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CHAPITRE III

AVANT LE CONGRàS

Le II août 1893, la section anglaise du Congrès International Socialiste des Travailleurs, de Zurich, décidait d'inviter le congrès à tenir le prochain congrès à Londres. Cela fut accepté unanimement le 12 août et la date en fut fixée à 1896.

La section anglaise nomma un comité pour Torganisation préliminaire de ce congrès et pour s'entendre dans ce but avec le Parliamentary Committee of the trades Union Congress (Comité parlementaire du Congrès des Trade Unions) (note 2). D'août 1893 au 12 février 1895, ce comité eut douze réunions, la première le 3o août 1893, la dernière le 4 février 1895. Au cours de ces dix-huit mois, il essaya d'obtenir que le comité parlementaire des Trade Unions se joignît à lui. La question fut soumise aux congrès annuels des Trades Unions de Dublin (1893), de Norwich (1894). Enfin des relations s'établirent entre ces deux comités; une réunion collective eut

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lieu le j5 janvier 1895, et une entente se fit. Elle fut confirmée dans une réunion suivante le 18 janvier. Ces deux confites (comité parlementaire des Trades Unions et comité de Zurich) se partagèrent les frais préliminaires et décidèrent de proposer un nouveau titre pour le congrès : International Socialist Workers and Trade Union Congress (Congrès International Socialiste des Travailleurs et Chambres syndicales ouvrières). Une lettre fut envoyée aux organisations continentales pour avoir leur opinion sur le changement de titre (note 3). La nouvelle appellation fut agréée par des organisations d'Allemagne, Autriche, France (Parti Ouvrier) (note 3 bis) Belgique, etc. Le 4 février, une nouvelle réunion chargea un comité exécutif de 1 2 membres d'organiser le congrès et fixa définitivement son titre, celui indiqué ci-dessus (note 4). Ce comité tint sa première séance le 6 février 1895. 11 envoya, quelque temps après, une circulaire aux travailleurs de tous les pays pour les inviter à prendre part au congrès qui aurait lieu probablement en août 1896. Cette invitation rappelait la résolution suivante du congrès de Zurich :

« Toutes les Chambres syndicales ouvrières seront » admises au congrès; aussi les Partiset organisations M socialistes qui reconnaissent la nécessité de Torga* » nisation des travailleurs et de Taction politique. Par » action politique on entend que les organisations des » travailleurs cherchent, autant que possible, à em- » ployer ou à conquérir les droits politiques et le mé- » canisme de la législation, pour amener ainsi le » triomphe des intérêts du prolétariat et la conquête » du pouvoir politique » (note 5).

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La circulaire disait formellement : « En accord avec cette résolution, notre invitation est adressée à toutes les Chambres syndicales ouvrières et à toutes les organisations socialistes qui reconnaissent la nécessité de l'organisation des travailleurs et de prendre part à Taction politique. Nous demandons à toutes les organisations ouvrières adhérentes dans les deux catégories ci-dessus de nous envoyer leur adhésion avant le i®" janvier 1896 ainsi que leurs résolutions et propositions qu'elles désirent voir figurer à Tordre du jour. »

L'application de la résolution de Zurich telle que la commission d'organisation la comprenait excluait les groupes politiques socialistes qui étaient opposés à la conquêtedes pouvoirs publics. Une agitation s'en suivit pour protester contre la prétention de la commission composée surtout de social-démocrates et de trade unionistes parlementaires. Les communistes anarchistes de Londres commencèrent» eurent des réunions, envoyèrent un manifeste et aboutirent enfin à la formation d'un London Anarchist Committee nommé en un meeting le 26 décembre 1895 (note 6). L'écho de ces protestations fut faible hors d'Angleterre. Toutefois quelques feuilles ouvrières ou communistes anarchistes d'Espagne, du Nord Amérique (El Parvenir Social de Barcelone, The Rebel, Boston) , souhaitaient lunion, l'esprit detolérance pour toutes les écoles socialistiques.

