance et leur compagne obligée, la violence, sont a l'ordre du .jour.
A peine les républicains ralliés a une Constitution, cette Constitution est audacieusement attaquée par toutes les bandes réactionnaires.
A peine les républicains devenus les défenseurs de la légalité, les soidisant représentants de l'ordre et de la modération se font, sur tous les points, fauteurs d'anarchie, conspirateurs.
Dans leur impatience aveugle, désespérée, pour le ridicule avantage de se débarrasser quelques jours plus tôt d'une Assemblée faible, mais honnête et en majorité républicaine, ils inventent et colportent sur toute la surface du pays des machines de guerre. Ces machines incendieront tous les pouvoirs que les raffales qui soufflent sur le chaos social et révolutionnaire amèneront un instant au gouvernement.
La division, la haine, la trahison, et la peur qui rend violent les lâches, sont en permanence.
La France est grosse de complots croisés et de coups d'Etat. Tous les drapeaux du vieux monde s'agitent, se mêlent et achèvent de s'avilir.
Vers la fin de la première Constituante, la veille de 92 et de 93, la France était dans une situation d'ordre relativement à l'état actuel. Il n'y avait en effet que deux éléments de guerre en présence, lu Révolution et le trône. Aujourd'hui nous avons trois partis a prétendances, trois dynasties en ligne, avec toutes les ambitions, toutes les ardeurs âpres, cupides, violentes et toutes les trahisons réciproques que ces partis méditent les uns contre les autres, tous les complots qu'ils contiennent. En arrière, nous avons onze mois pendant lesquels l'idée monarchique a été conspuée, honnie par toute la France.Nous sommes en face de l'avènement des campagnes divisées, menaçantes, du sein desquelles d'un jour à l'autre une jacquerie peut surgir, bien qu'on ne paraisse pas s'en douter. Puis l'armée, sur laquelle le pouvoir compte, comme y comptaient les pouvoirs tombés... puis les républicains formalistes; les républicains dits rouges ou montagnards; le parti socialiste des ouvriers des villes ; et enfin, toutes les idées, toutes les utopies, toutes les passions qui tourbillonnent, emportent les esprits et ravagent le vieux champ de l'opinion publique.
Lundi dernier, 29 janvier, du sein d'un calme momentané des esprits, par la sottise dupée de certains organes supérieurs du pouvoir, la trahison et l'esprit énergumène de quelques autres, sort tout à coup une journée mystérieuse, sombre et armée, qui est la situation toute entière, car cette journée contenait au moins quatre complots, trois d'attaque et un de résistance. La France a été ce jour-là à un doigt d'une guerre civile affreuse, qui n'eût trouvé ses analogues qu'aux temps des grands déchirements de l'Empire romain et de l'inondation des barbares. Et cette éventualité apocalyptique plane toujours sur le pays.
Eh bien ! c'est tout juste le moment que choisit le Président actuel du
ment, étaient, en ce moment, d'accord'pour laisser au président de la République une sorte d'irresponsabilité relative, qui facilitât des tâtonnements et permît de faire face à la mobilité des temps par la mobilité des ministères...
Cette inspiration universelle et du bon sens le plus vulgaire dans la situation, cette dernière planche de salut. .. M. Odilon Barrot la brise: C'est le Père noble marqué par le destin pour présider aux pompes funèbres des dynasties restaurées, formées ou en velléité de formation.
Entre temps, l'Allemagne se prépare â prendre la tète de colonne du mouvement démocratique révolutionnaire, et le Socialisme s'élabore en France et dans la moitié de l'Europe avec une indicible rapidité et sur une échelle immense. — Nous verrons de nos yeux la naissance du Monde nouveau, du Monde rayonnant de liberté, d'harmonie et de bonheur.
Dimanche, 4 février 1849.
OU
§ 0. — Couronnes de Cyprès.
