CHRIST
Après cela, comme il n'y a point de folies nouvelles sous le soleil, je ne vois pas pourquoi nous ne ferions pas remonter l'enquête jusqu'au delà du 24 février. Je
} rendrai donc la liberté de vous faire remarquer qu'un ivre fort ancien, la Bible, professe la même opinion sur le prêt à intérêt.
Quand ton frère sera devenu pauvre, et qu'il te tendra ses mains tremblantes, tu le soutiendras, même l'étranger et l'habitant, afin qu'il vive avec toi.
Tu ne prendras point de profit de lui ni d'intérêt ; mais tu craindras ton Dieu, et ton frère vivra avec toi.
Tu ne lui donneras point ton argent à intérêt, et tu ne lui donneras point de le3 vivres pour en tirer de profit. (Lévitiq. XXV, 35, 36, 37.)
Si ces gens-là étaient oracles de sagesse, comme quel" ques-uns le disent, et non de folie, comme vous l'admettrez, il nous faudrait regarder cette institution si éminemment philanthropique des monts-de-piété comme un monument d'iniquité. Les monts-de-pitié ne sont-ils pas désignés clairement dans le passage suivant :
Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, tu le lui rendras avant que le soleil soit couché.
Car c'est sa seule couverture, c'est son vêtement pour couvrir sapoau. Où coucherait-il ? S'il arrive donc qu'il crie : A moi ! je l'anteodrai, car je suis miséricordieux. (ExiA xxn. 26, 27.)
C'est ainsi, qu'on enseigne l'ingratitude au peuple. •Vous savez sans doute, et "sinon, je me fais un plaisir de vous l'apprendre, que les Hébreux célébraient de sept
en sept ans une année solennelle, l'année de relâche, comme on l'appelait ajuste titre; car jupez vous-même de quel relâchement d'idées financières une telle institution témoigne.
Et c'est ici....
C'est Dieu qui parle : Vous n'ignorez pas que la manie de ces anarchistes est de parler au nom de Dieu et du peuple qu'ils ont 03é identifier dans cette maxime impie autant que fameuse: Vox... Mille pardons; la voix du pevple est la voix de Dieu.
Et c'est ici la manière de la célébrer : que tout créancier relâche ce qu'il aura prêté à son prochain, et qu'il ne l'exige point de son prochain ni de son frère quand on aura proclamé l'année de relâche à l'honneur de l'Eternel...
Aûi: qu'il n'y ait parmi toi aucun pauvre. (Deuteron. XV, I, 2, i.)
A prêter un tel langage à Dieu, autant vaudrait tout de suite diviniser le citoyen Proudhon : Pater noster Proudkon, sanctificetur nomen tuurn, adveniat regnum tuum, jiat voluntas tua. Panen nostrum quotidianum da nabis hodiè, et libéra nos à malo. Amen!
Vous me direz : Voilà un singulier sy-tôme de crédit! et qui trouvera à emprunter quand viendra le moment de cette liquidation périodique? Ces gens-là sont bien fins, citoyen procureur, ils ont prévu le cas :
Prends garde à toi qu'il n'y ait cette pensée impie dans (on cœur, et que tu ne dises ; la septième année, qui est l'année de relâche, approche, et que ton œ:l, étant sans pitié envers ton frère qui est pauvre, pour ne lui rien donner, il ne crie contre toi à l'Eternel, et qu'il n'y ait en toi du péché. (Deuteron. XV, 90.)
Si ces funestes doctrines avaient de profondes racines dans le passé, quand le chef de ces socialistes leur a donné une forme et une vie nouvelles, elles ont depuis porté des fruits abondants autant qu'amers. Jusqu'au quatorzième siècle tous les Conciles semblent s'être donné le mot pour ébranler les fondements du crédit public et privé; voyez-les flétrissant à l'envi de l'épithète d'usurier le rentier honnête et l'obligeant prêteur.
Celui-là est un usurier, dit le Concile de Reims, qui, outre !e suri principal, exige eu accopte quelque chose d'appréciable en argent.
Le Concile d'Adge est plus bref, mais non moins explicite.
D y a iniQie, dès qu'on répète plus qu'on n'a donné.
Le Concile d'EIvire, tenu en l'an 305, ne s'arrête point en si beau chemin ; non content de blâmer celui qui fait valoir ses fonds, il lance sur lui l'anathème :
Un laïque qui s'est rendu coupable d'usure recevra, dit-il, son pirdon, s'il promet de faire pénitence et de ne plus commettre d'exactions, mais, s'il persiste dans son iniquité, qu'il soit rejeté de l'église, qu'il soit excommunié. [Concil. Elib., Can. 20.)
Et prenez garde, de trouver la peine excessive, car votre doute même serait un crime. Cela a été décidé par un Concile tenu en 1311, un Concile présidé par un Pape ; le pape Clément V.
S'il arrive à quelqu'un, dit le concile de Vienne, de tomber dans cett3 erreur, qu'on peut affirmer en conscience qu'il n'y a pas de péché à prêter à usure, nous décrétons qu'il soit puni comme hérétique.
Et à cette occasion, Bossuet fait cette déclaration :
Personne dans L'Eglise n'a jamais réclamé conîr-e ces décrets ; AU CONTRAIRE, 0.\ s'y EST SOUMIS COMME ON A TOUJOURS FAIT AUX CHOSES RÉSOLUES PAR LA TRADITION, PAR LES CONCILES MEME GÉNÉRAUX, ET PAR LES DÉCRÉTALES DES PAPES ACCEPTÉES ET AUTORISÉES DU CONSENTEMENT DE TOUTE L'ÉGLISE.
CA DONC TOUJOURS ÉTÉ L'ESPRIT DU CHRISTIANISME DE* CROIRE QUE LA DÉFENSE DE L'USURE PORTÉE PAR LA LOI ÉTAIT OBLIGATOIRE SOUS L'ÉVANGILE, ET. QUE NOTRE SEIGNEUR AVAIT CONFIRMÉ CETTE LOI. {Loc. cit. 5me prop.)
Bossuet! le grand Bossuet, l'aigle de Meaux, lui aussi, malade de cette peste ! !
S'il faut en croire la Bible, et qu'en pensez-vous ? Dieu ratifiera la sentence des Conciles.
Eternel ! qui est-ce qui séjournera dans ton tabernacle? qui est-ce qui habitera en la montagne de ta sainteté ?
Celui qui ne donne point soi argent à usure... (Psalm. xv 4,5.)
L'homme qui sera juste et qui fera ce qui est juste et droit,
Qui n'aura point prèle à usure, et qui n'aura point pris de surcroît...
Celui-là est juste; certainement il vivra, dit le Seigneur, l'Eternel.
Qui prête à usure et qui prend du .surcroît, vivra-t-il? Il ne vivra pas quand il aura commis ces abominations-là ; il mourra très certainement et son sang sera sur lui. (Ezech., xvuj, 5, 8, 13.)
Ainsi, l'excommuniât ion et le supplice dans cette vie, la damnation pendant l'éternité, voilà ce que mériteraient tant de républicains honnêtes. Sancte Proudhon, miserere nobis l