ABOLITION DE LA FAMILLE
Je ne terminerai pas sans fournir quelques preuves de plus des connaissances profondes qu'ont tous ceux qui combattent le Socialisme, ceux surtout qui crient le plus fort, des idées et des éléments qui le composent.
S hh. LES FEMMES EN COmiIN.
Il est convenu que le Socialisme n'est autre chose que l'abo* lition de la Propriété et de la Famile.
La Propriété, vus certains Socialismes, cela peut se concevoir; mais la Famille I Qui donc, parmi les Socialistes, poursuit la Famille, en veut à la Famille, se propose de détruire la Famille? Je me suis souvent demandé où les valeureux champions de la Famille avaient pris cela? A la fin, le ConstUtUionael a éclairé œ problème.
Le ConsHtuHùimel, à o qu'il parait, compense son ignorance profonde du Socialisme moderne par d» fortes études sur le Socialisme ancien. Il a découvert, dans la République de Pla-
ton, si j'ai bonne mémoire, celle idée iogteîouse : Que les femmes doivect^tre communes afin d'éviter les jalousies et surtout afin que chaque enfant, dans Tindétermination de sa paternité, fas^e bénéficier tous les hommes mûrs à la fois, chacun de ceux-ci pouvant être son père, du respect et de raÉfection filiale que la nature lui inspire pour son auteur.
Cette découverte faite, crac ! le Constitutionnel en coifie le Socialisme moderne. Voilà pourquoi nous sommes tous des promiscuitaires et des ennemis de la Famille. Nous avons du moins, depuis que le Constitutionnel nous Ta appris, la satisfaction de savoir comment.
Platon vivait dans une société où la femme, confinée dans le gynécée, était encore aux trois quarts la femme matière du ha* rem oriental, une femelle pure et simple. Que Platon, en présence de ce genre de femme, ait poussé jusqu*au bout le principe logique du communisme de sa république, c^e^t très bjen. C'était son idéal. Il prévenait son monde que Tusage commun des femmes ne pouvait avoir lieu que dans une République parfaite. Passons-lui cela. Mais aujourd'hui que les droits civils de l'épouse et le spiritualisme chrétien ont commencé le développement de la liberté de la femme et, par suite, de sa personnalité, de sa dignité, et inventé Vamonr platonique — ainsi nommé sans doute, parce qu'il ne pouvait guère être connu de Platon ni de ses contemporains, — je demande où sont les cervelles qui aient hâ>ergé cette idée saugrenue du divin parleur des jardins d'Âcadémus?
Observons la logique de la société honnête, érudite et univerversitaire. Platon est un homme divin, un saint, un ange. On nous apprend à adorer ce grand esprit, cette âme céleste, ce précurseur du christianisme. Je ne m'inscris point, notez-le, contre la grande valeur intellectuelle de Platon. Or, Platon est le premier et le plus intrépide des communistes. Son communisme est ce qu'il y a de plus absolu et de plus foncé dans le genre. Nous venons de voir jusqu'où il mène le principe et la chose!
Cependant, les socialistes qui ne sont pas communistes, et les communistes eux-mêmes qui restent en deçà de Platon, de Thon* nête Platon, du divin philosophe conservateur Platon^, mais qui n'ont pas comme lui l'avantage d'être enterrés depuis deux mille cent quatre-vingt quinze ans, tous ceux-ci sont des misérables^, des brigands^ des barbares et des infâmes....
Le bon et vertueux Thomas Morus, pour avoir eu la tête tranchée en 4535 par son doux maître Henri YIII, jouit, malgré l'Utopie communiste dont il est l'auteur, du même bénéfice. Quant à Cabet et autres qui ne sont coupables d'aucune invention, qni ont les mêmes idées que celles du lord grand chancelier d'Henri
Vill, les mômes que celles de Platon, moins la communauté des femmes et Texploitation des esclaves, ils ne méritent que le mé-^ pris de tous les honnêtes gens et, en sus, un bout de corde. O logique ! je te bâtis un temple et j Y dresse un autel : M. Cousin^ traducteur de Platon, restaurateur ds son culte et pourfendeur du Socialisme, y dira la me^se. Et vous tous, savants, érudits^ intelligents avocats de h Propriété, intrépides défenseurs de la Fanaille, impuissants crooheteurs des portes fermées, mais hardis enfonceurs des portes ouvertes, vous y recevrez la béné* diction du grand prêtre, jimen.
Je vais constater un autre point non moins curieux.
S ii- LES SOCULISTES MORAUX.
Cabet est, en fait de rapports des sexes, très orthodoxe et tout à fait patriarcal.
Leroux a poussé, par réaction contre Enfantin, Tidéal monogamique jusqu'à Fabsurde. On peut iaire^ de la monogamie à perpétuité et forcée, l'objet d'une prescription civile ou reli* gieuse, d*un devoir, d'une loi sociale. On n'en fera jamais un» loi naturelld dans l'humanité. C'est pourtant ce que veut Leroux malgré les protestations de la nature, et les annales de l'histoire intimé du cœur humain dans tous les temps et dans tous lea Heur.
Quant à Proudhon, en sa qualité d'individualiste et malgré son énorme bosse de destruetivitéintelUctuelle^ il est resté, sur ce point, invariablement cloué aux bonnes doctrines. Cela s'ex» pliqae : le cœur humain et les passions ne sont rien pour lui. J'ai déjà dit que son Socialisme est arithmétique et ne sort paa des quatre règles.
S jj • LES SOCIALISTES IMMORAUX.
II n'y a guère aujourd'hui que nous autres qui, théoriquement et spéculativement du moins, soyons suspects à cet égard. Nous nous permettons^ de penser que, dans cet ordre de relation» comme dans tous les autres, la liberté sagement ordonnée, le libre accord des âmes^ est la condition sim quà non de la dignité des personnes, de la loyauté des mœurs, de la vérité et de la sincérité des rapports. Dans des conditions convena-^ blés , dans un milieu bien prt'paré, toutes précautions prise» en faveur des enfants, de la filiation régulière des générations et de la paternité, nous serions assez disposés à ce que la loi ren> dît facultative la rupture des liens mal assortis, des unions troublées, incompatibles, empoisonnées.
Nous tenons pour immoral en soi, la captivité de l'esprit dans la matière, de Tàme dans la forme légale, l'esclavage grossier du cœur, la possession brutale et charnelle du corps de la feaimo>
lu
par un mftle dûment autorisé , mais qui n*a jamais poasédé ou qui ne possède plus le cœur.
OfAte profanation de ce qu*il y a de plus délicat et de plus saint aux sources vives de la noblesse et de la dignité de l'espèce humaine, ce corps obsédant impudiquement Tâme qui le repousse, constituent pour nous rADULTÈas pae excellence. Cet adultère peut être légalisé par lyie formule, par un article du code, par un maire^ il ne saurait , pour autant, en être moins immoral et moins odieux.
Nous nous trompons sans doute: nous devons le croire, puis^ que notre sentiment soulève Tindignation et les saintes colères de toutes les moralités immaculées de la société de Saints au milieu de laquelle nous avons le bonheur de vivre ; de tous les pudiques libertins qui se signent au mot de divorce; de tous ces austères fornicateurs si passionnés pour la famille qu'ils ne perdent aucune occasion d'en commencer de tous les côtés, d*en semer à droite et à gauche et d'accrottre celles de leurs voisins ; de ces magistrats sévères et de ces vieux pairs de France qui poussent le prosélytisme des bonnes doctrines jusqu'à entretenir des troupeaux de lorettes rien que pour avoir l'occasion de leur enseigner, aus^i fréquemment que l'âge et les affaires le leur permettent, la fidélité que le mari doit à la femme aux termes de la loi civile et religieuse. Joignez-y les Représentants en traitement secret; les vertueux rédacteurs des premiers-Paris des journaux les plus honnêtes, dont les (désordres publics accompagnent si bien les tirades puritaines ; les athés qui sont pour la religion ; les roués qui sont pour la vertu ; les intrigants qui n'ont que le devoir. Tordre et les bases de Tor* dre social à la bouche; l'Académie des sciences morales dont c'est l'état ; les dévotes qui se damnent avec leurs amants uniquement pour ne pas manquer de sujets de mortifications pieuses au confessionnal ; tous ces messieurs qui, devenant fort occupés et se iaisant vieux, sont devenus hermites ; et les dames de ces messieurs, principalement à partir du jour où elles ont commencé à ébrécher le contrat et mis des cornes à leurs lunes de miel : ajoutez enGn tout ce qui se conforme à la loi conjugale strictement et rigoureusement, comme l'ont fait nos pères, et coomie nos enfants s'apprêtent à le faire au plus tard qoand ils se préparent au baccalauréat.
L'autorité de tous ces témoignages est écrasante, j'en dois convenir. Je le répète donc ! en songeant, pour l'avenir, à un eystème de divorce qui, toutes conséquences fâcheuses évitées dans la pratique civile et sociale, affranchirait la femme, sauvegarderait sa personnalité et sa dignité, anéantirait le droit du seigneur, — aboli pour le manant mais maintenu sur l'épouse, -^cesserait enfin de prostituer la loi à la consécratiou del'adal-
tère des corps et des âmes : en song0aDt à cela pour TaTenir, nous deyons ôtre dans Terreur. Cependant nous n'avons pas lo iiODheur, comme tant d'autres , de maîtriser nos convictions et d'en changer à volonté.
Nous ne pouvons donc qu'ouvrir nos consciences aux flots de lumière que les partisans de la monogamie à perpétuité et forcée, sans divorce possible, y pourraient verser. Dès qu'on nous aura prouvé, — en principe et toutes circonstances pratiques réservées, — l'immoralité inhérente à la liberté de séparation des époux qui se détestent^ et la moralité de la loi qui oblige une femme à entrer dans le lit d'un homme qu'elle n'aime pas et à y subir toutes ses odieuses gentillesses : dès que cette preuve sera faite, pour ma part, je me rendrai. Jusque-là je continuerai à penser que tout engagement perpétuel, absolu, sans résiliation possible, est une chose contraire à la nature, à la raison, à hi morale et à la religion, et que l'on a monstrueusement matérialisé la parole de Jésus-Christ sur ce point conmie sur tant d'autres.
La lettre tue et l'esprit vivifie, a dit l'Âpôtre. L'esprit de l'Évangile, qui est l'essor même de la liberté et du spiritualisme, ne supporte pas le sens grossier, formaliste et brutal qu'on lui donne encore à ce sujet. Quand Jésus dit : « Vous ne désunirez point ce que Dieu a uni^ » il n'entend pas parler des époux qui ne s'aiment pas ou qui se haïssent ; par la bonne raison que des épou2 désunis ne sont pas unis, encore moin^ unis par Dieu y qui n'unit que par la grâce, c'est-à-dire par VaUrait^ c'est-à* dire par l'amow.
N&us prévenons, en passant, les Écoles du matérialisme religieux et du formulisme théocratique, que les temps de l'exploitation de l'Évangile contre la liberté, au profit de toutes les dominations, sont finis. Evangile ou, doctrine de la démocratie et de la liberté, c'est tout un. Les Pharisiens et les Princes dee Prêtres ont beau regimber : l'esprit crève la lettre et emporte les lourdes formules sous lesquelles ils l'ont si longtemps tenu captif. Le siècle de Voltaire, qui a glorieusement brisé la théocratie, a repoussé la religion. La famée et le désordre du combat expliquent cette erreur. Mais en renversant la bastille théocratique où le Christianisme étouffait, ils en ont dégagé le divin esprit. Bien loin de repousser l'Evangile, le siècle actuel s'en empare. C'est ce qui ruine et achève le parti des Princes des Prétree, des réactionnaires prétendus religieux, des oppresseurs du clergé secondaire, de tous les genres de Pharisiens et de JésuiteSy le parti qui a fait trop longtemps d'une religion de liberté un instrument d'esclavage. Vous prétendez trouver, dans l'Evangile, la consécration du viol légal et de l'adultère 1 Gardez vos interprétations grossières et blasphématoires et servez-vous en pour vous. L'avenir se servira des siennes.
S Ul. ou JE XE BROUILLB AVEC LA MORALE.
Je le dift carrément, à la barbe des tartufes de tous les genres, des cahards de la morale et de la religion, en face de tontes les hypocrisies que je déteste : je ne vois rien de criminel en soi ni dans Famour, ni dans la variété et le changement des af/ections. S'il est immoral d'aimer sans autorisation et sans contrat, s'il estdamnable d'avoir aimé plus d'une fois, je demande à éUre lapidé par ceux qui sont sans péchés, à moins qu'ils ne soient en mènie temps sans cœur. J'attends les coups saos grande crainte.
Ce que je trouve immoral et odieux, moi, ce ne sont pas les essors libres des affections sincères que je défie aucun homme de bonne foi et d'intelligence d'oser ccmdamner formellement et en elles-mômes : c'est la contrainte en affaires de cœur, d'abord; ce sont, ensuite, les hypocrisies, les mensonges, les trahisons, les désordres, l'abandon des pauvres filles séduites, l'abandon Hes enfants, l'adultération des familles par la fausse paternité, la prostitution de tous les degrés et de toutes les classes, toutes les infamies, enfin, qui résultent de ces quatre causes : la misère, le manque de développement moral, le mépris de la femme et l'absurde inflexibilité d'une loi contre laquelle se sont toujours révoltés et se révolteront toujours la liberté et la nature. Tant que l'amour ne pourra pas être loyal, honnête, honorable et honoré, saos aliéner sa liberté, cette grande source de bonheur, d'enthousiasme et de perfectionnement de l'humanité, restera une source de vices, de crimes et d'ordures. Mais celte glorieuse transformation de l'amour par la liberté n'est pas faite pour une société corrompue jusqu'à la moelle des os, comme celle dont vous êtes les plus beaux ornements, d scandaleux défenseurs de la vertu, du devoir et de la famille ! Ce n'est pas à vous qu'est réservée cette terre promise. Il faudra bien quelques générations pour purger l'humanité de toutes les souillures avec lesquelles la liberté et la dignité de l'amour sont incompatibles Jusque-là continuez à maquigoonner l'amour.
Me voilà bien compro nis. Tant pis. Je ne cacherai jamais une pensée noble, humaine, conforme à la consdeoce et à la vérité, pour plaire à la grande cohue des hypocrites et des imbécilles. Courbe la tête et flatte qui voudra les préjugés ! ce n'est pas ma manière. Que ceux qui prennent la liberté pour devise, n'en veuillent ni pour le cœur ni pour la femme ; qu'ils préfèrent, — sous prétexte d'ordre, comme on l'a fait pour justifier et défendre toutes les oppressions séculaire|s, — l'esclavage et la contrainte là justement où la contrainte est le plus indigne et le plus ignoble, c'est leur affaire. Pour moi, je n'admets conune société parfaite, conune idéal vers lequel il faut marcher, qu'un
Ordre où la contrainte et la loi ne sont plus nécessaires, cù cha* can, toujours en possession de la plénitude de son droit, de la plénitude de sa personnalité et de sa liberté , fait librement et volontairement le bien par amour pour le bien, et parce qu*il n*a plus d'intérêt à faire du mal à ses frères.
Cet Idéal est Tidéal chrétien. Dans une société vraiment chrétienne, où l'on aimera ses frères comme soi-même , et Dieu — la Vérité, le Bien absolu, — par-dessuB toutes choses, chacun sera libre, et il n'y aura plus besoin de gendarmerie, de jugerie, ni de loi, ni par conséquent de législateurs, ô mes collègues! — GVrst notre congé en règle... Malheureusement, celui-là, nous avons encore du temps devant nous pour le prendre. Mais ce temps viendra. Jésus-Christ nous l'a promis, et je ne crois pas qu'il soit venu, pour rien, annoncer l'avènement du Règne de son Père sur la terre et nous stimuler à en préparer les voies. La philosophie, la poésie, le cœur humain et la science ont ratiGé la promesse du prolétaire de Nazareth : nous savons même aujo ard'hui comment il faut s'y prendre pour Taccomplir. Donc moissonneurs, un peu de patience ! il fdit chaud et les blés mûrissent.
De tous CCS aveux, il résulte clairement que c'est nous, et nous seuls qui, sur le point en question, sentons le roussi. Nous voulons d'abord l'émancipation civile et sociale de la femme, par des conditions qui lui garantissent, comme à l'homme, une existence décente , l'éducation morale et le développement des vocations natives et des aptitudes. C'est de ces conditions sociales nouvelles , que nous attendons ensuite , pour l'avenir , sa liberté, la propriété pleine, entiène, inaliénable, de sa personne, et la dignité qui en sera la conséquecce.
J'ajoute, puisque je me confesse, que j'ai proposé dans la Commiseion de Constitution, en demandant un vote et la consignation au procès-verbal, que les femmes majeures ne fussent pas privées du droit de suffrage. J'ai dit à mes collègues que je savais bien que ma proposition ne- serait pas prise en considération, mais qu'il y avait commencement à tout ; que puisque le domestique mâle, trop souvent une brute, qui sert une femme intelligente, recouvrait aujourd'hui son droit de participer à la formation de l'Assemblée qui fait les lois auxquelles il est soumis, je ne concevais pas pourquoi sa maîtresse, soumise aux lois comme lui, serait pi ivée du droit d'élire ; que je ne comprenais pas pourquoi la fenune continuerait à n'être qu'une chose politique comme elle avait été si longtemps une chose civile ; que -le^femmes ont un droit tout aussi légitime que les porteurs de barbe, à faire représenter leurs intérêts ; que si l'âme avait été disputée à la femme au beau milieu des temps de barbarie, dans un Concile de Mâcon, elle y avait du moins passé à une majorité
de trois ymx ; qua je n'entendais pas me montrer au dlz-nen* YÎëme siècle en arrière du susdit concile, etc
Ma proposition n'a pas été accueillie arec la dérision qn'on pourrait croire. On a paru comprendre qu'on n'avait aucune raison à articuler en présence du suffrage absolument universel des mâles, pour justifier le préjugé qui exclut formellement la femme de la sphère du droit et la retranche du pays légal. Enfin, après le vote où j'ai seul, il est vrai, levé la main, un de mes collègues qui représente aujourd'hui la France dans une grande nation voisine et qui ne passe pas pour un utopiste, n'a pu s'empèché de faire cette réflexion : « Il est cependant certain, mes- A sieurs, que dans cinquante ans on ne comprendra guère cette » exclusion, et que nos idées, à cesujet, pourront bien paraître » à nos enfants ce que nous paraissent, sur d'autres points, > celles de nos pères lorsque nous remontons de cinq ou six siè- B des en arrière... »
Si, après cette confession de mes sentiments, et de nos vuea d'avenir, je dis que c'est précisément ici l'objet sur lequel Gabet et surtout Proudhon et Leroux ont lancé contre nous les attaques les moins justifiées, les plus morales et les plus furibondes, et que cependant on les dénonce chaque jour eux-mêmes arec une ^âpreté qui nous venge trop, puisqu'elle est injuste, de Touloîr détruire la Famille, ne vous aurai-je pas édifié, nion bon lecteur, sur la compétence des orateurs du parti anti-social ? Ne vous aurai-je pas démontré la profondeur des études de ces messieura sur les idées et sur les opinions des diverses Écoles socialistes?