Le comité d'organisation du congrès avait eu soin de n'envoyer la circulaire d'invitation qu'aux groupes politiques connus pour admettre la conquête des pouvoirs publics. Mais il l'avait envoyée à grand nombre de groupes corporatifs pensant que, comme l'écrivait

W. Thorae secrétaire général du comité d*organisatioiiy « toutes les trade Unions reconnaissent la nécessité de Faction politique ». L'avenir montra qu'il se trompait.

Le London anarchist committee ne restait pas inactif ; il entrait en rapport avec les groupes de province, avec certaines Trade Unions. En Hollande le Socialistenbond (Fédération des Socialistes) adressait à la Commision d'organisation une protestation contre son exclusivisme qui n'était pas dans l'esprit de la résolution de Zurich commentée par une déclaration de Bebel, insérée dans le protocole du congrès de Zurich (note 7). Le Labour Leader (Londres) inséra cette lettre à laquelle M. Villiam Thorne répondit que les protestataires pouvaient en appeler au congrès. En Allemagne, aux Etats-Unis un mouvement se dessinait pour s'opposer à cette exclusion de tous les socialistes antiparlementaires (note 8).

Cette agitation des socialistes antiparlementaires et anarchistes eut son contre-coup dans le sein du Comité organisateur du congrès (note 9). Nous en trouvons la preuve dans la nouvelle circulaire qu'il lança en février 1896 (note 10). Il rappelait la résolution de Zurich et disait : <c Nous sommes nécessairement forcés... d'appliquer cette résolution ». Il établissait un règlement provisoire, mais avait soin dUndiquer que « le congrès est souverain et, en dernier lieu, décide de toutes les questions à propos du règlement et de Tordre du jour». Il invitait les organisations aenvoyer leur adhésion ai;a/f^ le premier juillet, mais reconnais, sait d'ores et déjà qu^il pouvait y avoir quelques ex. ceptions àcette règle. 11 prévenait que « le i^'mai 1896 est la limite accordée pour Tenvoi des voeux et résolu»

tions qui seront ponés à Tordre du jour. Passé cette date les vœux et résolutions ne pourront plus être acceptés par le Comité d'organisation. »

Le règlement élaboré par le comité d'organisation était en somme très autoritaire malgré quelques atté* nuations. Il était fait de telle sorte que la direction entière du congrès appartenait à ce comité organisateur. Aussi le London anarchist committee ne désarma point. Il continua ses meetings (note 1 1) pendant que le Clarion par la plume de W. M. Thompson signalait le mécontentement causé en France par l'attitude du comité et que le Labour Leader s'érigeait en défenseur de l'admission des socialistes antiparlementaires et anarchistes. Naturellement le mouvement protestataire ne se localisait pas en Grande-Bretagne. En Espagne, une commission provisoire s'était formée à Barcelone pour provoquer l'adhésion au congrès. Elle lança des circulaires s'élevant contre l'exclusivisme du comité organisateur (note 12). Elles eurent un écho dans la presse, mais l'œuvre entreprise fut arrêtée net par l'attentat de Barcelone, à cause des persécutions qui suivirent et désorganisèrent tout le parti socialiste anarchiste (note i3).

D*autre pan, la sociale démocratie entière s'agitait pour faire maintenir la résolution de Zurich. Liebknecht, malgré ses 70 ans, faisait une tournée de conférences en Angleterre, allant à Manchester, Glasgow, Edimbourg, Londres, etc. Panout il excommuniait les communistes anarchistes (note 14). L'objet de ses meetings, organisés par les soins du comité organisateur du congrès, était « de dissiper la mésentente, de propager la vérité, de resserrer les liens de la solidarité parmi les opprimés des différentes contrées et

