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Iccroissement.
Nous n'apercevons donc pas la moindre Irace d'une loi générale d'accumulation. Au contraire, pour l'observateur, deux grands faits correspondent au développement de la grande entreprise : le premier est la constitution de l'épargne populaire, le second est la subordination de l'entreprise à une forme de consommation (jui résulte» des exigences de la société démocratique.
Le socialisme flétrit et condamne l'épargne populaire ; l'ayant condamnée, il ne s'en inquiète plus. L'épargne n'en poursuit pas moins son œuvre, renversant plus sûrement que les révolutions les barrières des classes. Tout d'abord l'épargne populaire s'empare des titres de la dette publique, et nous n'avons pas en vue seulement les milliards des caisses d'épargne, mais ces petites coupures si multipliées en France et même on Angleterre. De plus la création des grandes entreprises a pour conséquence non de concentrer lo capital, mais de le disséminer. Une moyenne ou même une petite entreprise pouvait faire la fortune d'une seule famille : la grande entreprise peut profiter à des centaines de petits capitalistes, soit qu'ils en possèdent directement les actions, soit que celles-ci soient acquises par des compa-
gnies d'assurances sur la vio dont ils sont les créanciers.
Le capital, avons-nous dit, ne peut s'accumuler indéfininiment parce que les débouchés viendraient à lui faire défaut. La grande entreprise suppose la consommation populaire et en est la servante. La sociologie comj)arative en donne une explication lumineuse.
Le succès des grandes entreprises est, selon ^L Tarde, un fait contemporain de la formation des nationalités démocratiques et de la multiplication des rapports internationaux, parce que les uns et les autres dérivent d'une même cause, l'atraiblissement de la tradition, une moindre tendance à imiter les ancêtres. Lhomme du moyen Age ressemblait à la série de ses ancêtres ; il n'avait pas d'autres goûts, d'autres besoins que les leurs, mais, sauf par les croyances religieuses, il ne ressendjlait qu'à un petit nombre de ses contemporains. Cha(|ue société locale avait sa vie propre, ses besoins propres. Dès lors, à quoi eût répondu la grande entreprise? On construisait des routes, mais sauf les frères prêcheurs, les pèlerins et les marchands de reliques, personne ne les lré(iuentait. Au contraire, la grande entreprise est devenue possible et nécessaire quand des millions d'hommes ont été assimilés les uns aux autres, ont eu, sans distinction de localité et de classe, les mêmes besoins, les mêmes tendances (i).
Mais ces besoins nouveaux n'ont pas entièrement supplanté les besoins anciens et par suite la grande entreprise n'a pas supplanté la petite, car
(i; Gabriel Tarde, les Lo/s de iimitation, p. 354, Paris F. Alcan.