Comme le Journal des Débais et le fondeur du taureau de bronze, auquel nous avons dû l'asâimiler, voici donc à leur tour Gabet, Leroux et Proudhon pinces dans la mécanique qu'ils avaient fabriquée contre nous-mêmes. En adversaires généreux nous n'épargnons rien, comme on voit, pour les dégager, à no^ tre propre détriment, de cette position fâcheuse. C'est ce qui s'appelle se mettre en travers d'un coup déloyal porté à des adversaires. Avec notre défense des droits du beau sexe, ceU si l'on était juste, devrait du moins nous valoir que l'on reconnût le Phalanstère peur la fine fleur de Chevalerie du Socialisme. Mais, bast ! on s'en servira tout simplement pour prouver que nous Sommes des infâmas et crier contre la promiscuité pbalanstérienne. (Voir le Constitutionnel, VUnivers et tutti quapi*)
L'abolition de la Famille I la promiscuité i la dégradation morale de la femme! la bestialité du troupeau à la place de la dignité de l'amour ! En vérité, malgré ma longue habitude de la calomnie de l'idée par Tignorance des uns, par la mauvaise foi calculée et la lâcheté des autres, quand j'enUfnds adres-er â des
hooimes comme nous ces accusatioiis moBstnieuses, je oe puis m'empécher de bondir ! mais misérables menteurs et vous Béotiens qui nous pr6tèz des doctrines pareilles , est-ce que tous croyez doue que nous ne faisons pas partie de Thumanité? estce que nous n'arons pas nos femmes, nos môres, nos sœurs, nos filles ? est ce que nous sommes des troglodites, étrangers aux plus simples sentiments de moralité et de dignité, que l'huma* nité a développés dans son sein, pour que vous osiez nous attri* buer les infÀmies qui souillent vos cerveaux, et dénoncer les socialistes comme les ennemis de la pudeur et de la famille ?
Il est vrai que cela vous est si commode ! — c Nous protégeons la société contre ces affreux ennemis de la Propriété et de Ja Famille I » — « nous sauvons la Famille et la Propriété ! » quand je pense qu'avec ces mots-là vous vous tir.*! de tout, que c*e8t avec cela que vous vous rassurez vous-mêmes et que vous faîtes vos petites affaires électorales, vos succès de tribune, je comprends les motifs qui vous les mettent si souvent à la bouche.
Allez, ignorants et intrigants, idiots, banquistes et saltimbanquistes, continuez à vous servir de vos moyens. Imitez vos ancêtres les payons qui accusaient aussi les socialistes du temps de manger les enfants et de commettre les plus abominables turpitudes dans leurs catacombes. Vous voulez empêcher la Vérité, la Liberté, la Dignité humaine et le Bonheur général de passer... vos calomnies serviront contre nous comme ont servi celles de vos ayeux contre le Christianisme...
Arrière donc les Satisfaits, les Repus, les Bedaines vertueuses, et tous les Égoïsmes luxurieux et noyés dans la matière 1 arrière les entreteneurs, les libertins effrontés et les libertins honteux, les adultères affichés et les adultères cachés, arrière les intrigants de tous les calibres ! je vous défencis de parler morale et verta, et de calonmier le Socialisme.
Peuple 1 enquerre-toi de la vie de tous ces Conservateurs de la Misère et de la Prostitution, qui prétendent se faire , contre nous, les sauveurs de la Famille...
J'ai posé clairement, nettement,carrément, dais une brochure de trois sous, intitulée Immoralité de la Théorie de Fourler, cette question de la liberté en affaires de cœur; c'est court et précis. Qu'on y réponde. Si on me démolit cela, comme je W3 cherche que la vérité des choses et la dignité de l'humanité, je me rends et fais amende honorable. Si on n'y répond pas, je ne réponds pas, moi, aux déclamations impures et calomnieuses, et je persiste.
i 21. Les effets des rivalités de métier.
En mon âme et conscience; très sérieusement, quoique sous une forme parfois familière, (je déteste les échas-
M8 et ne fais jamais d'effort poar me rendre solennel et ennuyeux; on n'est que trop souvent l'un^même en ne vou* lantpas êtrerautre); sans rancune pour beaucoup d*attaques injust<^8, violentes , passionnées de no» collègues ea Socialisme, que nous avons réfutés dans l'ordre des principes, ro.iis envers qui nous avons toujours pratiqué la fraternité et la justice; amicalement enfin, mais sans faî- Messe, j'ai exposé, comme je le comprends, les caractères et les tendances de leurs idées diverses.
Nous n'avions jamais eu pour Pierre Leroux que des paroles bienveillantes. Leroux a dirigé contre Fourier des attaques furieuses, où la seule chose qu'il ait bien prouvée, c'est qu'il ne l'avait ni étudié, ni compris, pas même lu. — ^11 en sait encore, à l'heure qu'il est, sur Fourier, autant que M. Thiers. — Et puis, s'agit-il aujourd'hui de faire la guerre à Fourier, aux livres de Fourier, aux opinions personnelles de Fourier ? Fourier est morî. 11 s'agit aujourd'hui de savoir ce que la société , pour son bien, peut tirer des œuvres de ce génie colossal.
Que Fourier ait eu ses écarts, qu'il ait eu des idées fausses, excentriques, extravagan'es, immorales si vous voulez , ce n'est pas même la question. Le donnons-noos pour un diecf, pour un prophète, pour un verbe infaillible ? Est-ce que Arago rejette les lois de Keppler et celles de Newton par cela qu'il se soucie peu , j'en suis sûr, des commentaires de celui-ci sur l^Apoealyse et des doctrines harmoniques et astrologiques qui ont guidé l'autre dans ses découvertes sublimes? Non, la question n'est pas où vous l'avez mise malveillamment. Fourier propose une méthode, un procédé constituant, prétendons-nous, la découverte de la loi naturelle de l'Organisation, le moyen de réalisation de l'Ordre par la Liberté, c'est-à-dire de l'Harmonie. Or, un PROCÉDÉ, une méthode, c'est quelque chose d'entièrement indépendant des opinions personnelles, morales ou immorales, de celui qui en fait la proposition. Ce qu'il 8*agit de juger, c'est un instrument, non un homme. Tant que cela ne sera pas fait, nous avons le droit de ne pas même écouter vos paroles ; car elles ne sont que déclamations vaines. Vous n'êtes pas à la question. — Fourier est un homme abominable , et ses livres témoignent que son imagination l'emportait souvent dans les régions du délire soit! accordé! Anà-
thème à Fourier ! Mais la Loi sériaire est aussi dans ses livres , et avec cette Loi sérîaire nous prétendons sauver et harmoniser le monde. Quand vous voudrez discuter sérieusement, c'est cela qu'il faudra aborder.
Voici un fruit d'une espèce nouvelle. Il est enveloppé d'un brou et d'une coque. Le brou est amer et épais, et la coque très dure. Nous avons pris la peine d'enlever le brou, de casser la coque, et nous vous offrons fraternellement le fruit intérieur.
Or, que faites-vous, messieurs les amis du genre humain? Agissant en ennemis et en barbares, vous ramassez q\}elques bribes de ce brou ; vous en extrayez l'amertume ; vous y ajoutez, en grande proportion, de méchantes drogues; puis, offrant cela au public, vous lui criez que nous sommes des empoisonneurs !*
Mangez donc le fruit, et, s'il est bon et nourrissant, fâites-en goûter aux autres. Quant au brou, jetez-le : nous ne vous demandons pas même d'admettre la possibilité que, plus tard, on en puisse extraire la base d'une liqueur excellente.
Pelez la poire, enlevez-en le cœur pierreux, enlevez le ver si elle en contient. Mais ne dites pas au public, en lui présentant ces résidus mêlés à toutes sortes d'ordures : Voici les poires de Fourier ! voilà les fruits du Phalanstère ! — Ramassez votre paquet, Pierre.
Quant au citoyen Proudhon, que nous avons discuté, mais pour qui nous n'avions jamais eu que des paroles bienveillantes, il a poussé, contre Fourier et contre nous autres, la violence de l'attaque jusqu'aux symptômes de l'épilepsie. Je crois que, quelque part, il nous a traités de mendiants et d'escrocs. Nous ne lui avions jamais fait dé mal, au contraire. Ces excès de nos confrères ne nous ont pas fait dévier d'une ligne à leur égard. Nous avons regretté pour eux de telles extravagances; nous leur avons rendu quelquefois une taloche dans le moment ; nous avons continué à réfuter décemment, et par voie de discussion, celles de leurs idées qui nous paraissent fausses, à rendre hommage à leur talent quand ils en montraient, à chercher consciencieusement les parties saines de leurs poires et aies faire goûter à nos lecteurs. C'est notre méthode. Les colères jalouses , les fureurs à froid, les traits envenimés lancés contre des hommes dont on connaît fort bien cependant la conscience et le dévouement ; tout cela s'émousse sur nous et tombe à terre sans nous faire éprouver seulement la petite démangeaison que cause un insecte. C'est pour cela que nous répondons en riant à ces férocités. Telum imbelle sine ictu, qui ne fait de mal qu'à celui qui l'a lancé.
Reste le grand Lama du Communisme icarien. Ce vénérable patriarche engorgé d'amour, qui serine nuit et
jour 80D grand air de fraternité, cet homme si bon, si to« iérant, si évangéUqne, il a employé la moitié ou le quart de son Populaire^ depuis qu*il parait, — cinq à six ans «n^ron, — à nous faire per jas et nef as le plus de mal qu'il a pu. — Et en échange de quoi ? — En échange des bons procédés qu'il ne cessait de trouver dans la Phalange et dans la Démocratie^ seuls organes où il ait jamais été défendu pour ses droits, défendu contre des ac* cusations fausses, défendu contre des adversaires injustes, et défendu à notre grand détriment ; — car, à cette chevalerie, nous ne gagnions que de passer pour des communistes auprès des bourgeois, tandis qu'auprès de ses lecteurs ouvriers il nous faisait passer pour des aristocrates, des ennemis de Dieu dans le ciel et de Cabet sur la terre.
Il est vrai que nous étions coupables envers lui d'avoir nos idées, et de nous soucier psu d'adopter ce qu'il prend pour les siennes. Chose affreuse ! nous nous sommes permis de discuter le Communisme, de déduire les motifs pour lesquels, à tort ou à raison, nous ne sommes pas communistes! Ce qui l'horripilait surtout, c'était de nous voir avertir la Société — en maintenant très ferme, à l'idée communiste, son droit comme idée,— des dangers sérieux que contiennent toutes les doctrines négatives de la Propriété, et de la nécessité d'en paralyser les redoutables conséquences, non en leur faisant violence — ce qui serait gratuitement odieux, — mais en travaillant sérieusement à l'affranchissement et à l'amélioration du sort des prolétaires.
Ce pauvre Cabet, qui se fait vieux, en est venu à croire que lui-même, lui Cabet, de sa personne, il est le Gommu» nisme et que, parce qu'il est le Communisme et qu'il ne veut pas de violence, l'idée négative du Communisme ne saurait amener le moindre dégât dans le monde. C'est une hallucination en règle. De sorte que toute discussion qui touche au Communisme, lui fait une blessure quelque part. Pour mol, j'ai manqué à tous mes devoirs envers lui, notamment aux élections dernières. On combattait partout ma candidature dans le Loiret avec l'argument à la mode. J'étais représenté comme un communiste enragé. Hé bien ! croiriez-vous que j'ai eu l'infamie de répandre , dans le département , une pièce où j'avais réuni vingt ou trente citations prises le long de mes écrits depuis quinze ou vingt ans, où je me montrais , 4 toutes les époques, fort peu partisan de la communauté des biens ! J'ai poussé la trahison jusqu'à citer des
passages où j'avais défendu le principe de la Propriété contre M. Cabet, en le défendant lui, Cabet, contre eeui
2 ai lui prêtaient des idées violentes. En même temps la démocratie le portait sur sa liste générale de candidat! pour Paris, où elle inscrivait tous les chefs socialistes^ Proudhon, Pierre Leroux, etc., mais il m'escamotait fort proprement sur la sienne. — Enfin, je me suis conduit d'une façon abominable !
Malgré cet aveu de mes torts, je trouve le vénérable monopoleur delà fraternité trop personnel, trop intolérant et trop atrabilaire pour un grand Lama. Il n'existe absolument qu'un moyen de vivre en bonne intelligence avee lui : c'est de se faire Icarien soumis, ce qui n'est pas donné à tout le monde; car, pas plus que le Phalanstère, ricarie n'est encore devenu un goût général. Je renonce donc, pour ma part, à m'entendre sur quoi que ce soit avec le patriarche. J'y ai perdu mon huile et ma peine et j'en donne mi démission. Ma foi, tant pis ! la République et le Socialisme se tireront de là comme ils pourront...
En vérité, on ne comprend rien à ces grands esprits ! Il me sen\ble que isi je me sentais du génie, si j'avais inventé quelque chose comme i'Icarie, seulement la Triade ou la Banque d'échange, si je faisais Ecole enfin, cela me rendrait encore plus tolérant et plus juste envers les systèmes des autres , et plus disposé à leur reconnaître, sur mes idées, leur droit de discussion légitime et de bon aloi, que je ne le suis sans avoir rien créé. Mais il paraît que je juge, ici comme un aveugle des couleurs; et, quand je me rappelle que Fourier n'était pas toujours commode, qu'il était même quelquefois extravagamment injuste envers ceux qui ne pensaient pas comme lui , j*en reviens à excuser M. Cabet et les autres. I^ nature fait payer ses grands dons par de petites faiblesses. C'est ce que nous appelons, au Phalanstère , de l'égalité eoMpensative,
g 22. Les conditions sérieases du Ralliement des Socialistes.
Je suis très pariisan du ralliement des Socialistes. Si nous avons péché à ce sujet, nous autres, ce n'est certes
Î>as pour n'y avoir point donné la main, mais peut-être pour 'avoir fait sans assez de réserves. Le ralliement des Sociar listes n'est point du tout la confusion des drapeaux, non plus que l'absorption d'une EcoIq, qui a des idées, des plans, un système, une science et de la raison, 'dans ce tourbillon confus d'aspirations, de bons et de mauvais * sentiments, d'idées vraies et d*idées absurdes, de dé-
vouements et de colères qui constitaent aujourd'hui le Socialisme.
C'est pourtant ce que des amateurs nous demandent sous prétexte de ralliement. Pas de ralliement, à moins qu'on ne mette dans sa poche ses idées si on en a, pour n'en pas plus avoir les uns que les autres. Tel est le principe.
Je leur en demande bien pardon ; maïs il y aura ralliement des Socialistes le jour où, chacun maintenant ce qu'il croit vrai chez lui et repoussant nettement ce qu'il croit faux chez les autres, les Socialistes feront cela avec justice, avec bonne foi, dans les termes d'une discussion intelligente, en frères qui veulent s'éclairer et éclairer l'humanité , non en sauvages , en furieux, en jaloux, en dominateurs ou en sots. — Telle est la première condition du Ralliement. C'est tout l'opposé de la confusion des drapeaux ; c'en est la légitime et libre distinction.
La seconde consiste à manifester l'accord sur tous les points où il existe, à faire sentir le lien , la solidarité, la force du Socialisme dans tous ce que ses difféients éléments ont de commun, et à sentir fortement cela soi-même.
A ces conditions, chacun des élémei\}s du Socialisme apportera d'autant plus de force au grand mouvement général de la rénovation du monde, qu'il se sentira plus dégagé, plus libre, moins solidaire des idées qui ne sont pas les siennes. Il ne s'agit point de compromettre les idées les unes par ]es autres, et les hommes de même. Accord dans ce qui est commun ; Distinction dans ce qui diffère ; pleine liberté, mais convenance et fraternité dans la discussion : voilà ce que nous avons toujours demandé, toujours pratiqué, et ce que l'on a peu mis en usage à notre égafd.
Que chacun de nous amène au Socialisme par son avenue en l'élargissant et la faisant agréable et belle; que chacun pêche avec ses filets et montre librement en quoi ils diffèrent de ceux des autres. Le Socialisme n'y perdra pas. Beaucoup entreront par une porte qui ne seraient ja« mais entré par telle ou telle autre.
Voilà les voies et moyens.du Téritable ralliement des Socialistes.
Chacune de nos Ecoles, quand Ecole il y a, n'est pas seulement tm présence des autres ; elle est en présence de la société qu'il faiit convertir, de l'humanité qu'il faut sauver, affranchir, harmoniser. Le Phalanstère priserait beaucoup les bo^x\p.s grâces de M. Cabet ; il tient plus encore à la
vérité, à sa foi, et aa monde qu'il s'agît d'éclairer et d'amener. Et, pour terminer par une observation décisive, nous dirons qu'il y a des masses de non-socialistes et d'anti-socialistes destinés à se convertir à ce que nous croyons la vésité sociale, tandis que je suis bien certain que M. Cabet et quelques autres ne s'y rendront que quand il n'y aura plus moyen de faire autrement.... encore n'en voudrais-je pas répondre.
Donc : indépendance complète ; séparation très nette et très tranchée des principes qui s'opposent et des drapeaux dont les couleurs jurent ensemble ; mais loyauté, justice et fraternité dans la polémique des doctrines, et, en même temps, union très forte dans les intérêts communs du Socialisme , défense et soutenance synergique de ses droits, de son but, de ses aspirations et de toutes les idées acceptées à la fois par tous ses éléments.
Voici un écrit où je me montre ce que je suis, Phalanstérien pur-sang. J'y maintiens très nettement ce qui nous sépare des autres. J'y parle des idées et des hommes avec une entière franchise. Pas de confusion, pas d'amalgames, pas de promiscuité d'idées, pas le moindre sacrifice de principe. Croit-on, de bonne foi, que ce livre soit destiné, pour autant , à faire bien du mal au Socialisme dans le monde ? Sans vanité, je crois qu'il lui sera plus utile qu'une grande tartine d'idées vagues , ou Men une ratatouille de principes contradictoires bouillis dans une longue sauce insipide de sentiments confus.
On voudrait faire, du Socialisme et du reste de la société, deux camps enùemis, deux partis politiques dont le premier serait destiné à écraser l'autre, conformément aux instructions et méthodes de toutes les Révolutions antérieures. Je comprends parfaitement cette disposition chez ceux qui, dans leur esprit, suppriment la Propriété. La Propriété est trop bien fondé dans la nature humaine comme principe, trop vivante, trop énergique et trop puissante comme inlérêt et institution, pour se laisser supprimer bénévolement. Il est donc certain que si cette suppression était la condition formelle, nécessaire, de la solution du problèrre social, du problème posé aujourd'hui par le développement historique de l'humanité , ce problème pourrait difficilement se résoudre autrement qu'au moyen d'une grande guerre civile terminée par l'écrasement du parti propriétaire.