de promouvoir cette unité qui est nécessaire pour les travailleurs de toutes les nations aussi bien que pour les travailleurs de chaque nation ». On voit en ces lignes extraites d'une lettre de Liebknecht le but unitaire, autoritaire poursuivi par la sociale démocratie allemande, but qu'elle cherche à imposer au monde entier et pour la réalisation duquel elle organisait réellement le congrès, voulant en exclure tous ceux qui n'étaient pas social-démocrates. En Allemagne d'ailleurs, en Autriche la sociale démocratie décide de maintenir énergiquement la résolution deZurichdans le sens que lui avait donné le comité d'organisation. Les socialistes anarchistes de ces régions tenaient de leur côté des réunions pour s'élever centre cet exclusivisme et décider d'envoyer quand même desdélégués. La Social Démocratie Fédération (S. D. F.) organisait fortement son adhésion au congrès en même temps que par la voie de son organe. Justice, elle protestait contre toute admission des anarchistes-socialistes, affirmant, par ignorance ou mauvaise foi, que « leur seul objet était de créer le désordre, d'empêcher le congrès » (note i5). L'Indépendant Labour Party {I. L. P.) ne partageait pas la manière de voir de la S. D. F. Aussi un de ses leaders, Keir Hardie, écrivait dans son organe, le Labour Leader : « le congrès doit être ouvert à tous les socialistes qui acceptent le principe de la propriété commune et agréent à l'organisation économique ou politique comme un moyen de réaliser ce but ». Et pour accentuer son attitude, il publiait un supplément consacré aux anarchistessocialistes (note 16). Un fabien connu, Bernard Shaw pronostiquait sur le congrès, ne croyant pas à l'exclusion des antiparlementaires et anarchistes socialistes

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pour la raison qu'ils n'admettaient pas Taaion politique. Des trade unions se trouvaient dans le même cas et c'était une idée folle que d'accepter les unes et de refuser les autres (note 17),

Les Italiens se divisaient. Pendant que le congrès du P. S. L décidait de maintenir énergiquement la résolution du comité d'organisation, les groupes ouvriers voulaient, au contraire, sa disparition. La Chambre du travail de Rome, la Federazione del Camere del Lavoro donnaient mandat de voter pour l'acceptation au congrès des adversaires de l'action parlementaire (note 17 bis). C'était le même mandat qui était donné par les groupements dMtudiants et anciens étudiants socialistes de Belgique affiliés au P. O. et par la fédération bruxelloise du P. O. A la Havane, la fédération ouvrière, Société Générale des Travailleurs de la Havane, émettait le même désir de voir accepter toutes les écoles socialistiques.

En France, plus on approchait du 27 juillet, plus les socialistes s'occupaient de s'y faire représenter et de mandater leurs délégués. Le P. O. F. se remuait fort. Il tenait congrès sur congrès à Langoiran, à Beauvais, à Loos, et enfin à Lille, partout s'occupant du congrès de Londres et partout appuyant la résolution de Zurich pour l'exclusion des socialistes opposés à la conquête des pouvoirs publics. Le conseil national de la Fédération des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France, dont le secrétaire est M. Pedron, groupement social-démocrate, lançait des circulaires invitant les syndicats adhérents à se faire représenter (note 18). Le congrès régional Blanquiste à Commentry appuyait, lui aussi, la décision de Zurich; mais, selon Topinion de M. Vaillant,

les délégués des groupes corporatifs n* étaient pas en cause (note 19). Le Comité Central Révolutionnaire proclamait la nécessité, l'excellence, la conquête du pouvoir politique (note 20) pendant qu'un groupe dissident de la jeunesse Blânquiste, à la suite d'un rapport du député Bonnard, se prononçait pour l'action économique. Dans la Revue socialiste^ M. Renard tentait en vain de démontrer que les anarchistes communistes et collectivistes n'étaient pas socialistes, reconnaissant pourtant qu'ils avaient des origines communes avec les socialistes (parlementaires). Cet article, nullement démonstratif, était écrit en vue du congrès pour soutenir la résolution de Zurich, qui motivait la non-adhésion au congrès du groupe des Etudiants Socialistes Révolutionnaires Internationalistes. Cela n'était pas du goût du groupe des étudiants collectivistes, et il s'en suit une courte et acerbe polémique au moyen d'ordres du jour que quelques feuilles insèrent (note 21).