En tète de ce troisième tirage du Socialisme devant le vieux monde, je dois rendre justice aux Morts. Ils font ce qu'ils peuvent. Chaque jour ils apportent à la vie et à la vérité de nouveaux témoignages.
Ils s'efforcent de faire acte d'existence. Ils essayent de gouverner, de ranimer la confiance, de pacifier les esprits, — ce sont leurs expressions. Mais ils ne gouvernent pas; mais la confiance ne revient pas; mais les esprits agités par les intrigues honnêtes et modérées s'échauffent et s'aigrissent de plus en plus.... Tout cela au profit du travail de décomposition du monde qui s'en va. des institutions qui expirent.
On les voit donc se succéder au Pouvoir et passer comme des ombres.
Il est nécessaire que ces exhibitions d'outre-tombe aient lieu.
Il faut qu'elles ne soient dérangées par aucune effervescence intempestive des idées qui s'élaborent. Il le faut pour l'éducation et l'édification des intérêts. Les intérêts doivent apprendre que rien des institutions anciennes ne les peut sauver, que le saint ne leur peut venir que des idées et des institutions nouvelles.
Démocrates et Socialistes, gardez-vousdonc de troubler ces expériences posthumes. Vous êtes les hommes du droit, de l'idée nouvelle et de l'amour. Développez la conscience du droit, fortifiez et mûrissez l'idée, pratiquez l'amour. Laissez aux revenants l'illusion de la force qui a péri, et soyez remplis d'une ardeur calmo et d'une sainte confiance.
La force brutale était la loi du monde barbare. L'idée, le droit et l'amour sont les Puissances invincibles et sacrées du monde qui va naître. Votre jour arrive; sa lumière toute seule chassera les fantômes.
Mais quel bruit se fait au camp des Morts "1 — L'un d'entre eux, qui jusqu'ici avait gardé le silence, sorti cette nuit de sa tombe t ntr'ouverte, a parlé sous son linceul.
De son vivant, ce trépassé s'appelait François G nizot. Il fut professeur en Sorbonne sous la Piestauration, et onze ans ministre sous Louis-Philippe.
Au temps du libéralisme il lit son œuvre. 11 servit avec éclat et sonorité dans la campagne de 1815 à 1830, qui assura, contre les derniers efforts du vieux Patriciat nobiliaire, l'émancipation de la Bourgeoisie.
Bientôt, l'idée de son temps se solidifia daus son cerveau. Il devint une inear-nation abstraite, aveugle-, pleine d'orgueil, revêtue de fermes dogmatiques, tram liantes et d'une rigueur calviniste, du Patriciat de la haute Bourgeoisie, dont il formula la doclrinv. Il se montra dans l'ordre verbeux, pour ce Patriciat transitoire, ce que Caton avait été. dans l'ordre de l'action, pourla vieille Aristocratie romaine.
Dieu veut aujourd'hui que les Défunts rendent des sign.es. Il les l'ait successivement parler, afin que le Néant soit confessé par lui-même.
M. Thiers nous avait donné son livre; M. Guizot nous devait le sien. Lisez doue le livre que le plus solennel de ces Morts
adresse aux Vivants pour leur enseigner la vie. — 0 docte
ignorance! ôsénile entêtement! ô majestueuses vanités !
Je ne connais pas de plus irréfragable témoignage que ces voix qui sortent de terre, que cette illusion funéraire qui fait prendre à des esprits distingués, pour la réalité et la vie, le souvenir des choses uu temps accompli, les rendant imperméables a toute idée appartenant à une alluvion postérieure à celles dont ils ont été contemporains.
Les ombres des Idoménées et desNestors s'entretiennent aux pales et froids rayons du soleil élyséen : elles croient toujours à l'existence, sur la terre, de leur Crète et de leur Pytôs : elles redisent éternellement leurs formules d'autrefois et nous croient perdus si nous ne nous gouvernons d'après leurs sentences ! — Tachons de nous préserver de ce travers quand nous serons vieux.