Or, comme les principes entraînent toujours les esprits sur la pente de leur logique, je ne suis pas étonné de voir des communistes, ayant même sincèrement hor-
reur cK; toute violence, tendre à donner au Socialisme œ caractère de parti exclusif, politique, hostile, révolutionnaire.
Le Socialisme ne prendra pas ce caractère de parti étroit et violent. Il restera la grande et irrésistible aspiration du temps, le grand courant des sentiments et des Idées appelées à rendre applicables la Philosophie, la Démocratie et le Christianisme, à en réaliser les grandes formules. Au lieu d'écraser tel ou tel intérêt , tel ou tel élément de la société, il attirera à lui et convertira tous ces éléments, tous ces intérêts, parce qu'il a en lui de quoi les servir tous, de quoi les sauver tous, les unir tous.
Et le Socialisme ne serait que l'Ànti-Socialisme s'il ne possédait cette puissance de socialisation, de conciliation, d'union universelle. S'il prétendait écraser les intérêts anciens au profit des intérêts nouveaux, les droits acquis au profit des droits à acquérir, les aînés dotés au profit des cadets déshérités, il serait aussi anti-social que le sont aujourd'hui ses adversaires; car ses adversaires aujourd'hui ne sont pas aoti-sociaux parce qu'ils défendent les intérêts et les droits acquis de la Bourgeoisie : ils sont anti- sociaux parce qu'ils ne comprennent pas et repoussent les intérêts et les droits du Peuple.
Pour nous, nous sommes du grand PARTI SOCIAL, ouvert à tous, où tous sont appelés, où tous viendront, quoiqu'on dise et quoiqu'on fasse. Nous sommes de ce grand Socialisme, et nous sommes, avant tout, de TECOLE SOCIÉTÂIPiE , c'est-à-dire de l'Ecole qui résout tous les problèmes sociaux par la LIBERTÉ, par l'ASSOCIATION FACULTATIVE ET VOLONTAIRE.
Au reste, les destinées du Socialisme ne tiennent pas aux travers des personnes qui le représentent. Voltaire , Rousseau, Diderot eux-mêmes et les autres, faisaient fort mauvais ménage au siècle dernier : la Philosophie en a-t-elle moûis été un mouvement unitaire et la cause décisive des grands phénomènes politiques et sociaux de «on siècle? Que nos collègues, les Voltaire, les Rousseau et les Diderot du Socialisme, tirent donc sur nous, à boulets rouges, si tel est encore leur bon plaisir. Je leur donne d'avance l'absolution, lis pourront, ainsi faisant, se créer des torts personnels, mais ils ne feront pas grand mal au Socialisme.
2 25. utilité proTidentieUe de toutes les formules du Socialisme.
Je crois sincèrement, fermement que la Vérité, la Paix,
rOrdre, la Liberté et l'Avenir sont chez nous. Si Je ne le croyais pas, malgré vingt-quatre années de conviction et vingt années de travaux dans notre ligne, je me sens parfaitement libre et dégagé. J'irais immédiatement ailleurs. J'aime beaucoup qu'on me montre que je me suis trompé. Toutes les fois que cela m'arrive je trouve que c'est moi qui gagne.
Mais tout en croyant fermement, en voyant clairement que la vérité théorique et pratique, que ia grande synthèse sociale est chez nous, je reconnais l'utilité providentielle et la légitimité historique des autres formes du Socialisme, — même des moins douces , des plus étroites et de? plus fausses.
Si Dieu n'a pas créé que des brebis et des agneaux , il faut croire qu'il avait ses raisons. C'est à l'intelligence humaine à comprendre le pourquoi, à en profiter, et à multiplier les bonnes races.
Dans le monde subversif et faux où nous vivons, telle erreur, à un moment donné, a été plus utile que telle vérité. En grammaire et en algèbre, deux négations valent *une affirmation; et si la théorie des interférences a prouvé qu'en ajoutant de la lumière à de la lumière on fait dans certains cas de l'ombre en physique, dans l'ordre moral , quelquefois , de l'ombre sur de l'ombre fait de la lumière.
11 peut donc être très bon, a^njourd'hui, que le Socialisme ait à sa disposition quelques bonnes paires de griffes. Des soins que les bergers ne se seraient peut-être pas
Eressés de prendre par tendresse pour les moutons, il est ien possible qu'eu égard aux loups, ils s'en occupent. L'histoire des moutons, des bergers et des loups a été jusqu'ici celle de l'espèce humaine. Dieu, et le Socialisme aidant, nous finirons par en sortir; mais nous y sommes encore. Il est certain que les loups ont été utiles aux moutons plus qu'on ne pense.
g 24. Qu'est-ce qui n'est pas ua peu révolutionnaire en ce temps-ci?
J'ai exposé les caractères et les dangers du Socialisme. Je l'ai fait dans un but instructif et salutaire. Je l'ai fdit franchement, et je complète mon œuvre de franchise. Oui, j'en conviendrai, il n'est pas jusqu'au pacifique et débonnaire Phalanstère qui n'ait lui-même aussi ses dangers, pour ia vieille société si elle s'obstine. M. Denjoy paraît s'en être douté. N'est-ce pas lui ^ui a dénoncé, à la tribune, comme une chose anarchique, détestable et abominable, l'invocation de Tavènehei^t du règne de
DIEU SUR LA TERRE, proDoncée dans un banquet par notre ami Vauthier, ingénieur des ponts et chaussées et phalanstérien pur-sang?
Je préviens M. Denjoy, cependant, qu*il n'est plus guère possiSie d'interdire le Pater ^ et qu'il reste peu de chances d'empêcher qu'on croie résolument à l'avènement que sur la parole du Fils nous y demandons au Père, alors qu'on a vu briller dans l'avenir la resplendissante image du palais des Phalanges. Cela met le règne de la misère et du diable en baisse dans les esprits.
C'est révolutionnaire, je le sais. Pourtant il faut que la réaction s'y résigne. MM. Denjoy, Montalembtrt et consorts auront beau dénoncer, discourir ou gémir: le trône de Satan est miné comme tous les autres, et c'est à grands pas que la République du bon Dieu s'avance. S*instaurera-t-elle sans faire son 24 Février? je l'espère, et il ne dépendra pas de nous qu'il en soit ainsi. Toutefois, dans la prévision de certaines transitions possibles d*un régime à l'autre, je hasarderai de donner aux hommes éloquents qui ne veulent pas de cette République-là, un conseil en vue de leurs plus gros clients : C'est de prier le Dieu qui punit les voleurs de ne pas se montrer trop sévère... J'ajoute, en combinant deux proverbes, qu'il n'est pas prudent « de trop parler de corde dans le pays des pendus. »
J'ai dit que le Phalanstère lui-même, par le splendlde Idéal qu'il pose à côté d'une Réalité odieuse, pourrait bien être indirectement aussi un daoger pour cette réalité en tant qu'elle ne voudrait pas bouger, et quelque peu révolutionnaire. Mais est-ce la peine de parler de si peu dans un moment où l'on relit l'Evangile, où l'on se remet à exhumer les paroles des Apôtres et des Pères, et où l'on défend l'Ordre et la Propriété... avec le Vicaire savoyard?
Chers conservateurs, vous voyez une paille révolutionnaire dans rœil du Phalanstère, et vous ne voyez pas les bornes révolutionnaires qui sont dans les vôtres !
En vérité, en vérité , j'ai beau chercher, je ne trouve aujourd'hui rien, rien, mais rien qui ne soit révolutionnaire. Je ne sais pas si j'ai sur les yeux des lunettes rouges; mais les blancs me paraissent d'un rouge encore plus foncé que tout le reste. Et quand je dis les blancs, je parle des blancs de toutes les couleurs. Et, parmi les blancs, ceux qui me paraissent les plus rouges , — voyez donc l'aventure, — ce sont précisément les plus blancs : je veux dire les blancs de plomb, les blancs d'argent et les blancs de lys... Vous avez beau-
eonp trop d^esprit et de connaissances minérales et botaniqaes pour ne pas savoir ce que, par ces trois blancs-là, je veux dire.
Et tenez, messieurs de Montalembert et Denjoy, et tant d'autres, et vous-même monsieur Dufaure, vous, àme sincère, droite, honnête et, je le sais, d'un titre pur, vous qui êtes né ^vec un tempérament démocratique, eh bien! cetteidée que vous croyez prudente, conservatrice et préservatrice par excellence et que je vais vous dire, c'est, ù moi, tout ce qai me semble au monde de plus révolutionnaire! Vous redoutez que le Peuple croie à l'aisance générale, au Travail Attrayant, au Règne de Dieu, au Bonheur réalisable sur cette terre, il vous semble, — à vos divers points de vue que je me garde de confondre, — il vous semble que vous auriez tout gagné si le Peuple voulait cesser d'y croire, d'y tendre, et si vous pouviez lui faire reprendre la vieille croyance eux misères fatales, nécessaires, indestructibles sur cette terre...
Or, liiissez-moi vous le dire : Après nos cent années de Philosophie et de Libre examen, nos soixante années de Piévolutionsetlereste, si le Peuple aiigourd'hui perdait cet espoir d'une société heureuse, que vous paraîtriez heureux de lui pouvoir ôter, savez-vous la conclusion qui en sortirait? lien sortirait ce petit raisonnement que je vous livre : « Ah ! la misère est éternelle! il faut toujours 2> ici bas des malheureux, des pauvres, des déshérités » qui s'échinent pour les autres, qui mangent du pain » noir et qui n'en mangent pas toujours, pour faire venir j> le pain blanc de ceux qui ne font rien venir... Eh bien! y> chacun son tour! !]>... Vous comprenez la suite du raisonnement...
llévolutionnaires pour révolutionnaires, je me crois, permettez que je vous le dise, un révolutionnaire bien plus conservateur que vous quand je tiens au Peuple ce langage — qui est ma foi : ,
« Non ! cette terre n'est pas la vallée des larmes éter- » nelles ! Non, Dieu notre père à tous ne nous a pas déj> voués fatalement ici bas aux inéluctables misères. Dieu a i> des aînés et des cadets dans l'histoire, il n'y c impte pas de y> bâtards. Notre terre est nourricière et féconde. La science » est toute puissante. Le génie industrieux de l'homme y> a déjà réalisé des prodiges, et nous ne sommes encore « qu'au début de ses créations merveilleuses. Le travail » bien organisé peut tout ! Rien ne limite ses essors et » nos espérances glorieuses. 11 y a sur cette terre de s Dieu , sous le soleil de Dieu , place pour tous les en-
• fantsde Dieu, sans qu'il soit nécessaire qu'on s'y serre » trop, qu'on s'y comprime ou qu'on s'y (égorge.
9 Le travail! le travail ! le travail ! Il y a des milliers » de féconds travaux à faire, des milliers de sources de » prospérité à ouvrir, et des millions de bras et de cerc veaux qui manquent de travail ou qui travaillent impro- » ductivement, ou, pis encore, qui travaillent les uns con- » tre les autres ! On peut décupler le tra/ail et centupler » ses fruits : il suffit d'en savoir intelligemment combi- » ner, agencer et organiser les forces.
]» Tout homme venant au monde est une puissance, » une mine de richesses sociales, un trésor de vocations, » de facultés et d'aptitudes ; et nous gaspillons ces tré- » sors du génie et de la puissance humaine, nous ne sa- » vous pas exploiter ces mines inépuisables ! Nous lais- » sons croupir ou végéter, dans l'ignorance, dans l'abru- » tissement, dans la fainéantise, ou bien nous armons, » les unes contre les autres ces facultés divines et créa- » trices. Allons ! espoir, courage et charité ! marchons à » la conquête du Nouveau - Monde. Endurons patiem- ]> ment les privations de la route. En avant les pionniers » de l'humanité ! Si nous n^aboutlssons pas cette fois » nous-mêmes, nous aurons préparé la voie par où arri- » veront nos enfants, les générations qui vont venir ! »
Et quand on lui dit cela, au Peuple, il comprend ! Et quand il a compris, il a foi et il espère. Et quand il a foi et qu'il espère, il travaille et il aime.
Et puis, comme nous lui expliquons qu'après tout, c'est d'une sage et intelligente organisation des choses et non de destructions et de violences qu'il s'agit, il étudie, il propage, il se fait docteur et apôtre. Et si vous vouliez, comme lui, étudier un peu et vous ouvrir un peu à l'Espérance et à la Foi, ah! dès qu'il verrait que, vous aussi, vous espérez et vous croyez, et que vous cherchez comme lui, que vous voulft ardemment comme lui, il vous tendrait bien vite, en signe de paix, sa main calleuse et rude ; et toute rude qu'elle soit, cette main, vous sentiriez que de douceur dans sa fraternelle étreinte !
Etudiez un peu, espérez un peu et aimez beaucoup; et vous verrez si tout, avec lui, ne va pas vous devenir facile 1
Vous ferez du Peuple ce que vous voudrez, quand vous voudrez, c'est moi qui vous le dis. Vous pouvez m'en croire, parce que je l'ai pratiqué et le connais.
Est-ce donc un bien affreux révolutionnaire, celui qui vous
parle ainsi? Ah! il serait si bon et si doux de s'entendre... mais vous ne voulez pas encore ! vous n'avez pas le temps de vous convertir ! vous tenez encore à vos préjugés, ou plutôt ce sont vos préjugés qui vous tiennent. — Quoi! la
raison nous viendrait de ces Socialistes ce n'est pas
possible! Des utopistes, des fous, des partageux ^ des insurgés, allons donc! — Ce donc veut dire qu'il nous faudra encore échanger plus d'un coup. Soit ! ceux que nous vous appliquerons auront du moins cela de bon qu'ils feront tomber vos écailles : (Dans le symbolique de la nature, les écailles sont les analogies des préjugés — ^VoyezFourier.) — Et après nous être bien rossés, nous nous entendrons. — Si cependant nous nous entendiioDS tout de suite? Qu'en dites-vous? Croyez-moi , les Socisdistes ne sont pas si noirs que vous vous l'imaginez. Donc, des horions, tant que cela vous fera plaisir ; la paix quand vous voudrez. Les Socialistes sont à vos ordres. On n^ peut plus de bonne volonté et de déférence. La condition de la paix, c'est que vous ouvriez les yeux sur ce qu'ils proposent pour le Peuple et pour vous-mêmes. — Il faudrait pourtant bien tâcher de ne pas commencer les guerres sociales. On ne peut pas savoir où nous irons, si une fois cela commence
, liES ADVERSAIREI» DU SOCIAIilSni!.
2 23. Les Vivants.
Nous avons passé en revue les principaux affiuents du SocialisnTiC.
Est-ce que tout le Socialisme est contenu dans ses affluents?
Pas phis que l'Océan n'est contenu dans les fleuves qui s'y déchargent.
Le Saint Simonisme, le Phalanstérianisme, les diver-* ses Ecoles communistes, et le Parti-Proudhon, ne sont que les formules, les sources, les centres de vibration, les foyers de fumée, de lumière ou de feu du Socialisme. Le Socialisme intégral, c'est tout cela réuni, et, en outre, tous les ébranlements, «toutes les vibrations, toutes les idées, tous les sentiments, toutes les explosions et timtes les flammes que ces énergies diverses, combinées avec les traditions historiques, philosophiques, chrétiennes et révolutionnaires, ont communiqué à l'opinion, à la masse humaine, à la masse vivante et pensante, chez tous les
peuples civilises. Oui, chez tous, eo France, en Allemagne, en Angleterre, dans TËurope entière, et déjà, quoiqu'en dise M. de Tocqueville, qui ne reconnaîtrait plus son Amérique, aux Etats-Unis et même aux Républiques méridionales.
Le Socialisme est aigourd'hui partout.
Voyez tout cequi s'écrit, tout ce qui s'imprime, les li* vres, les brochures, les journaux, les romans, la poésie, la prose : do quoi tout cela est-il imbibé? Et tous ces projets, toutes ces propositions qui poussent de toutes parts, qui semblent sortir partout de terre comme les germes au printemps, tomber du ciel comme les grenouilles et les crapauds après une pluie d'orage? Le Socisdisme est partout, vous dis-je! Vous en êtes inondés.
Mais voyez donc ce que vous dites vous-mêmes pour le combattre ! rendez-vous compte des efforts que vous faites pour le saisir, le dompter, le vaincre ! et, par dessus le marché, de l'inutilité de ces efforts.... Vous n'êtes pas des Hercules, et lui il est un Antée ; et, dès que vous l'aveu mis à terre, la Terre sa mère lui rend des forces dix fois, cent ibis supérieures à celles que vous avez déployées pour l'abattre.
Le Socialisme est dans l'opinion, dans l'air, dans le Peuple.
Il est aussi insaisissable que le Choléra.
Il se joue de vos résistances vaines.
L'eau que vous jetez sur lui pour l'éteindre, se change en alcool et en huile, irrite et grandit ses flammes.
Et vous-mêmes, sans que vous vous en apperceviez plus que du mouvement de la terre, qui cependant vous fait faire de 200 à 300 lieues chaque minute, il vous emporte. . .
Est-ce que M. Thiers, <c après y avoir beaucoup songé, » beaucoup pensé, beaucoup réfléchi » (comme toujours) n'a pas accouché lui-même d'un petit fœtus socialiste? Qu'est-ce donc que ses réserves de certains travaux de l'Etat pour les temps de chômage, sinon un avorton du Socialisme , et du plus absurde encore ?
Dès que le SociaUsme va se faire un peu comprendre en haut, devenir uu peu possible , paraître un peu nécessaire^vous allez voir quels progrès fera M. Thiers en Socialisme ! il boudera bien un peu , comme il a boudé la République ; il se fera un peu prier ; mais ii finira, le temps venu, par se montrer tout disposé à sauver la République sociale, comme nous le voyons tout prêt déjà à sauver la République démocratique, comme il l'était hier à sauver la Royauté, comme il le sera demain à sauver
TEmpire. M. Thîers est né sauveur. Un peu plus fftt^ un peu plus tard, son inextinguible déyouement le conduira à Touîoir sauver le Socialisme. Vivez un on deux ans, .et vous verrez.
Qu'est-ce qui oserait prononcer aujourd'hui à TÂssemblée nationale, avec ce suprême dédain qu'y mit, en son fauteuil, M. Sauzet, président de l'ancienne Chambre, les paroles suivantes : « Nous sommes ici pour faire des » lois, et non pas pour nous occuper à donner de i'ou- » vrage aux ouvriers ? »
Parce que la brutale et aveugle insurrection de juin a été vaincue, parce que Ton n'a pas inscrit textuellement le Droit au Travail dans la Constitution , quelques-uns imaginent que le Socialisme a perdu du terrain. Pauvres aveugles! Il en a énormément gagné. Il en a gagné même à l'Assemblée nationale.
g 26. Les Morti.
Voilà donc, n'est-ce pas, qui est hien établi : le Socialisme est plus fort que vous. 11 est vivant, et vous êtes des morts. Et vraiment oui, des morts, car vous ne vivez pas. Voyons, vivez-vous ? gouvernez-vous ? Quel signe de vie donnez-vous ? Où est votre politique, à l'intérieur, à l'extérieur? Qu'est-ce que vous voulez? qu'est-ce que vous proposez? PeQsez-vous à quelque chose? Pas d'idée, pas d action, pas de volonté; inertie, passivité, stagnation ; impossibilité radicale de faire un mouvement quelconque ; paralysie même de la pensée ! Et pourtant vous avez des finances pour vingt-sept mois, l'ensemble des forces publiques, une armée de 500 mille hommes, tous les attirails, tout le bataclan d'un gouvernement centralisé, et pas d'embarras à l'extérieur; car l'Europe aristocratique, l'Europe que vous ne devriez pas crainore et que vous craignez , est encore plus mal hypothéquée que TOUS. Et vous ne faites rien, rien, rien, rien ! vous attendez le retour de la confiance, vous regardez si le printemps s^avaice...
A quels signes reconnait-on la mort, sinon à l'absence des signes de la vie ?
Et ne prenez pas pour de la vie les mouvements intérieurs de votre vieille société. Il y a des mouvements intérieurs dans tous les cadavres. Cela s'appelle la décomposition.
Et pourquoi êtes-vous morts ? Pourquoi ? Parce que, au lieu d'entrer avec sagesse, avec prudence, les yeux ouverts, mais enfin d'entrer résolument en voie dç Sociar
lisme ; aa lieu de deniaiider au Socialisme ce que vous n'avez pas, ce qui vous manque, l'idée du temps, la foi du temps, et, par conséquent, la force du temps et la vie vivante, vous vous obstinez à demeurer dans le cadavre de la vieille forme sociale, essayant de le galvanisar. Or, la science vous dit qu'en galvanisant un cadavre, on ne fait qu'une seule chose : on en rend la décomposition plus hâtive.
En politique comme en religion , la vie c'est la foi. Ouest votre foi? À qaoi croyez-vous? à la Monarchie? ÂUonsdonc ! les enfants croient encore à Croquemitaine, mais à la Monarchie vous ne les y feriez plus croire. A la République? Mais la République, qu'est-ce que cela? Une pure forme mécanique. Que doit-elle faire, la Republique? voilà la question. Comment y répondez-vous? Rien, Rien, Rien, pas de réponse. Vous n'avez donc pas la foi; vous n'avez donc pas la vie ; vous êtes donc morts. Or, le Socialisme a la foi.
Lé So cialisme a foi à la Société nouvelle, à la jeune Société qu'il porte dans ses flancs , qu'il sent remuer dans ses flancs, et qu'il aime d'un amour dévoué et maternel. Il y a plus; lui seul, entendiz-vous bien, lui seul a une foi solide aujourd'hui à la République.
Les douze mille socialistes qui vous ont combattus en Jum, des socialistes bien insensés, des socialistes criminels, j'en conviens (il y a des criminels partout), ces douze mille hommes, égarés en grande partie, coupa* blés en petit nombre (Lamoricière lui-même Ta déclaré franchement à la tribune), ces socialistes que vous transportez, je vous le demande à vous-mêmes, ne sentezvous pas en eux les plus énergiques, les plus intrépides soldats de la Republique ? Bien employés, bien conduits, des hommes de cette trempe ne seraient-ils pas vos forces les plus vives contre toutes les usurpations monarchiques? Vous le comprenez-vous mêmes, et, dans le tête à tête, ous en convenez.
Le Socialisme, dans ses écarts, dans ses aspirations, dans ses aveuglements, dans ses haines et dans ses colères, peut devenir criminel, et il l'est quand il provoque à la guerre civile, quand il prend les armes contre le produit du Suffrage universel. Mais ses haines, ses violences, l'énergie de ses révoltes elles-mêmes, prouvent qu'il est vivant. Vous me direz qu'il a été vaincu dans ses violences. Oui, et tant mieux. 11 est bon qu'il reçoive des leçons quand il devient factieux; qu'il apprenne à se faire pacifique, calme, respectueux pour l'ordre et la légalité :
ear, fort comme il l'est, maître comme il Test de Tavenir, c'est par le calme, par la raison, par l'idée, non par la force brutale qu'il doit conquérir les âmes, organiser la société nouvelle.
Mais s'il a été vaincu dans sa violence, il ne l'a été que par des intérêts qu'il doit convertir et non pas briser, associer et servir et non anéantir , et j'observe que des intérêts ne sont pas des Idées. Des intérêts menacés s'unissent un jour pour le combat. Mais ces intérêts sans Idée se divisent le lendemain de la victoire. Croyez- vous n'en avoir pas la preuve?
Des Intérêts sans Idée, c'est toujours la mort. Sans Idée et sans Foi, vous n'êtes que de purs intérêts, des faits, des aggrégations friables de matière morte.
Vous êtes donc morts ! — Toujours la même conclusion... c'est désespérant.
Or, puisque vous êtes morts, que c'est convenu, que pourtant vous ne le comprenez pas bien encore, que vous ne savez pas encore bien pourquoi, il faut que je vous le dise. Et qui sait si, en m'écoutaut bien, vous ne trouveriez pas moyen de ressusciter ? C'est cela qui serait un miracle ! Je vous offre d'en essayer.
§ 27. Pourquoi vous êtes mSrts.
Vous n'avez encore rien compris , vous ne comprenez rien encore à votre temps, à la société moderne, actuelle, à ses besoins, à ses nécessités, à ses passions, aux idées qui se développent en elle.
On dit que deux ou trois jours avant le 24 février, Louis-Philippe engagea gaiement un Anglais à différer son départ,* afin de voir « comment se menait une émeute à Paris. » Croyez-vous que le roi-citoyen connaissait bien, le 22 février, l'esprit de son peuplé?
M. Guizot se prenait pour un grand politique et il était placé pour avoir des renseignements sur l'état du pays. Pensez-vous qu'il en connût bien les dispositions véritables?
Croyez-vous que la cour de Marie-Antoinette et la noblesse avaient une notion bien claire de l'état des âmes daBS le royaume et dans la bonne ville de Paris, quant Ton dansait si joyeusement à Versailles , la veille de la prise de la Bastille ?
Et Charles X et les siens, et tant d'autres ? et le roi de Prusse, qui fait aujourd'hui même dnveto sur le droit chasse, et reproduit si textuellement Louis XIV?
Cependant à toutes ces époques, les signes des temps
étaient fort viftiblef . Quand le ciel est noir et qae Te tonnerre gronde, il semblerait qu'il n'est pas difficile de prévoir l'orage.
Je vous Tai déjà dit et vous le savez bien vous-mêmes : Les Idées qui montent sont les forces vives des nations, comme la sève au printemps est la force vive de la nature. Rien n*y résiste.
Au dix-huitième siècle, en France, la force vive c'était la Philosophie.
La Philosophie du dix-neuvième siècle c'est le Socialisme.
Or, avant 89, la Noblesse connaissait eaucoup mieux la littérature, les idées et les œuvres de la Philosophie du dix-huitième siècle, que la Bourgeoisie ne connaît depuis quinze ou vingt ans celles du Socialisme.
Cette Noblesse ne comprit pourtant pas que la Philosophie était la force du temps, et qu'une transformation politique et socide en était i'i conclusion irrévocable. La notion de la toute-puissance politique et sociale des Idées philosophiques et de leur incarnation dans la Bourgeoisie et dans le Peuple, n'entrait pas dans l'intelligence de la Cour, du Glergi supérieur et de la Noblesse.
Réfléchissez maintenant à ce qui se passe depuis dixhuit ans.
Depuis dix-huit ans , sous toutes ses formes diverses , le Socialisme travaille. L'activité philosophique et politique, qui était dans la Bourgeoisie avant 89, dont la Bourgeoisie tenait encore , en phase de^^cendante , le dé sous la restauration, elle l'a tout à coup abdiqué en 1830.
Qu'a fait depuis 1830 la Bourgeoisie officielle, l'Oligarchie influente? Victorieuse, maltresse du terrain, elle a cessé de penser. Elle s'est engraissée, elle s'est endormie. Elle a abdiqué l'idée pour devenir un intérêt, pas autre chose. En fait de Philosophie, elle s'était fait ce pâle Eclectisme dont elle ne s'est seulement plus occupée de-
f)uis 1830, que pour en faire débiter à la jeunesse les pilules opiacées, par la vertu des traitements universitaires et du programme exigé des bacheliers. Quant à la politique, à l'intérieur, elle n'a eu qu'une formule passive, la Résistance, et à Textérieur une formule non moins passive, le Renoncement systématique et l'Abaissement continu. Qu'efct-ce que c'était que cette Philosophie et cette Politique? L'abandon absolu de toute activité, de toute initiative, pas autre chose ; la négation de l'action, rien de plus. Pour parachever la description symptômatique de la Bourgeoisie parlementaire de 1830, ajoutez que l'Op-
position n'y fâisâiltelle-môme que du vent et des intrigaes.
Entre temps, le Socialisme travaillait. H produisait, il formulait avec l'invincible activité de l'Idée dont Tlieare a sonné, tous les éléments, bons ou mauvais, mais historiquement logiques, du dogme démocratique et social du dix-neuvième siècle.
De même qu'une partie intelligente, généreuse, initiatrice de la Noblesse, avait crmpris les philosophes du dix-huitième siècle, et s'était fait philosophe elle-même ; de même, — et dans des proportions beaucoup plus considérables, le cercle étant beaucoup plus grand, — une partie généreuse, intelligente , initiatrice de la Bourgeoisie, comprenait le Socialisme et se faisait Socialiste. Quant au Peuple , lui, par sa position, il était fatalement destiné à comprendre.
Le foyer d'activité de la pensée et de la force nationale s'était donc déplacé ; et, chose incroyable ! la Bourgeoisie otTicieile, électorale et parlementaire, l'Oligarchie des Satisfaits ou de ceux à qui il ne manquait que des portefeuilles pour l'être, c'est-à-dire la Gauche et la Droite comme le Centre , s'obstinaient tous trois à rester, de tout ce mouvement des' idées au-dessous d'eux ^ dans une fabuleuse ignorance...
Que de fois nous les avons avertis. ! que de fois, pendant ces dix-huit années, nous leur avons crié : « Mais )> occupez-vous donc des choses sérieuses, du mouvei> nient des esprits, du travail qui s'accomplit dans les 9 idées, des problèmes à résoudre, des solutions qu'on » en propose, des solutions qu'il leur faut trouver si y> celles que l'on propose s^ont insuffisantes ! »
Que A*i fois nous leur avons répété : « Malheureux, » songez-y donc, vous gouvernez ! vous avez charge des 9 corps et des âmes, et vous abandonnez les corps à la 9 misère, et vous ne vous souciez pas même de connaître i> ce qui se passe dans les âmes! »
Que de fois, précisant davantage, leur rappelant que la Noblesse avait méconnu les besoins, les idées, les droits de leurs pères, comme ils méconnaissaient les idées, les droits et les besoins du peuple , et qu'elle l'avait payé cher, nous leur dépeignions cette fat^ile analogie du position, leur disant : <x Le Peuple, aujourd'hui, » dévore des masses de publications socialistes. H existe ^ toute une littérature, immense, que vous ne connais- » sez pas et qui grandit chaque jour! 11 se fait- un ]> énorme mouvement de presse, de librairie, de prose i, et de poésie populaires, de petits livres à deux sous»
• à cinq sous, à dix sous, et d'ouvrages plus considéra* » blés , de journaux, de pamphlets, de canards^ de foc- » iums de tous genres, dont vous ne soupçonnez pas » même l'existence ! , et tout cela forme, au-dessous de » votre somnolence et des misérables discussions de vo- » tre sphère parlementaire, un courant formidable que » vous devriez au moins connaître ! La Noblesse du temps » passé lisait du moins les philosophes, connaissait leurs » écrits. Vous , vous dédaignez tellement les choses du » Peuple, que non-seulement vous ne savez pas ce qu'il » lit et ce ou'il pense, mais qu'encore vous ne voulez pas » croire qu'il pense et qu'il lise ! »
J'ai vu, moi, des députés d'alors, bonnes gens du reste, mis en contact fortuit avec des ouvriers socialistes, tomber des nues et rester les bras cassés, de tout ce qu'ils avaient entendu. L'un d'eux, à un déjeuner chez loi, racontait à ses collègues un étonnement de ce genre. Il confessait qu'il n'y avait pas, à la Chambre, un seul homme en état de raisonner comme ces ouvriers qu'il avait entretenus , sur de très graves problèmes, inconnus à la Chambre. Répondant à mes observations, en s'adressant à ses collègues, il leur disait : c C'est parfaitement » vrai, messieurs, ce que dit Considérant; depuis que » nous sommes msdtres des affaires, nous nous endor- » mons sur nos sièges. » — Le lendemain, il n'y pensait plus le brave homme , et ronflait sur son banc plus fort qu'aucun autre. Voilà les hommes !
i 28. Prédictions, et à quoi elles ont serfi.
J'ai dit tout cela à M. Guizot lui-même. Jugez combien cela lui a servi ! Je lui ai fait lire ce qui suit, extrait d'une brochure (encore de trois sous) que J'avais publiée en 1833, sous le titre de Politique nouvelle, joignant à la remise de l'écrit un commentaire verbal :
« Filiation de VOpinon nouvelle. -^ L'Opinion nouvelle se lie au passé et y tient par ses racines. Le dix-neuvième siècle continue le dix -huitième. La pensée, la passion du dix-huitième siècle, a été la réalisation des idées de Vérité, de Justice et de Liberté dans les institutions humaines, et l'introduction de la Liberté, de la Tolérance et de la Raison dans le domaine des croyances. Malheureusement le dix-huitième siècle s'est mis à la tÀche sans en avoir calculé les conditions. Arrivé à la pratique, il s'est jt)té dans la voie des négations : il a cru qu'il sufi^iait, pour atteindre son but, de renverser l'ancien régime et de faire subir, purement et simplement, aux institutions politiques, une transformation libérale.
« Ainsi, le dix-hoitième siècle a voulu ce que yeiit le dix-neu- ▼îôiDe. Seulement celui ci commence à reconnaître que les négations pures et simples de l'autre, et que lee modifications simplement politiques, poursuivies et obtenues par TEcole libérale, sont fort loin de réaliser ce que voulait le dix huitième siècle avec une ardeur si jeuae et une passion si belle, et ce que veut aujourd'hui le dix-neuvième avec une foi moins vive en ce moment (4 843), sans doute^ mais avec plus de maturité et de raison.
» Le dix-neuvième siècle a trop fait de ruines et trop peu d*organisation ; il a renouvelé, il est vrai. Tordre politique, il en a mis le principe et la forme en harmonie avec Tesprit moderne. Le principe représentatif n'est plus attaqué sérieusement aujourd'hui en France. Les partisans de l'ancienne rxionarchie euxmêmes y sont de fait ralliés, et Henri Y monterait sur le trôoe qu'il ne pourrait porter aucune atteinte au svbtème électif, dont sans doute il élargirait même la sphère plutôt qu'il ne la saurait restreindre. Ce principe est une conquête définitive. Or, le principe représentatif et électif étant conquis, ainsi que le priccipe de l'égalité devant la loi, il n'y a plus de réforme sérieuse à tenter dans l'ordre spécialement dit constitutionnel ou politique. Il ne peut plus être question, dans cet ordre, que d'applications plus ou moins larges et plus ou moins sérieuses du principe électif, ce qui n'est dès lors qu'une afiaire de modifications secondaires, modifications que le temps et le progrès des choses amèneront naturellement et paisiblement » — (J'observe que j'avais bien raison en 43. Seulement on n'a pas eu l'esprit d'élargir, et l'on a fait rompre.)
» Il n'y a donc plus de révolution politique à faire ou à craindre, parce que, sur le terrain politique^ le principe électif et celui de l'éigalité native des citoyens, sont conquis et reconnus en droit, c'est-à-dire que le principe démocratique est maître de ce terrain, et qu'il ne s'agit plus désormais que de réglementer l'usage du droit pour en mettre l'exercice en harmonie a^ec les développements successifs du progrès social.
• Biais rhumanitè ne s'arrête pas. Elle est condamnée, et c'est sa grandeur et sa gloire, à une activité incessante. Quand un peuple a réalisé un progrès, il devient fatal qu'il commence une tâche nouvelle. C'est sa loi : s'il ne la suit pas, s'il s'arrête, s'il se repose et s'endort, il entre immédiatement en décadence.
• Aussi est-il d^ià visible que la Frai ce entrerait bientôt en pleine décadence si elle continuait à écouter plus longtemps les RévclutUmnaires rétrogrades qui cherchent à la retenir dans les misérables querelles politiques d'un passé accompli, et les faux Conservateurs dont la politique passive et assoupissante s'eff jrce d'étouffer l'activité nationale,
» Grèce à Dieu, grâce au génie de l'Humanité et de la Frai^ce,
il n*en sera jMts ainsi : les esprits 6*ébraiileat déjà pour l'accomplissement de la tâche nouvelle.
» Transition, des préoccupations politiques aux préoccupor tions industrielles et sociales. — La question de fond, la question de principe et de système étant vidée sur le terrain politique de la constitution gouvernementale, l'activité intellectuelle devait nécessairement se transporter sur le terrain économique et social. Il y a plus de trente années qu'un grand génie a établi les raisons de ce fait qu'il prédisait alors à haute voix. La transformation qui s'accomplit aujourd'hui démontre avec éclat la valeur de cette prédiction et des vues scientifiques sur lesquelles elle reposait.
nk Le caractère principal de l'Evolution nouvelle est donc exprimé par ceci : Que la conquête du principe de V égalité devané la loiy l'organisation de Vunité administrative et du système représentatif (expression du principe électij) étant des faits accomplis, EiEN DE CAPITAL ne rostsut par conséquent à faire sur le terrain politique ou constitutionnel proprement dit, l'activité intellectuelle va se diriger, à l'intérieur, sur les questions sociales, et spécialement sur les questions économiques.
» Division des partis sur le terrain social. — Or, on verra se produire sur le terrain social les trois tendances qui ont caractérisé plus ou moins nettement l'Evolution politique :
» 4. — Les uns porteront sur ce terrain nouveau l'esprit ré* volutionnaire, et voudront procéder par des négations, (ks ren» versements, beaucoup plus graves, beaucoup plus périlleux dans cet ordre que dans l'ordre purement politique. » — (On en est là.)
» 2. — Les autres, par ignorance, par frayeur, par esprit de réaction, se mettront aveuglément et obstinément en traver» de la route du progrès. Ces immobilistes sociaux ne feront qu'accroître l'énergie et les haines révolutionnaires des prenûers, et fournir à la violence de ceux-ci des justifications ou des prétextes. * —(On en est là.)
» 3. — Enfin TOpinion vraiment libérale à laquelle la victoire est assurée, et qui ne saurait tarder à rallier tous les bons esprits, est celle qui recherchera sagement, mais ardemment, les conditions d'un progrès pacifique, régulier, favorable a la fois aux intérêts de toutes les clauses.
» Cette troisième opinon aura donc pour caractère d'être essentiellement organisatrice^ de procéder par les voies de la Science et de VExpérience^ et enfin de demander au principe de V Association la solution de toutes les difiicultés qui seront poui les deux autres Opinions des prétextes et des occasions de guerre. L'organisation sociétaire des intérêts divergents est, en ef fet, fe seul moyen d'amener à l'union les éléments qui se com-
battent sur le terrain social. » — (Nous en sonimes depuis longtemps là et l'on y viendra.)
» application. — Pour mieux dessiner ces trois Opinions, il suffit de les mettre en jeu sur l'objet capital de TEvolution nouvelle, la Propriété et le Travail.
» La première Opinion agira révolutîonnaîrement contre la Propriété, et prétendra l'anéantir au nom des droits du Travail. Le parti qui se formera sur le développement de cette opinion reproduira le mauvais côté, le côté déclamatoire^ haineux, jaloux et violent de la Philosophie du dix-huitième siècle et du mouvement politique qui en a été la conséquence. Telle est déjà la tendance Drédominante des Communistes et des différents ennemis de la Propriété, quoiqu'il y ait aujourd'hui pourtant de notables dissemblancds entre eux. » — (Est-ce clair aujourd'hui?)
D La seconde Opinion non*seulement réagira violeir ment contre la première, mais elle refusera de reconnaître en principe la nécessité de donner des garanties au Travail et d'améliorer la jposition des travailleurs ea régularisant et organisant l'Industrie. » — (EstAîe clair aujourd'hui ?)
» Ce parti inintelligent et aveugle répond, trait pour trait, mats avec une physionomie bourgeoise, à l'aristocratie de l'ancien régime, par la méconnaissance des besoins, des intérêts et des droits nouveaux, de leur légitimité et de leur puissance. » ^ (Est-ce clair aujourd'hui?)
» La troisième Opinion reconnaîtra et défei\dra les droits de la Propriété et ceux du Travail ; elle démontrera que ces droits^ loin d'être hostiles en principe, sont positivement couciliables ; que l'iacohérence industrielle et la concurrence anarchique sont aussi défavorables aux intérêts des maîtres qu'à ceux des ouvriers ; que les uns et les autres ont besoin de mesures sage* ment régulatrices du mouvement industriel, et que l'Association de la Propriété et du Travail consolide le premier intérêt en garantissant les droits du second. Cette Opinion partagée par les hoounes éclairés, les esprits larges et les cœurs généreux, dans toutes les classes, se mettra en tête du mouvement nouveau, préviendra le choc des partis violents et dirigera glorieusement l'Evolution dans la voie bienfaisante des réalisations pacifiques et des améliorations fécondes. Cette Opinion sera le vrai Libé* ralisme, le nouveau Libéralisme, le Libéralisme social. » — (Oui, et cette opinion triomphera, quoiqu'il arrive \)
» Ainsi, cette Politique nouvelle et vraiment sociale, à laquelle •seule il est donné d'organiser pacifiquement la Liberté et la Démocratie, peut seule aussi calmer les haines des partis, prévenir ou apaiser l'hostilité des classes et établir l'ordre matériel et Tordre moral au sein d'une société profondément ébranlée par
cinqttuite aimées de réyolatîons, et tourmenti^ par des besoins impérieux en présence desquels les bonunes de la Vieille Politique restent sans idées et eans intelligence, les uns ne sachant qu'irriter et agUer, les autres que résister et comprimer, aucun développer j harmofdser, associer et saUsfcAre. C'est cotte Politique à la fois paoGBBssivE et conssevatrics, qui maintiendra, qui consolidera en améiorant, en transformant, en réformant, en organisant ; c'est cette Politique qui est destinée à gouverner la Société et qui enterrera la Politique des résistances aveugles et ia Politique révolutionnaire, sur quelque terrain que Tune ou l'autre de celles-ci veuille se porter. » — (Oui, vous dis- je, et cette Politique triomphera ! )
» Point d'appui général. — Evidemment notre époque ne peut pas être une époque illibérale et rétrograde ; elle aime fondamêntalemenè le progrès. Ses tendances progressives ne sauraient être douteuses. D'un autre côté les leçons que nos révolutions nous ont données ont été assez dures pour que notre siècle nese jette plus à l'étourdie dans la voie des renyersementc*. (On l'y a forcé !) Le principe de la .Propriété est d'ailleurs un principe trop humain, d'un intérêt trop général et tient la sphère pratique est aujourd'hui trop étendue pour qu'il puisse être jeté à bas comme l'a été en 89 le principe féodal, affaibli et ruiné par l'œuvre des siècles antérieurs. L'opinion révolutionnaire ne saurait donc prévaloir. Une résistance aveugle aux pn^;rès légitimes, une imprudente méconnaissance des besoins, des intérêts et des droits du Travail, pourraient seules irriter les classes ouvrières et provoquer les guerres sociales contenues dans la formule générale de lEvolution nouvelle, mais que le développement de la Politique dont nous exposons les principes conjurera facilement.
» Ainsi les intérêts, les principes, les besoins de la Stabilité et ceux du Progrès, les expériences cruelles du passé et le mouvement de rOpinion déjà ébranlée : tout se réunit pour assurer le triomphe prochain de la Politique Nouvelle dont nous nous contentons ici de résumer les données générales, mais dont toutes les bases scientifiques et positives ont déjà reçu de nombreux développements dans d'autres écrits. »
Voilà ce que j'écrivais en 1843. Voyais-je trouble?
Voilà ce que je faisais lire et ce que j'expliquais en 1846 à M. Guizot.
Qui voyait vrai, de M. Guizot, le graod bonune d'Etat, le chef de la Bourgeoisie, l'homme pratique, ou de Gonsidërant le rêveur, le théoricien, Tutopiste ? Lequel des deux comprenait son temps, voyait la réalité, savait les choses? lequel des deux était l'utopiste? lequel, le rê-
Teur? lequel, Thomme pratique? Ah! que Taveoir rira bien en voyant qui ce siècle curieux prenait pour se» fous, qui il appelait ses sages !
J'ai donc cherché à faire comprendre à M. Guizot la gravité de la situation, les dangers d'une politique égoïste, matérialiste, inerte et de pure résistance; l'impossibilité d'arrêter le cours des idées, d'entraver l'évolution démo* cratique et sociale, la nécessité de prendre en main réso* lument les intérêts du peuple, ne fut-ce qu'en vue des intérêts de la monarchie et de la bourgeoisie ; la facilité de conquérir le peuple, de l'enlever aux bavards creux de l'opposition parlementaire en servant sa cause, eji met* tant la monarchie avec lui contre la féodalité financière comme elle s'était mise avec les communes contre la féodalité nobiliaire; les inévitables révolutions qui surviendraient si le pouvoir régulier n'acceptait p\s lui-même la mission sociale, démocratique et organique de l'époque nouvelle.
H. Guizot m'a répondu que oui, que sans doute, que c'était très ftien, qu^il fallait s'occuper du peuple et de ces questions, qu'il n'avait pu s'en occuper encore, qu'il
s'en occuperait quand il aurait le temps Mais que
la propriété et la famille étaient deux citadelles imprenar blés. — Je lui répondis que personne ne songeait, que je susse, à prendre d'assaut la famille; mais que si la propriété était imprenable, elle pouvait du moins être attaquée vigoureusement, et qu'jl en pourrait résulter de grands dégâts qu'il sierrait de prévenir en prévenant la guerre. — En somme, l'effet obtenu fut exactement le même que si je lui avais chanté Femme sensible. Mais il est à Londres, Louis-Philippe est à Claremont et nous sommes en République démocratique. En quoi serons nous demain? Je m'en doute bien un peu ; mais ce dont je ne doute pas, ce que je puis affirmer d'autorité, c'est que d'ici deux ou trois ans au plus, et quoique d'ici-là il arrive, nous serons en République démocratique et sociale.
Je dis donc aux réactionnaires de toutes les couleurs, aux badauds impérialistes et monarchistes de toutes les souches, aux badauds de la bourgeoisie qui s'en prennent à la République de la crise des affaires, quand ]es affaires avaient si bien dégringolé depuis dix-huit mois en pleine
Eaix et en pleine monarchie, et aux badauds de la Répuiique pure et simple qui croient au'on aurait tout l'ait dès qu'on aurait consolidé ia forme républicaine, et qui n'ont songé qu'à mettre un autre habit à la société monarchique : Je dis aujourd'hui à tous ces badauds, à tous
€68 oitiB, à tous ces politiqaes grotesques, à toas ces hommes d'Etat rîsibles, à tous ces grands enfants, à tous cespouparts de 30 à 70 ans, à toutes ces espèces de la collection du grand musée national des antiques, je leur dis ce que je répète depuis vingt ans, ce que j'ai écrit chaque année cent fois depuis 1830, ce que j'expliquais à M. Guizot en 1846; — et je le leur dis aujourd'hui avec deux autorités de plus, celle du 24 Février démocratique et social de la France, et celle de la grande Révolution européenne !
i 29. Impuissance.
Âvodez, mes maîtres , que cette Révolution de Février vous a bien surpris. Pardieu ! vous ne vous y attendiez guère. Au bout de vos banquets, il y avait, dans votre
Sensée un petit mouvement d'opinion, borné à la sphère ourgeoise et parlementaire, une petite raclure de réforme électorale, et puis, pour vous, ces bien-aimés porte* feuilles du papa d'Oliban, des places pour vos amis, et, en politique, toujours le même air: seulement vous auriez tenu la clarinette. On s'en aperçoit de reste aujourd'hui que c'eût été toujours le môme air. Le Nationallm-^mème qui avait, sous Tancien établissement, la fatuité de se croire impossible, le National pourfendeur, batailleur, casseur et vainqueur, n'est-il pas aux affaires? En quoi, je vous prie, — je ne parle pas du talent de tribune, de l'autorité du regard, du geste et delà parole, — mais en quoi, sauf cela, l'infortuné Bastide différe-t*il de M. Guizot, ministre de l'intérieur ? — Par les intentions, les désirs sans doute. Mais après vos antécédents, après l'installation d'une République en France et au milieu de la Révolution européenne, ce qui rend votre politique plus honteuse et plus piteuse que celle que vous avez tant honnie et bafouée, 6 mes Pui s de la veille, ce sont précisément vos intentions et vos désirs.
Au moins M, Guizot était dans ses idées monarchiques et aristocratiques quand il était dans sa politique. Vous, vous n'avez pas môme l'excuse de vos idées, au contraire, pour emboiîer servilement le pas dans tous ses pas, pour vous faire rentortiller comme Louis-Philippe par l'Aristocratie anglaise, pour rentrer dans cette politique passive, inerte, lâche, qui ment à toutes les traditions généreuses de la France et qui la déshonore en la faisant mentir aux engagements solennels qu'elle a pris envers les peuples opprimés, enver» les peuples qui ont compté sur elle, à qui elle a promis son appui , et que vous laissez écraser et égorger à ses portes. Louis-Philippe n'a du moins pas
IftS
laissé rentrer les Hollandais à Bruxelles, et M. Mole avait défendu aux Prussiens d'y yenir'; Casimir Perrier avait pris Âncône et serré la bride aux Autrichiens^, de combien de mépris cependant n'avez-vous pas accablé ces hommes? — Et encore vous avez pour vous le grand courant de la Révolution européenne !
Et d'où vient malgré vos bons désirs, malgré vo3 intentions qui vous condamnent, malgré votre conscience qui se révolte en dedans contre vous mêmes au point de vous donner ces airs patibulaires que vous nous montrez, d'où vient votre impuissance, votre inertie, la platitude de votre politique à l'extérieur aussi bien qu'à l'intérieur ?
Cela vient de ce que vous ne comprenez pas votre temps, de ce que vous ne connaissez pas votre époque, de ce que vous êtes d^^s Fossiles de l'évolution politique précédente au lieu d'être des Vivants de l'évolution politique et sociale actuelle !
Cela vient de ce que vous ne savez rien et que vous le savez bien ! de ce que vous n'avez pas deux idées, pas une ! de ce que vous n'avez pas foi dans le pays, parce que vous ne pouvez pas avoir fol en vous-mêmes, parce
S[ue vous sentez que vous n'avez en vous rien de ce qu'il iaut pour l'entraîner, pour l'enlever, pour l'enthousiasmer, ne comprenant, je le répète, ni votre temps, ni Siis besoins , ni ses problèmes !
Rien de ceci ne s'adresse à vos personnes que je ne suspecte pas, que j'estime, que j'honore, que j'aime, que je préfère à celles qui pourraient aujourd'hui vous remp'acer, que je soutiens comme on mange des merles. Mais vos bonnes intentions prouvent superlativement l'impuissance absolue que j'alfirme être ici le caractère indélébile non-seulement de vous, mais de toutes les pétrifications de la politique pure, de tous les genres de crustacés politiques que leurs écailles ont rendu imperperméables aux rayons des idées actuelles de l'humanité, de toutes les taupes qui n'ont pas vu la lumière de leur époque, de toutes les plus fortes tètes enfin dont la force ne serait que débilité et imbécillité, tant qu'elles n'auraient pas compris les grandes, les glorieuses Destinées nouvelles du iK^onde.
Rien , rien , rien sans la lumière et sans la foi ! et, je vous le répète, seule aujourd'hui l'Idée sociale est lumière, seule elle allume aujourd'hui la foi dahs les âmes, seule elle projeté dans les esprits l'intelligence de la politique moderne.
Si vous vous rendiez compte historiquement, politique-
ment, aoeitlement, de l'état actuel da monde, da travail qui 8'y accomplit, de la grande éTolution palfngënéslque qui 8'y fait, tous sentiriez Tirrésistible puissance des forces cosmogoniques qui en décomposent l'ancienne organisation oppressive pour le recomposer suivant la liberté; et dès que vous , gouvernement d un peuple qui s'appelle le peuple français, vous sentiriez ces forces, elles passeraient en vous-mêmes. Vous sentant dans le mouvemeiit de Thistoire, dans l'invincible courant de Thumanité, avec la vie, avec Dieu qui est dans les Peuples, vous feriez partager an Peuple initiateur de France votre sentiment et votre foi ; vous l'illumineriez par la révélation glorieuse de sa propre mission; — de cette grande mission dont, en punition de ce qu'il l'avait remplie avec égolsme et domination sous l'Empire, quinze années de disputes mesquines sous la Restauration et dix-huit années de matériaiisme et de corruption sous Philippe, lui ont fait perdre momentanément le noble souvenir.
En proclamant les grands principes de l'indépendance des peuples, de la paix dans la liberté ; en proclamant la justice et le droit ; en signifiant le terme de toute oppression et de toute conquête dans la sphère de votre activité ; en vous mettant avec ce qui doit être et ce qui sera inévitablement, vous seriez à la tête de toutes les forces morales, de toutes les forces vives, de toutes les forces démocratiques, historiques et sociales de l'Europe entière.
En ayant foi dans les destinées nouvelles de la France et du monde, en lançant cette foi rayonnante autour de vous, au milieu du désarroi général des vieilles choses, de la colossale débÂcle de TEurope, vous feriez de la Republique française l'étoile polaire de tous les intérêts légitimes et de tous les droits, le soleil de la rénovation et de la liberté.
Ayez foi au monde nouveau et à la France, qu'on le sache en Europe, et parlez ! Qu'on vous sache résolus à soutenir la bonne cause, et vous n'aurez pas un coup de canon à tirer pour que la justice, l'humanité, la raison et le droit triomphent. Mais vous n'avez l'air résolus qu'à conserver votre irrésolution, à ne rien oser, à ne rien vouloir, à désespérer les opprimés et à rassurer les oppresseurs.
La confiance ! la confiance ! Vous attendez le retour de la confiance!... Ce n'est qu'en ralliant, c'est-à-dire en agissant , ce n'est qu'en entraînant les âmes , qu'on ramène la confiance. La confiance ne renaît pas comme cela, sans cause. Il faut la commander, la confiance. La confiance c'est la foi. A quoi donc le pays que vous gou-
nmn peat-il a^ir fbî, si ^tis ii*8Y«z pas sealement foi
en vous-mômes?
Voici ce que Ton fait :
On expose une politique grande, noble, jaste, gToriease, conforme à la destinée du pays, à, la révolution d'où Ton sort, aux besoins de l'époque. On expose les moyens de la réaliser, à l'intérieur par l'accord des intérêts et dos classes, à l'extérieur par la protection des peuples qui brisent le joug odieux des ennemis de la démocratie, lesquels sont les ennemis de la France. On frappe les es-
Srits, on les échauffe, on emporte les âmes yers un but 'activité capable de passionner un grand peuple. On 1>arle aux sentiments généreux, on parle aux intérêts, on eur fait comprendre que le salut de tous est dans le ralliement de tous ; on leur montre un ordre stable, définitif, fondant la paix universelle, le travail, la prospérité du monde sur l'indépendance et la libre confédération des peuples, les immenses développements de la production, du commerce, des échanges et de la richesse qui surgiront de cette grande unité, de cette Sainte-Alliance des nations succédant à celle des despotismes. Alors , les intérêts que vos incertitudes tuent à petit feu, irritent et hostilisent, écoutent et se raniment; ils ressuscitent avec la vie nationale, ils s'organisent dans son mouvement, ils reprennent confiance en vous voyant agir et gouverner, concourent avec vous, vous secondent et vous servent.
La Foi transporte les montagnes. Ayez la foi, et vous serez forts, vous qui, avec les ressources matérielles immenses dont vous disposez, ne pouvez pas seulement transporter un grain de sable.
Gréez la confiance en créant l'action ; ayez une idi^e, donnez un but à l'activité nationale ; faites-nous savoir où nous allons ; gouvernez. Si les pilotes lâchent la barre ; s'ils perdent la tramontane ; si leur boussole est folle ; s'ils ne savent d'où vient le vent, où poussent les courants, de quel côté est la terre : comment, au milieu de la imit et de la tempête, la confiance renaltraitrelle à bord?
{ 90. Je parle de tous les Morts gouvernants ou pour le moment
possibles.
Mais, encore une fois, lecteur, comprenez bien mes paroles. Ce n'est pas uniquement dé" ceux qui sont aujourd'hui au Pouvoir que je parle. Remplacez-les par d'autres représentants du passé, par d'autres morts, ce sera toujours la même chose. Ce sera même bien pis
quand viendra, soub une figure quelconque, le tour de la réaction ; yous verrez.
Je parie donc de tout ce qui est possible, jusqu'au triomphe du Socialisme, jusqu'à ravënement régulier de ridée sociale au gouvernement. Tous ces éléments qui n'ont pas la science, la foi et la vie, sont fatalement dévoués à l'impuissance ou à la violence. Ce sera toujours le même air, celui des trépassés. Ceux qui rament aujourd'hui aux bancs de la galère gouvernementale sont honnêtes, bien intentionnés. Ils veulent sincèrement la forme républicaine. Ils ont le sentiment qu'elle doit être un instrument de progrès ultérieurs. A deux ou trois inilividualités près, c'est ce que nous pouvons avoir de mieux aujourd'hui. Il est à désirer qa ils restent tout le temps que la transition doit durer, ou, ce qui serait mieux encore, qu'en s'éclairant ils inaugurent eux-mêmes la politique vivante, la politique nouvelle. Uài^, au gouvernement, il est rare qu'on acquierre. On applique ce que l'on a, ce que l'on sait : c'est pour cela que je nour* fis peu d'espoir que mon désir se réalise.
Quoi qu'il en soit, qu'on retienne ceci. Gomme Samson, l'Hercule libérateur des Hébreux , la France est l'Hercule libérateur des peuples modernes. Or, la force de Samson était dans sesdievcux; et les cheveux, dans la symbolique de la nature, qui est en même temps celle de la langue sacrée, représentent ce qui sort, ce qui émane, ce qui rayonne de la tête : les idées et la volonté. Hé bien ! la force de la France aussi est dans ce qui rayonne de sa tète, dans ses idées, dans son dévouement, dans sa volonté. Gomme la perfide épouse de Samson, Dalila vendue aux Philistins, Philippe, qui avait épousé la France en juillet 1830, Ta abandonnée et lui a coupé les cheveux pendant son sommeil ; mais les cheveux do la France commençaient à repousser : on l'a bien vu au 24 Février. Et vous, républi* cains de la veille! républicains sans foi et sans idée, qui l'avez reprise des bras du monarque et qui la tenez encore pour un moment dans les vôtres, ce que Philippe a fait traîtreusement vous le refaites bêtement... Vous ne voyez pas que, — pour un tenips qui ne sera pas long, il est vrai, — vous allez de nouveau l'énerver et la livrer aux PhillstlDS.
La force de la France est avant tout une force morale. Son autorité est dans sa parole, dans son attitude, dans &on dévouement à la cause des peuples, dans sa coafiancc au droit, h son étoile, aux destinées grandioses de la démocratie et de la liberté. Cette force immense, vous
FaDéantisseK ! vous détruisez par la platitade de votre politique la foi des peuples dans la France! La tribuns de la République devrait élre, pour son gouvernement, nn foyer rayornimt de chaleur et de lumière. C'est à cette tribune que vous devriez faire votre diplomatie,' diplomatie de justice, de raison, de droit démocratique. Or, Jamais là tribune n'a été plus terne et plus muette que vous ne faites celle de la République ; et votre diplomatie, héritée et copiée de celle que vous avez tant vilipendée, se cache, se glisse et se traîne dans Tombre, ne pouvant regarder !e soleil et redoutant le moindre jour.
Ah ! que Tancien rédacteur du National doit être bu* milié et souffrir dans la peau de cet infortuné Bastide , ministre des affaires étrangères de la République! df cette République menteuse, honteuse et la queue basse; qui ne tient pas ses eny:agements solennels, qui fait bien pis que ce que la pîume du National s*indignait tant de voir faire à la monarchie philippiste. Et tous ces vainqueurs que nous essayions en vain de calmer et de rendre un peu pacifiquesquand ce n'était pas le temps de faire tant de tapage ! ce doit être pour eux un affreux supplice d'être ce que nous les voyons après avoir été ce qu'ils se sont montrés. Mais regardez-vous donc un instant tels que vous êtes aujourd'hui, de cette tribune des journalistes où vous étiez hier, regardez-vous sur vos bancs de ministres et dans vos fauteuils présiJentiels, et dites-nous ce que vous pensez des figures que vous y faites?
Je le dis j»incèrement : ce ne sont pas les bons désirs qui manquent à la plupart d'entre eux, mais l'Idée et la Foi qui font oser et réussir. Je suis donc convaincu que
fdus d'un parmi eux souffrent de douloureux martyres, et bnt, par le fait, une œuvre intime de dévouement en restant au Pouvoir.
L'œuvre n'en est pas meilleure; mais le sentiment les honore ; c'est la preuve la plus formelle que je sache de votre radicale et ridicule impuissance, ô républicains purement formalistes de la veiUc ! républicains qui avez repoussé des pieds et des mains l'idée de votre temps, républicains de la lettre luorte, républicains qui n'avez voulu rien étudier ni rien apprendre, républicains pour qui la République a été le plus grand des désappointements,
S>arce qu'ayant pris une îotme constitutionnelle pour un tat social et un moyen pour un but, maintenant que la forme est là et que vous tenez le moyen, vous êtes bien embarrassés, ne sachant qu'en foire....
En vous donnant la République au 24 Février, le Peu-
plt v<m8 a eertainemeat joaé un mauvais tour; il vous a coupé l'herbe sous le pied. La République tous a finis, accomplis, consommés. N'ayant |uus à poursuivre cette fot'me , vous n*avez plus de raison d'être. Aussi ne conçois-je aujourd'hui rien de plus confondu et de plus mys* tiflé, ni môme de plus fossile déjà et de plus antédiluvien qu'un républicain de la veille, pur de toutes idées sociales, et à qui le 24 Février n'en a pas appris quelque chose. Il y en a encore de cette variété à l'Assemblée et au dehors. Quelques-uns même ont trouvé moyen de con» server leurs illusions et. de se croire très importants, plus qu'importants, nécessaires à la France et à la République ! J*ai Texplication de ce phénomène; aussi me passet-11 dans l'esprit des réflexions inédites sur les lois naturelles de la pétriflcatioa dans les couches successives des idées de l'humanité, toutes les fois que mes yeux se reposent sur leurs figures ou que je leur demande en passant comment va la santé.
I 51. Procédé pour reconnattre si Fon est mort ou vivant.
Orléanistes, imp(^rlalistes, légitimistes et républicains anti-sociaux de la veille, vous, n'êtes plus de ce monde. Vous êtes de ces morts de l'Evangile dont la fonction est de s*enterrer les uns les autres. Et comme II ne manque pas de gens, dans les temps de transition, qui ne savent pas bien ce qu'ils sont, je donne ici la recette pour 9$ connaître soi-même^ — «ce que recommandait avant tout la sagesse aati lue. Cette recette est courte, la voici : cSe » taire, se recueillir un moment, et écouter si l'on en- » tend dans son cœir une voix qui crie : Vive la Ré-
» PUBLIQUE nÉMOCRATlQUfi ET SOCIALE ! »
Ceux qui entende ut cette voix sont vivants, et vivants en raison du sentiment et de la clarté avec lesquels ils la comprennent.
Ceux qdi n'entendent pas cette voix sont morts. -— Morts ! morts ! morts I
ÏX c'est vous-mêmes qui dites c^Ia, qui le dites chaque jour, qui le dites par vos œuvres, qui 1 articulez dans les
I paroles que la vérité vous arrache. Les morts confessent a vie. Habemus confitentes mortuos. Vos aveux pleuvent partout. Tenez, ce matin, 1^ novembre, jour de la Toussaint (pardieu ! c'est précisément la veille de votre fête), avant de reprendre ma plume, je viens de parcourir vos journauX) et, comme tous les jours, j'y ai trouvé, de ee que je vous dis, vingt preuves. Ten ai même trouvé une magnifique daes le dmsiikiiionnel ; — voir sm article
de ce joar, et le rapport cité par lui, où M. Payolle constate a le découragement, la défaillance de la vieille sat ciété, » et, Bauf quelques précautions obligées de langage, en signale la cause en socialiste intelligent. Le Comiitutiormel^ confessant ici M. FayoUe , est un gros mort confessant nu vivant. — Voulez-vous , dans le Courrier français^ la fin d'un long travail en dix ou quinze articles, intitulé : YOrdre du jour^ par M, Ducuing, un adversaire du Socialisme. Ecoutez les aveux désespérés de C8 jeune publiciste :
...is Si ûuus nous montrons ainsi faibles et impuissants, lorsque nous devrions nous montrer énergiques et forts, c'est que le génie du doiite étend sur nous ses ailes sinistres. L'heure où nous sommes est enc re plus trii<te que douloureuse ; car la société BOUS apparaît vide de croyances et de fui. Elle est encore plus sceptique que la loi. et voilà pourquoi elle s'égare en de vaines et démoralisantes récrimiBations. Les esprits tes plus croyants, et je parle aussi des plus résolus, se laissent a' tiédir et décourager par le froid et le vide qui se font autour d'eux. Combien y en a-t-il encore parmi nous qui croient à la vertu d'un principe et qui conservent a&sez de ferveur pour en poursuivre le trioiopbe ? On les compte, et ce qu'il y a de plus laonentable, c*edt que c. ux-Iâ précisément ont perdu la bonne voie. Oui, les seuls croyants sont aujourd'hui les socialistes : c'est lace qui les rend fertt) contre leurs adversaires, ce qui pareillement les rend dangereux pour la société qu'ils égarent.
» Le doute ! le doute I voilà ce qui nous énerve et ce qui nous perdra!
...« Qu'un représentant parle aujourd'hui de son enthousiasme républicain, de son amour du peu.ile, on ne l'écoute déjà plus ; on se moquera de lui demain. Personne ne trouve plus au fond de son cœur assez de sincérité pour en laisser échapper ses inspirations généreuses, crainte d'extravagance. Voilà où nous en sommes!
...v La fraternité est sur notre devise, mais est-elle bien réellement au fond de nos cœars ? Nous invoquons des principes ; mais en dehors de quelques règles de droite froides comme une lettre morte, sur q toi reposent-ils ? Il semble qu'on ait ouvert la bohj du Pdodore sur cette pauvre France déshéritée^ et qu'il ne s jit le^té au fond que l'é^oïsme. Âh ! mieux vaudraient les superstitions du jeune âge que cette décrépitude morale qui est un signe manifeste de décadence. Nous nous disons républicains, et nous ne croyonssincèrimetit à rien !
«..!> L'esprit de critique a vaincu l'inspiration, l'esprit d'initiative. À celui qui viendrait proposer une idée nouvelle ou un projet iécond, nous répondriona : « Foui êtes trop Galilée ! » Ce mot, devenu fameux, peint Lien la situation d'eapi*it où nous sommes. Nous n'ayons plus. Dieu le sait, l'intelligence du dévouement ^ui fait les grandes choses : un citoyeu qui voudrait se sacriber à la patrie ne saurait conunent s'y pr^nd^e. '
» Moi-même, gQi tranche ici si hardimert du docteur et de Hiomme d'Btat, l'affirmation est plutôt sur mes lèvres qu'au fond de mo!i espnt troublé et hésitant. Je parle comme si j'étais sûr de moi et de mes idées, et pourtant le me débats, agité et tremblant, au milieu du doute qui m'environne. Je croîs que je veux de bonne foi le juste et le bien, qui sont la manifestation de l'égalité et de la fraternité. Je le crois ! Ma's je sens en même temps toutes les notions du bien et du juste s'effacer en moi au courant de cette atmosphère pervertie qui détend tous les ressorts de mon esprit et de mon fime. Si je parle ainsi de moi, c'est pour avoir le droit de dire ce que sont les autres, qui ne valent peut-être pas mieux oue moi.
» Pour trouver aujourd'hui le courage et la résignation que donnent les croyances, il ne nous faut pas regarder en haut de h socÀéiê^ il faut regarder en bas. Et jusqu'où ne faut-il pas descendre ? jusqu'à ces mêmes insurgés qui pourtant ont mis en péril la société tout entière. Oui, c'est en eux seulement que réside cette force inpondérable qui soutient le moral des nations dans l'adversité : eux seuls peut être ont compris la mort sainte et héroïque de l'archevêque de Paris ; car c'est eux seuls qu'elle a touches.... ».
Est-ce clair? L'aveu est complet, et ce n'est pas un socialiste qui parle , au contraire. C'est un jeune mort, qui se désespère, il est. vrai, de vivre mort au milieu des morts. Il est en voie de résurrection puisqu'il fait, pour devenir vivant, des efforts louables. Je constate qu'il dresse, y compris le sien, votre extrait mortuaire général et en règle.
Mais je m'apperçois que J'ai suivi un sentier à côté dé ma route : j'y reviens.
2 32. Conclusion sur les causes de votre trépas.
Je disais que la Révolution de Février vous avait bien étonnés. Vous ne vouliez qu'une petite pression d'opinion, et vous avez eu, le 24, la République démocratique et sociale !
C'est que vous aviez compté sans l'intervention, sur la scène de votre comédie parlementaire, d'un acteur nouveau, qui en a fait un drame révolutionnaire et socia/. JI est vrai qu'il a surgi tout à coup , inattendu, imprévu, comme le Deus ex machina des tragédies antiqutis. Cet acteur dédaigné, ce personnage qui ne comptait pas, c'était le Peuple : le Peuple à qui vous aviez appris à lire, et qui avait lu les Socialistes, que vous ne lisiez point, qui était de son temps dont vous n'étiez plus.
Avouez que l'explosion sociale, qui a été une seule et même chose avec l'eT^plosion de la République vous a bien autrement étonné encore que celle-ci. Vous n'y compre-
niez rieD ; Toas n'en pouviez croire vos yeux ni vos oreilles. Quoi donc! ce Socialisme dédaigoé, inconnii; ces droits nouveaux, ces utopies, ces rêves ; tout cela, une force déjà irrésistible ! Oui, vraiment, et depuit huit mois cette force a décuplé sa puissance, et je vous annonce qu'au train dont marchent les choses, elle l'aura centuplée dans six.
Mais vous vous êtes bien dépêchés de clore vos oreilles et vos yeux forcément ouverts un instant par le fracas de cette Révolution; et aujourd'hui déjà vous vous rendormez, — pour ne pas déranger vos anciennes habitudes !
Voilà4-il pas, en effet, que vous vous plaisez maintenant à vous persuader que, sans Louis Blanc et le Luxembourg, on n*eût point vu surgir le Socialisme ! ou* bliant que le Luxembourg n'est venu que parce que le Socialisme avait surgi... Croyez-vous donc que si le Socialisme n'eût pas, lui-même, dans la personne du Peuple, proclamé la République ; que s'il n'eût parlé dans les rues, aux Tuileries, à Vancienne Chambre, place de Grève, à rHôtel-de-Ville, on eût ouvert à un ouvrier les rangs d'un Gouvernement, et donné à Louis Blanc un Luxembourg? — Donc, vous tâchez de vous rendormir. Eh bien ! vous avez tort.
Vous avez tort, car le Peuple veille toujours; car la Bourgeoisie en masse est en train de devenir Peuple par la communauté de !a gène, de la misère, 'du travail stérile ou du manque de travail, et par la communication électrique des fortes idées dont l'air est chargé. Le Socialisme qui, seul, peut donner le crédit, le travail, le bienêtre, rétablir les affaires, rouvrir les sources desséchées de la prospérité publique ; le Socialisme devient de plus en plus, chaque jour, le refuge des intérêts, des âmes et des espérances. Le parti des Vivants gagne, gagne au détriment du parti des Morts ; — des Morts qu'à chaque heure, en enseignant, il ressuscite par légions et voit entrer dans ses cadres.
Voulez-vous un dernier signe? Voyez si nombre de personnages qui ne savent encore rien du Socialisme, de politiques purs, de gens qui veulent arriver ^ ne se font pas déjà socialistes ;>otfr arriver? Quelle meilleure preuve vous faut-il que le Socialisme est ce qui grandit, ce qui monte? Les intrigants et les ambitieux y viennent ! C*est cela qui est révélateur.
Il y a vingt-deux ou vingt-trois ans, on n'avait encore entendu parler de rien. Le Saint-Simonisme était encore dans sa coque, et nous étions, pour notre part, avec
Fourier, — ce pauvre fou si dédaigné d'abord, tantbaffoué plus tard, — trois phalanstériens, un sourd, une femmeet un écolier... Quel corps d*armée pour conquérir le monde ! Mais nous nous savions sur la grande route de l'Avenir et de l'Honianité. Essayez donc aujour* d'hui de compter les socialistes ! dénombrez aujourd'hui, S' vous pouvez, les forces engagées et déployées sur la route 1
Voilà done le foit bien constaté. Vous connaissez les causes de votre trépas. De même que la Noblesse, plus aveugles, plus légers, plus insensés et plus coupâmes qu'elle, — car vous aviez les enseignements de son histoire et de la vôtre; vous aviez vos antécédents, vos luttes contre elle avec le Peuple que vous aviez poussé au combat au nom des droits mcconnus, des principes de justice, de liberté, «l*égalité et de fraternité, à qui, en un mot, vous aviez appris les Eévolutions; — comme la noblesse, diS'je, et bien plus qu'elle encore, vous avez dédaigné le Peuple, ses idées, ses droits, et méconnu ce grand courant d'espérances, d'aspirations et de vues nouvelles qui constituent, S0U9 le nom de Socialisme, au dix-neuvième siècle, la pensée et la force vive de l'humanité vivante, comme elles avaient constitué cette force et cette pensée, sous le nom de Philosophie, au dix-huitième.
Qu'avez-vous fait, qu'avez-vous préparé, qu'avez-vous Eeulement pensé pour le Peuple, pendant vos dix-huit ans de règne, de petites querelles entre vous, dans votre misérable sphère électorale et parlementaire? Rien, rien, rien ! 1 vous dénonçait les misères des travailleurs, vous n'écoutiez pas / On vous dénonçait les vices de la société, vous fermiez les oreilles! Ou vous montrait les plaies saignantes de l'industrie, de l'agriculture, du travail, de la propriété elle-même : rien, rien ne vous détournait de votre bavardage et de vos intrigues.
Entre temps, le Peuple faisait ce que vous ne vouliez plus faire : il pensait, il lisait, il étudiait, il discutait les problèmes sérieux, il mettait en question votre société comme vos pères avaient mis en question la société des nobles. Et le Socialisme grossissait comme la marée monte. Puisse ce que j'écris pour vous, voud faire comprendre qu*il monte encore, qu'il monte toujours ! Votre salut est à ce prix. Si vous voulez résister, vous êtes perdus, vous serez pilés comme du verre, broyés... comme vous avez broyés les autres ! Rappelez-vous 89, 90, 91, 92 et 93. Il n'y avait guère aUnrs qu'une forme et des droits politiq >rs v.n jeu. C'était peu de chose. Aujourd'hui, c'est la
Propriété et la Société qai sont l'objet du différent. I/af* faire me parait autrement sérieuse. Si nous nous y en» gageons trop mal, je vous le dis,, la civilisation européenne frise la mort. Il y a une chance pour que l'Europe soit décomposée, pillée, ravagée, incendiée et cosaquée en quelques années.
Li Noblesse a eu le gouvernement de la société quand elle étHît active, conquérante, organisatrice ;
L'Eglise l'a eu;
La Royauté l'a eu ;
Vous l'avez pris vous-même au nom de tous, au nom des droits et des intérêts de tous, par la force des idées.
Or, vous avez délaissé les droits et les intérêts qui n'étaient pas les vôtres et cessé de sui?re les idées. — G^est donc maintenant votre déeadence et le tour du Peuple.
Vous trouvez peut-être que je vous parle un peu dur. Avec de l'alcali et de fort vinaigre j'ai fait revenir dea noyés. Je ne sache pas qu'oa en ait jamais ressuscites avec de l'huile d'amandes douces. Or, je travaille à voua ressusciter.
Et puis, voy3z-vous, je vous sifflerais des idylles sub tegmifie fagi, ou je me tairais pour vous plaire, ou j'irais renoncer au Saciabsme,à ses pompes et à ses œuvres, sur le baptiâtaire de la rue de Poitiers, que le Socialisme n'en irait pas moins, lui, son train et son allure. Il est lancé, c*esi fini. Ce ne sont pas de ces choses-là qu'on arrête. Il a pour lui le courant, le vent et la marée. Qu'y pouvezvous faire? Mett3z-voiis avec la marée, le vent et le courant , cela seul est sage, cela seul est bon, cela seul est sûr. Autant c'est folie et danger de prétendre gouverner contre ces trois forces, — surtout quand on n'a ni charbon, ni feu, ni vapeur, — autant la navigation devient facile quand on se met avec elles. Donc, choisissez.
i 33. Gonvertiâsez-vous pendant qu'il est temps.
Je voudrais bien finir. Mon texte s'allonge, j'avais écrit les premières lignes de ceci comptant faire, pour la Démocralie pacifique^ un article de deux colonnes, en tête d'une nouvelle édition de Jésus-Christ devant les conseils de guerre. Voyez, ô mes ennemis, officiers et sous-offlciers du parti anti-social, combien, avec vous, la conversation a de charmes, et quelle est mon ardeur à vous convertir! Souvent malade, empêtré de besogne, l'Assemblée^ la Commission municipale, celle des prisonniers politiques, un Congrès phalanstérien, la Démocratie paeijiqm^ les visiteurs de tous genres et le diable aidant, il
jn'a Mlo, depuis cinq ffemaines, veiller bieo des nuits, jusqu'à quatre et cinq heures du matiu, pour vous griffonner ceci et corriger les épreuves maudites. Eh bien ! je fais cela pour vous ! Je voudrais vous réveiller, vous éclairer, vous toucher. Si je me permets de vous pincer, de vous battre, de vous casser de bons arguments sur le dos, c'est pour essayer de vous faire réfléchir. Noué avons averti pendant dix-huit ans vos prédécesseurs. Je voudrais bien ne pas perdre avec vous mon temps, comme je l'ai fait avec eux; vous donner quelques idées, vous empêcher de nous mener à quelque Révolution nouvelle. N*en est-ce
Sas assez, de Révolutions? Et si des coups de verbe un peu urs pouvaient, en suscitant votre somnolence, vous forcer à lire et à f^enser, vous apprendre un peu de Socialisme et conjurer les coups de fusil, aurais-je grand tort de ne pas vous parler dans ce style administratif, académique, ou parlementaire qui donne le bâillement aux statues de marbre de l'Institut ou du palais de l'Assemblée elles-mêmes? Je vous en ferais bien, si je voulais, de ce style châtré et honnête; mais vous ne liriez pas; tandis que, ceci, vous le lirtrz. Vous n'êtes, hélas! sensibles qu'aux mots. Les idées vous ennuient, les vérités vous irritent ; vous voulez qu'on vous montre tout en beau et que l'on vous berce pour vous aider à dormir. Je ne voudrais pas, moi, vous laisser aller au sommeil sous le mancenilller..;
Et de fait, voyez-vous, c'est une situation bien grave que celle où les Influences qui composent le gouvernement légal et régulier de la société, ne sont pas les organes initiateurs de ses progrès nécessaires. Quand le sentiment des besoins, les forces vives et l'idée d'une époque sont d'un côté, et le gouvernement de la société de l'autre, les explosions sont inévitables. Les majorités purement numériques, mais inertes et sans idées dans le pays n'y font rien. Seules, les minorités actives, passionnées, croyantes, comptent en temns révolutionnaire.
Louis XVI et sa Noblesse, Charles X et ses Emigrés, Louis-Philippe et ses Satisfaits, ne sont pas tombés pour une autre cause que celle dont je parle. Frédéric-Guillaume de Prusse, — comme Metternich, comme tant d'autres qui sont par terre ou qui vont y être, — devra sa chute au même motif.
J'ai essayé de vous démontrer que le Socialisme était l'irrésistible force historique du temps, l'idée même de l'époque ; qu'il fallait le prendre corps à corps et résoudre ses problèmes ou périr. Nous n'avons plus de roi, plus
de boue ëmiasaire à charger, avec les tiens, des pécbés d'Israël, et à renvoyer, par la voie de Cherbourg ou du Havre, àHoly-Rood ou à Glaremont. Une nouvelle Révolutirn serait le signal d'une guerre civile épouvantable. Il faut à tout prix l'éviter. Or, pour l'éviter, il n'y a qu*un moyen : c'est que vous Gouvernement, vous Bourgeoisie, vous Influences, vous consentiez à étudier le Socialisme, à l'entendre à fond, et à vous faire socialistes vous-m6* mes, afin de le contenir, de le diriger, de prendre, dans la pratique sociale, l'initiative du Progrès dont il renferme les germes, et qu'ils vous appartiendrait de féconder et de faire mûrir. C'est le seul moyen d'ébarter les dangers.
Je vous donne de bons conseils; suivez-les. Je n'ai pas plus de goût que vous pour les discordes civiles. Je déteste plus que vous les révolutions et les guerres. Je vais même si loin à cet endroit, qu'à vos yeux j'en suis utopiste. Eh ! bon Dieu ! croyez-vous donc que je ne sache pas qu'en fait de questions otganiques, de travail, de créait, d'association volontaire, d'harmonie et de l^halanstère (toutes mes marottes), les coups de fùsil, le sang et les déchirements intestins sont des procédés qui ajournent ou brisent les solutions au lieu de les installer? Le Socialisme, chauffé révolutionnairement au rouge et voulant triturer la société à la guise des idées fausses et violentes qui prendraient nécessairement le dessus pendant la tourmente d'une Révolution de la Misère, d'une guerre sociale de la Pauvreté contre la Richesse, amènerait infailliblement une nouvelle Terreur. Or, nous connaissons l'histoire, et nous savons, nous autres socialistes de pacification, d'organlsaion et de science, que les plus emportés verraient bien vite en nous des modérés, des girondins et des traîtres, et que, en attendant leur tour, notre affaire serait bientôt faite. Nos idées resteraient sans doute. Leur avènement étant absolument nécessaire ^ dans un délai prochain, à l'existence de la société, la société, qui a l'instinct de la vie les fera certainement triompher ; mais il est fort probable que nous laisserions nos peaux dans la bagarre. S'il le faut, soit ! Cependant, nous aimerions autant les conserver, et, pour nous, pour vous, et pour tous, éviter la débâcle.
La conversion de la Bourgeoisie dirigeante au Socialisme, telle est donc la chose désirable et urgente.
Permettez que, pour achever de vous y. préparer, je vous édifie sur l'impuissance et la vanité de tous vos moyens de résistance. C'est par là que mon sermon va finir.
1 54* Nallité de vos forces matérielles.
n y a d'abord vos forces matérielles.
Une année de 500 mille hommes ; la garde mobile; les baïonnettes de la garde nationale ; les bastilles qui envi* nmnent Paris ; l'immense masse des intérêts industriels et autres, auxquels vous prêchez Thorreur des réformes sociales ; etc.
Sans doute tout cela c'est quelque chose. Si vous le voulez bien, pourtant,nous allons le rayer.
Nous sommes convenus, en effet, que la force matérielle n'est rien sans la force morale , sans la force de l'Idée.
A quoi ont servi, à Charles X, et l'armée et la masse numérique de la nation qui ne demandait pas sa chute, et la garde nationale elle-même qui ne Toulait qu'un change ment de ministère, et qui a pourtant expédié le pauvre vieux roi chevalier à Cherbourg?
A quoi ont servi, à Louis-Philippe, les bastilles sur lesquelles il avait tant compté, l'armée , la masse de la nation et des intérêts, et la gard^ nationale qui s'est trouvée si surprise d'avoir fait faire au Peuple une République?
Tout cela, à un moment donnée ne sert donc à rien, à rien du tout...
Les grosses armées sont , d'ailleurs , des institutions barbares et monarchiques, incompatibles , en temps de
Saix, avec un Etat républicain-démocratique. L'Armée se ésorganisait déjà à vue d'œil sous Louis-Philippe. Les i'^ées d'égalité, le suffrage universel, l'indépendance du vote, le droit politique introduits dansTArmée, sont des principes contradictoires avec le dogme absolu de l'obéissance passiye, sans lequel il n'y a pas de descipline sévère , ni par conséquent de grosse Armée possible en temps de paix. Si les États-Unis avaient été obligés à'&k^ tretenir un corps de quelques centaines de mille hommes, il y a longtemps qu'ils ne seraient plus en République. Voyez les Républiques de l'Amérique méridionàe. Elles sont sans cesse touimentées de / secousses nouvelles. Pourquoi? Ce sont des éruptions de la lèpre des généraux de la guerre de l'indépendance et du militarisme qu'elles ont conservé.
D'ailleurs l'Armée démocratisée, et qui sort du Peuple, se trouve nécessairement en lien sympathique avec le peuple.
Vous envoyez à Paris des régiments pour garder le Peuple socialiste de Paris. Le Peuple les socialise. Et quand
V0U5 VOUS appercevez qae vos régîmiints sont gangrenés, pestiférés comme dit l'aimable M. Léon Faucher, vous les envovez en province, quelque part où ils auront bien* tôt mis la peste, si elle n'y est déjà. Votre Armée devient un moyen de propagation du Socialisme en grande échelle; voilà tout. Déjà les soldats et les sous-officiers se socia* lisent vivement. Leur alliance avec l'ouvrir contre la garde mobile, cimentée en quelques jours, est assez instructive.
Une Armée dans une République démocratique , une Armée qui vote, est une Armée qui a le droit de penser,
3ui parle politique et Socialisme, qui discute ses candiats et leurs opinions , discute et critique FAsseinblée qu'elle a nommée , discute, critique et contredit l'opinion de ses chefs ? ëq temps de paix, quand elle n'est pas occupée avec l'ennemi, elle devient donc nécessairement un corps politique. Or, un corps politique armé, quand il est considérable , sent ou croit bientôt qu'il est lui-même la plus grande force politique du pays et tend à dominer. Vos soldats citoyens deviennent nécessairement des prétoriens. Nous voici donc en décadence et en Bas-Empire.
La guerre est un fait barbare ; les Armées, des institutions barbares. Les progrès de la raison des peuples doivent faire disparaître la guerre, et transformer les Armées destructives en Armées productives. Le dogme principant de la République démocratique, Liberté, Egalité^ Fraternité , est une triple contradiction avec la guerre et les Armées.
On conçoit une gendarmerie dans une République démocratique, on n*y conçoit pas une Armée permanente. Voyez si les Etats-Unis et la Suisse ont des armées permanentes. La République détruit l'Armée destructive^ ou l'Armée destructive détruit la République. D'ailleurs vous n'aurez pas de bonnes armées , à moins que 1« soldat ne soit réellement soldat et ne reste un temps assez long sous les armed', — ce qui est incompatible avec la République démocratique.
Il y a, dans les choses, une logique profon le , Invincible, que les imbéciles ne comprennent pas ; — et, malheureusement, en tout ce qui touche à la grande transformation historique delà société, à cette transformation nécessaire, inévitable, dont on s'obtine à ne pas laisser entrer le sentiment et l'idée dans sa tête, nos grands politiques, nos hommes d'Etat éminents sont exactement comme les imbéciles.
Quoi! vous croyez à la nécessité permanente d'une Ar-
mëe de trois, miatre on cinq cent mille liommes dans !e
Saye» et irons donnez à ce grand corps militaire l'exercice n droit de YOte, le maniement de la Sonyeraineté !!! Vous eroyez cela compatible avec la discipline militaire qni est nne Servitude ? avec lo dogme de l'obéissance passive sans leqnel il n'y a pas d'Armée permanente régulièrement possible? — ^Vous êtes fons !
Ah ! qu'une Armée française s'enflamme au sentiment démocratique, qu'on écrive sur son drapean Liberté y Égalité y Fraternité y à condition de lui^ donner à soutenir ce principe, à le faire triompher en Europe en volant au secours des peuples opprimés; Je le conçois ! L'enthousiasme du but et Taction la maintiendront, dévouée et disciplinée, dans une lutte conforme aux principes nouveaux inscrits sur ses enseignes. Mais si votre Armée n'est destinée qu'à peser sur les populations, qu'à comprimer la force expansive des principes que vous lui avez livrés à elle-même, il y a dans sa donnée, alors, une contradiction logique qui ne permet pas qu'elle subsiste, au sein de votre Etat républicain, passive et disciplinée et en même temps démocratique, comme vous la rêvez ! Votre Armée deviendra donc, dans les circonstances nouvelles, socialiste ou prétorienne. Elle deviendra très probablement Tun et Tautre. C'est le plus beau gâchis que, dans l'ordre de vos idées, vous ayiez pu préparer.
Vous êtes bien enfants ou bien aveugles si vous ne voyez pas que la formule du Suffrage universel, même à l'exclusion des femmes, est de trois siècles en avant de votre état social actuel. (Je dis trois siècles en calculant d'après la marche des trois siècles antérieurs : car, depuis 80 à 100 ans surtout, le mouvement social est da genre de ceux ;u'on appelle en physique accélérés ; et l'on peut, en 20 aus, aujourd'hui, si l'on agit avec intelligence, gagner plus de terrain qu'on n'en a gagné dans les trois grands siècles de progrès scientifiques, industriels et sociaux que nous venons de traverser.)
Vous êtes, en vérité, bien inconsidérés, bien enfants, bien utopistes si vous ne voyez pas Tablme qui sépare cette formule politique de votre formule sociale. La première est Texpression absolue, l'expression définitive du droit politique. La seconde n'a eacore, quasi, réalisé le droit social, l'aisance, la sécurité, l'éducation et la moralité nulle part.
Quoi ! vous croyez à la nécessité permanente des Armées de guerre, de la Misère et de la Domesticité, cette abdication de la personnalité, cette location de la vo-
lonté, cette forme à peu près textuelle et toi]dour8 dégradantederEsclaTage, et vous avez donné le suffrage au Prolétaire, au Soldat et au Domestique ! Est-ce que libre Suffrage, exercice de la Souveraineté, et Servitude militaire ou Domesticité ne sont pas des termes qui jurent entre eux? Vous croyez tout cela compatible! vous voulez que tout cela aille ensemble!.... veus êtes de bien plaisants utopistes, ô mes hommes pratiques et mes sages I
Le progrès vous emporte, il est plus fort que \ous, il fait plier votre faible raison et vous noie dans vos contradictions politiques et sociales, voilà la vérité.
Moi qui n*ai jamais pensé que le Suffrage universel valût que Ton révolutionnât pour lui la société, je l'ai accepté avec enthousiasme quand une Révolution, déterminée par la folie de Louis- Philippe, de M. Guizot et de leur impure Oligarchie, nous l'ont donné presque sans coup iérir. C'est une conquête d'autant plus précieuse pour nous, Socialistes, qu'elle débarrasse le terrain d'une cause incessante de querelles politiques; qu'étant le droit même, le dernier terme théorique du droit en politique, elle ne laisse plus, sur le tapis, que la question sociale; qu'enfin, cette formule politique étant à 300 ans de la formule sociale, elle force nécessairement celle-ci à presser le pas pour se mettre rapidement à sa hauteur.
Avec le Suffrdge universel, vous voilà bien forcés d'apprendre à lire et à écrire au Souverain, de préparer les voies et moyens de son éducation physique et morale, de ▼erser sur lui à flots l'instruction, la prospérité, l'aisance, toutes les conditions de la liberté et de la souveraineté. — C'est ce que je veux.
Pas d'Armée possible avec cette loi démocratique, sauf pour la défense et le triomphe du principe démocratique. Donc, il vous faudra bien, — après la dernière grande guerre que vous auriez pu éviter et que je vois venir, — aviser à vous passer d'Armée, c'est-à-dire préparer la paix au dehors et l'accord au dedans, ou du moins transformer vos Armées purement destructives en armées productives pendant la paix et susceptibles de prendre le mousquet s'il devenait encore nécessaire. — C'est ce que je veux.
La Domesticité, la Mendicité, et le Salariat, toutes ces formes modernes du vieil Esclavage, font , avec la Souveraineté, des hypostases incompatibles. Moi qui veux faire disparaître, qui sais qu'on peut faire rapidement disparaître ces trois figures de la dégradation humaine. J'ai voté pour le Suffrage universel avec lequel elles ne
sont pas compatibles. A la bonne heure moi, J'ai été logit{ae.
Le Suffrage nniversel ne donnera jamais de plus mauvais choix, c est impossible, que ne nous en donnait le Suffrage oligarchique des deux cent mille censitaires » cela d*abord me rassure; mais cette formule étant, je le répète, à trois cents en avant de la formule sociale, elle rora marcher celle-ci au pas accéléré, au pas gynjnasti-
Îne, au pas de course. — C'est surtout pour cela que, idépendamment du droit , j*y tiens.
J'ai donc été conséquent, moi qui crois à la forme sociale parfaite, à la forme sociale où il n'y aura plus de misérables , de domestiques, de salariés, ni de sol 'ats po'jr tuer. — Mais vous, qui ne croyez rien de cela possib'e, qu'avcz-vous fait?
Je suis extravagant d'admettre que la Société pourra se passer de salariés, de domestiques, de soldats, de bourreaux (vos bourreaux votent, par Dieu! et n'est-ce pas flatteur, quand on est Représentant, de se dire : « J*aî eu la voix du bourreau de mon département ; je 1 suis mandataire de mon bourreau. Je représente mon » bourreau, un excellent bourreau, un bourreau conser- » vateur et qui pense bien!). Vous pouvez croire que je suis extravagant, dis je : Âristote ne concevait pas uke
SOCIÉTÉ QUI PUT SE PASSER D*ESCLAV£S, PlatOU non pluS,
ni tous les grands génies de l'antiquité. Cependant, la .première phase du développement des doctrines du charpentier de Nazareth, du Socialiste Jésus- Christ, combinément avec les mœurs de l'invasion germaine, nous ont fait une société beaucoup plus confortable, beaucoup plus riche, et où Ton est mieux servi sans esclaves qu'avec des esclaves. Vous ne comprenez pas une soc été sans salariés, sans soldats , sans bourreau et sans domestiques, soit ! Cela, tout en vous donnant quelque chose de commun avec Âristote Ct d'autres génies, ne prouve nullement l'impossibilité de la chose. Quoi qu*fl en soit. Je suis peut-être utopiste pour comprendre cela et le poursuivre ; mais que n étes-vous pas, vous qui n'y croyez poiut et qui donnez au bourreau, au soldat, au salarié et au domestique le signe de l'indépendance, de la dignité, de la Souveraineté! Allez, nos maîtres, vous n'êtes pas forts.
Jv3 reviens, et Je dis : Contre l'Idée, contre le développem3nt du Socialisme, de la République démocratique et sociale, des asjpirations invincibles du teoips ; contre la logique des principes, des traditions révoluUonnaires^^
contre les forces yjves da temps, vos forces matérieDes, vos canons, vos baïonnettes, vos bastilles et vos années ne pèsent pas nne once.
Donc, nous rayons cela.
Supprimée, la Force matérielle, à V Avoir de la Résistance. La Force matérielle vous fera banqueroute au moment où TOUS compterez le plus sur elle.
] 35. Nullité de tos forces morales.
Examinons le compte de votre Avoir moral.
J'espère, ici, n'être pas long : la besogne est en partie faite, ce n'est guère, maintenant, qu'à récapituler.
Vous voilà donc en train, pour résister aux Socialistes et aux Républicains, de fonder le grand parti modéré (la plame me démange d'écrire ce grand-lk avec six r), le grand parti des honnéles gens et des gens capables.
C'est ainsi que vous l'appelez.
Il a le Constitutionnel pour Moniteur officiel, le Constitutionnel de M. Thiers, où M. Thiers se fait appeler, gros comme le bras, le Chef du grand parti modéré, ce qui provoque immédiatement les réclama^ons du Siecle^^hû" même. Touchante disposition d'accord !
Vous espérez donc faire un parti fort et nni, de ces débris de légitimisme, d'orléamsme, de bonapartisme, de jésuitisme, joints à beaucoup de bonnes âmes qui ont peur de l'abolition de la propriété et de la famille, un parti dont la rue de Poitiers nous offre le curieux spécimen?
Des ambitions éreintées, des partis éteints, des aveuglements, de vieilles haîoes mal plâtrées, des peurs, des intrigues plus ou moins doucereuses et tortueuses, plus Ci moins brouillonnes et pélulant@s, des éléments usés qui se méprisent les uns les autres, qui se rendent réci*
firoquement la justice de n'avoir nulle foi les uns dans es autres ; c'est avec cela que vaus allez former le grand parti qui empêchera le Socialisme de passer. Pauvres gens!
Prenez donc les noms des importants de votre réumon, voyez à quels éléments ces noms correspondent dams le pays, et dites-moi si vous n'êtes pas nlaisanls do prétendre faire un parti uni, compacte et fort avec tout cela. Vous nous donnez bien à rire.
Le grand parti modéré ! Qu'est-ce cela? Je ne connais rien de plus violent que la plupart de ces modérés. — Le parti des honnêtes gens! Ouais !.. Nous ne sommes donc ni modérés, ni honnêtes, nous tous qui ne sommet
ItJ
pas de €6 parti-là? — Le parti des gens capables! — Ah ! par ma foi, ceci devient trop fort.
Capables, dites-vous? Est-ce qae nous ne vous connaissons pas ? Ne vous avons -nous pas vus à Tœuvre? N*avez-vous pas été, vous, légitimistes, le gouvernement avant 89, le gouvernement de 1814, le gouvernement de 1815 à 1830? Qu*avez-vous fait? —Vous vous êtes fait chasser de 89 à 93 une foid , une seconde fois en 1815, une troisième fois en 1830. — Et vous, orléanistes, n*avez-vous pas été au gouvernement de 1830 & 1848 ; vous, MM. Thiers, Mole, M. Guizot qui va revenir, et les autri's? Nous vous avons vus à l'œuvre. Nous savons de quelle force vous êtes pour manier la Société présente et en résoudre les formidables problèmes. Qu*avez-vous fait? Vous avez travaillé dix-nuit ans à vous faire chasser au 24 février ! Voilà votre titre de capacité
Je sais bien que M. Thiers, grâce à }a transcendante fatuité dont il est douéj la seule chose par laquelle il soit vraiment grand, dégage volont'ers sa responsabilité de la politique qui a amené le 24 Février, parce qu'il avait Vavantage de ne pas être, ce jour-là, au ministère. Pure plaisanterie ! Ou n*a joué qu'un air, de 1830 à 1848 : c'est vous qui l'avez dit. Mais vous prétendez que vous jouiez l'air autrement que M. Mole ou M. Guizot ! c'est vrai : M. Mole le Jouait, du moins, avec une certaine dignité que vous n'y avez jamais mise. Quant à M. Guizot, il n'a pas fait à la France le mal que vous lui avez fait vous-même. Qu'est-ce qui a poussé l'inconsistance, l'incapacité et la folie jusqu'où 1 a faUThomme du l«r Mars ? l'homme de la guerre générale pour un bout de Syrie au pacha d'Egypte? l'homme des lies Baléares? l'homme qui est parvenu , en trois mois, à tourner l'Europe entière, peuples et rois, contre nous ; et à propos de quoi?
Je dis qu'on n'a ja nais fait preuve, au Pouvoir, d'une incapacité plus notoire, d'une suffisance plus Insuffisante, d'un esprit plus gratuitement brouillon, que le chef du grand Parti des gens capables, qui n'a jamais été pris au sérieui par aucun cabinet de l'Europe. Je prétends que la bosse de la présomption et de la suffisance est telle dans ce petit cerveau , qu'elle y détruit tout équilibre, de telle sorte que, quand cette petite personnalité est au pouvoir et se trouve engagée avec des événements et des puissances, Terreur qu'elle commet sur son propre poids fait chavirer la balance et la conduit à une folie caractérisée.
Certainement, l'histoire ne pourra expliquer lea extra- Tagances du \^^ Mars que par une folie de vanité et de suffisance dûment classée en pathologie cérébrale. On n'avait jamais conduit la Politique d'un grand pays dans un abtme aussi profond de fanfaronnades, de ridicules, de hontes et de mystifications de tous les genres. Pour moi, je le dis sincèrement , je ne comprends pas qu'on ait dirigé le cabinet du 1«' Mars et qu'on ose mon* trer son front en public. Après un pareil ministère , j'aurais changé de nom et je serais allé vivre au Brésil, aux Marquises, en Australie, en Icarie, je ne sais où. M. Guizot a le droit de rejeter sur M. Thiers la plus grande responsabilité des bassesses d'une Politique qui était la liquidation de la maison 1^' Mars et de sa banqueroute de raison et d'honneur politique.
Ah ! vous êtes le grand parti des honnêtes gens et des gens capables ! C'est avec ces mots-là, que vous prétendez encore une fois duper le grand troupeau bêlant, en* gluer les intérêts aveagles, escamotter leur confiance, et faire échec aux républicains et aux socialistes que vous donnez en masse, au pays, comme des malhonnêtes gens et des imbéciles. Eh bien, pour savoir ce que vaut la capacité et l'honnêteté du parti des honnêtes gens et des gens capables, nous n'avons qu'à donner un petit coup d'oeil sur les faits et gestes de x^e parti si fort et immaculé.
g 56. La moralité du grand parti de l'honnêteté.
Il faut que M. Thiers me comprenne bien. Je ne suis pas de ces gens qui n'ont aucune justice pour leurs adversaires. Mon opposition contr<3 un ministère, pas plus que contre un homme n'est jamais aveugle et systématique. M. Thiers a été accusé de toutes sortes de choies infâmes, de tripotages coupables, de jeux de bourse, etc. Je crois tout cela de la calomnie. Qaan<J on joue, à tort ou à raison, dans un grand pays un rôle aussi important que M. Thiers, on n'est pas un coupeur de bourses. Le trait saillant du caractère de M. Thiers, c'est une transcendante outrecuidance. Or, tout défaut a sa qualité. La suffisance hyperbolique de M. Thiers lui sert de balancier pour l'empêcher de tomber dans l'improbité d'argent. Cette suffisance est toute sa force. C'est elle qui lui donne, malgré une incapacité politique prou/ée et archiprouvée par les dix-huit années pendant lesquelles il a été souvent ministre et toujours chef de parti, malgré la petitesse, la légèreté, le néant de ses vues, la folie de •a conduite au pouvoir dans les circonstances les plus
grams ; c'est eette inoonpanible nfBttnce qui loi dorme cet aplomb de txibane» cet aln napoléonieiM, celte im-* pertinence oratoire dont il assaisonne les banalités que sa htconde fadie débite à la foule, qui impose toujours aux badauds, qui le fait passer auprès d'eux pour un grand esprit, un homme qui sait tout, qui a, comme il le ré-> pète à satiété beaucoup étudié, étudié à fond tout ce sur quoi il parle, ^- lui qui n'a rien approfondi du tout, lui qui, par la nature même de son esprit tout extérieur, su-
Grficiel et voltigeur, est incapable de rien appnn adîr.
Ne lui enlevons donc pas la force de sa faiblesse. QaUi continue par son outrecuidance k dominer les ignorants que son papillotage et son pi^illonn^ge éUouissent, et
Su'il soit entendu qu'un homme qui fait de si beaux Uwrs 'adresse sur la grande corde politique, ne àxmne pas dans les tours de gobelet et de bâton. L'escamottage dea hommes, des idées, des questions et des p<Mrtef<^]les n'est point compatible avec celui des gros sous. Un grand prestidigitateur en haute politique ne s'abaisse point à des escroqueries de bourse et de télégraphe.
Gela est vrai et nous le reconnaissons loyalement. Mais cela,par malheur, ne dégage que la personne de M. Thiers, et ne prouve nullement Ta moralité de son entourage, de son monde, de son cortège^ des hommes qu'il groupe autour de lui, non plus que de sa politique. Je dis plus, je dis que M. Thiers, le chef du parti des gens' honnêtes, est destiné, sauf quelques exceptions honorsd)les saos doute, à être toujours fort mal accompagné.
L'oranger est un arbre pur, il est souvent couvert d'in^ sectes plats et rongeurs dont je tais le vilain nom. M^ Thiers passe pour avoir cela de commun avec ce beau végétal. Je vais lui dire comment il serait difficile qu'il ne iût pas habité comme Toranger.
M. Thiers méprise les principes et le droit, et il en fait
Earade. Je l'ai entendu, à l'ancienne Chambre, repousser I réforme électorale en disant de ce ton hautain qu'on lui connaît, que tout ce bruit de droits qu'on faisait sur cette question expirait à la porte de cette enceinte (de l'enceinte de la Chambre) ; que les droits se créaient à la Chambre, qu'il n'y en avait pas au delà de la loi^etc. Si bien que le droit, la justice, la raison, c'est ce qui est voté par 221 voix contre 220, ou toute autre majorité ! rien de plus et rien d'autre ; eofin, cette négation du droit en dehors du fait, qu'il professe d'ailleurs en toute circonstance. Je retrouverais au bes(Mbi les paroles textuelles
a^ Moniteur^ mais je les ai encore dans les oreiDes. tant j'ai été Indigné de les entendre prononcer et appiandfr à tour de bras par les corrompus qui formaient le chœur.
M. Thiers est donc le matérialisme incamé, le fata- Usme théorise et pratique, la n^g ition absolue de Tldéal, l'homme qui ne comprend pas que les mots Foi, Espérance et Charité puissent appartenir à la langue politique et sociale d*un grand peuple. Il a horreur, — il se complaît à le répéter devant les effarouchés pour les engluer et parce que rien ne le satisfait comme l'expression cynique de son athéisme politique et social, — il a horreur da linnovation et du progrès. Le monde est comme il est : bien ou mal, peu lui importe. C'est la grande scène de la vie. Les uns travaillent comme des forçats, crèvent de faim ou vivent dans toutes les misères et meurent dans toutes les douleurs ; les autres, sans trav^ller ou bien en spéculant sur le travail des pauvres diables, en agiotant, en accaparant, en maquignonant, en faisant des opérations heureuses^ vivent grassement et princièrement ; les capitaux s'entrechoqueat dans les luttes de la concurrence anarchiaue et meurtrière, dite liberté du travail] ils écrasent L ons leurs éclats le travail véritable, le travail direct, le travail sérieux, le travail pénible qui produit la richesse ; de grosses maisons se ruinent et tombent ; les maisons moyennes raient dans une gène perpétuelle; quelques intrigants murchandeurs, spéculateurs, entremetteurs, nés sous l'étoile de l'habileté et du savoir faire, s'élèvent au dessus des ouvriers leurs frères, dont ils der viennent bientôt, — en leur qualité de parvenus de ^a spéculation, généralement les plus vils Je tous, — les plus acharnés contempteurs. Vous croyez que tout cela fait sourciller M. Thiers ? pas le moins du monde. C'est la grande scène de la vie ! c'est le monde comme il est ! comme le bon Dieu a voulu qu'il fut ! Chacun pour soi et Dieu pour les habiles.
Cependant M. Thiers est bon enfant. Il a aussi bon cœur qu'un autre. S'il avait eu le monde à faire, peut-être l'aurait-il fait autrement. Mais il l'accepte comme il est. n est homme de pratique, homme de bon sens. Il a horreur du progrès, de l'innovation, de l'Idéal, du Socialisme, et, après en avoir pris son parti une bonne fois, il se com- ^ plait dans la description de la grande scène de la vie ! Il '^ n'entend pas qu'on y introduise une autre Providence que celle du nazard et du savoir-faire !
En vérité, quand je me mets face à face avec la pensde fataliste et athée de ce? honmieséminents, je me demande
wr
eomment il peut leur entrer dans Tesprit qu*il8 sont faits pour gouverner celte grande et terrible époque où tout est à faire, d'où doit sortir un nouveau monde? Je reste stapéfait devant cette ambition sans motif et sans but, eette ambition qui n*a d'autre objet que l'égoïste satisfaction d'elle-même? Ah ! si j'avais, comme vous, TÀme aride et desséchée par le vent glacé du scepticisme, si je ne croyais à rien, à rien i si mon cœur était hermétiquement fermé, comme les vôtres, à toute foi, à toute espérance, à toute grande charité sociale, Dieu m'est témoin que je quitterais à l'instant l'arène de cris et de poussière où glapissent vos voix criardes, pour aller dans quelque coin où ne viendraient pas de journaux, planter des pommes de terre dans un bout de jardin, pécher tranquillement à la ligne, et faire à de pauvres paysans un peu de bien s'il m'était possible. Âmes sans boussole, esprits sans but, cœurs sans espérance et sans foi, sceptiques cruels, athés, fatalistes, que faites-vous au milieu des combats de la vie nouvelle ! Morts, allez enterrer vos morts.
Mais non, vous aimez le Pouvoir, vous voulez le Pou* voir ! Quand vous n'y é .es pas, vous intriguez pour le rendre impossible à ceux qui le tiennent. Il vous le faut! il vous le faut ! Je parlais tout à l'heure d'oranger ; la vé- , rite me ramène à une image plus juste. Les cadavres aussi attirent les insectes. Et quel autre cortège pouvez- Tous avoir qu'une nuée de moustiques et des légions de vers? Vous n'avez ni foi, ni principes. Vous méprisez l'idée même du droit. Tout est pour vous moyen d intrigues politiques, de petites tactiques. Vous inspirez un légitime dégoût à tout ce qui porte au cœur une foi quelconque. Vos avances au clergé réussissent peu. J'entendais, il y a quelques jours, dans la rue, des prêtres causer: l'un d'eux disait aux autres, et les autres approuvaient : » Nous nous entendrons encore mieux, soyez-en sûrs, » avec les socialistes et les rouges, qu'avec ces athées et » ces voltairiens qui, Thlers et le Constitutionnel en » fête, nous font aujourd'hui des avances. » Voyez d'ailleurs comment elles sont reçues, vos avances, par les journaux du clergé !
Donc, votre cynisme politique vous destine à attirer, en grande majorité, autour de vous, cette nature d'hommes qui remplacent les principes par les intrigues, la foi par le savoir-faire et qui sonr pnilosophes et esprits forts à l'endroit de beaucoup (ie scrupules de conscience.
Voilà pourquoi tous vos pas ^ages au Pouvoir ont été des époques de tripotages et de scandales ; voilà pour-
quoi, grâce à votre principe qui consiste à mépriser les principes, votre entourage, votre coterie, et par conséquent votre Pouvoir , seront toujours dépourvus de toute consistance fondée sur la considération, la moralité et les principes*
Veut-on que je rappelle les dernières traces laissées dans l'opinion publique par le gouvernement de ce parti des honnêtes gens que le Constitutionnel cherche à restaurer à grands coups de tambour depuis six ou huit mois, en faisant à la Republique et à tous les gouvemenements qui se sont succédé jusqu'ici à (ravers les plus grandes difficultés, tout le mal possible, en ne leur épargnant aucun genre d'insinuations et d'attaques et en s'alliant enfin avec M. Louis Napoléon? — Suivez les dates :
Constitutionnel j ^6 juillet.
Annonce du traité du 45 juillet.
« Ce fait, qui parait certain, est si grave, que nous nous abstenons pour aujourd'hui de toute réflexion. »
Constitutionnel j 27 juillet.
< Il est certain que le traité dont nous avons parlé oxiste, et nous en avons fidèlement reproduit le sens. Lord Palmerston revient à ses anciens errements ; il ne veut pas que la Porte et l'Egypte s'arrangent à l'amiable
ii Quels que soient les traités qui interviennent, dans quelques limites qu'on les exécute, la France a, dans cette question, sa ligne de conduite toute tracée, et dans aucun cas son assistance ne p'i^ut manquer au vice-roi. »
Constitutionnel y 28 juillet.
Article sit les conséquences du traité du 45 juillet et des hostilités entre le pacha et le sultan.
« La France doit prévoir dès à présent ces grandes éventualités. Elle ne verrait pas de sangfroid une main mise sur l'empire turc. »
Exposé des ressources militaires et financières do la France.
30 juillet.
Déclaration faite par lord Melbourne à la chambre des lords que des négociations sont suivies entre la Porte d'une part, r Augleterre, rAutriche, la Russie et la Prusse de l'autre, pour le paiement des affaires d'Orient sans le concours de la France, «i que les négociations ont fait de tels progrès qu'il n'y manque guère que la ratiûcation.
Baisse de 4 fr. 25 le 2 août à Paris.
Presse du 34 juillet.
30.*- « La bourse était lugubre aujourd'hui. Du jeudi 23 au jeudi 30, le 5 0(0 a baissé en sept jours de 6 fr., et le 3 0(0 de
5 fr. 40 c. Ce soir, à TortonI, la dépreseion continuait. De Beau* dateox béttéfioeB ont été faits ; nous voulons croire que c'est à riosu de M. Thiers, car il n'y aurait pas de nom pour qualifier une spéculation à la baisse, ainsi fondée sur riofaillibdité de ses propres fautes \»
ConstUfdionnel du 4«^ août.
Enposé de tout ce qu'a fait le ministère pour empêcher le traité du 45 juillet.
Du I août.
« La Presse nous dit que nous représentons M. Thiers. Nous ne croyons pas, nous, que la Presse repr^nte M. Mole. M. Thiers avouerait le Constitutionnel ; M. Mole n'avouerait pas la Presse. ^
5 août.