Le Pani Ouvrier Socialiste Révolutionnaire se préparait activement au congrès. Les groupes se cotisaient pour envoyei des délégués et discutaient les mandats à donner. L'Union Fédérative du Centre lançait une circulaire aux syndicats, montrant que le P. O. S. R. était opposé à toute exclusion des adversaires de l'action électorale (note 22). Chez les syndiqués, la préparation est non moins active. Le comité fédéral de la Fédération des Bourses du Travail de France et des Colonies consacre plusieurs séances à l'examen des questions à l'ordre du jour et à T étude « des projets d'exclusion que médite la commission du congrès à l'égard d'une fraction de socialistes communistes ». Il se résout à donner à son délégué mandat d'admet-

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tre les délégués de toute organisation ouvrière, valablement constituée, et de n'exclure que les perturbateurs (note 23). Les Bourses et les syndicats, de leui côté, examinaient les questions à soumettre au congrès et rédigeaient les mandats, pour la plupart impératifs, qu'ils donnaient à leurs délégués (note 24). La Fédération du Bâtiment prend, contre l'exclusion des antiparlementaires, une nette résolution que publient nombre d'organes corporatifs (note 25).

Le conseil municipal de Paris avait voté une subvention de 10,000 francs à la Bourse du Travail de Paris pour que les syndicats envoient 5o délégués au congrès de Londres (note 26). Le ministre de l'Intérieur, M. Banhou, fit annuler ce vote et l'argent ne fut pas versé. Cela n'empêcha point des syndicats parisiens d'être représentés au congrès de Londres.

Le comité organisateur dudit congrès continuait, d'ailleurs, à faire des siennes. Il oubliait d'inviter le P. O. S. R. et les Bourses ou syndicats français à désigner un orateur pour les représenter à la grande manifestation qui devait avoir lieu à Hyde-Park le 26 juillet. Aussi, ces groupements se plaignaient (note 27) de cet oubli qu'ils estimaient volontaire, observant que le P. O. F. n'était pas, lui, oublié, pas plus que le groupe socialiste de la Chambre des députés. Le comité oubliait de même de publier dans V Agenda ou ordre du Jour les résolutions prises par le P. O. S. R., bien qu'elles lui eussent été envoyées avant le I*' mai. Et le parti s'étonnait peu de cet oubli, car les résolutions étaient en contradiction avec celles du P. O. F. et du Comité Révolutionnaire Central qui figuraient dans VOrdre du jour (note 28).

Le Comité de la Grève Générale envoya son adbé-

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sion et le comité d'organisation deTaviser qu'il aurait à se conformer à la résolution de Zurich. Le comité de la Grève Générale crut qu*on Texpulsait, d'autant plus que la cane provisoire n'était pas envoyée à ses deux délégués. Alors il proteste sous une forme un peu vive, a-t-on raconté. 11 se moquait de la décision H a comité d'organisation, qui n'avait qu'à s*occuper de chercher des locaux pour le congrès, et pas du tout à le régenter. Ses deux délégués seraient au congrès quand même. D'ailleurs, le comité de la Grève Gé nérale était une création corporative et rentrait dans la catégorie des groupements qui n'avaient pas à être interrogés, conformément à la résolution de Zurich. Pour contrôler les adhérents au congrès et empêcher les anarchistes de s'y introduire, sans doute, le comité d'organisation avait imaginé un système assez compliqué de cartes, dans les trois langues officielles du congrès (anglais, français, allemand). D'ailleurs, tout était publié en ces trois langues. Donc, il y avait sur carton blanc une « cane préliminaire de délégué; » sur carton rouge, une a carte provisoire de délégué; » sur canon jaune, une carte de membre, (note 39V La cane préliminaire devait être remplie, envoyée au secrétaire, W. Thorne, qui réexpédiait une cane provisoire, qu'on échangeait contre la carte de membre, après validation des mandats. Malgré la complexité de ce système, il était en somme assez simple et permettait une statistique facile. Cependant, les organisations et groupes ne comprirent point ou plutôt ne se soucièrent pas de tout ce formalisme. Fon peu de canes préliminaires revinrent de l'étranger; ainsi, au 16 juillet, le comité d'organisation du congrès était avisé de la nomination définitive de 43

délégués français seulement, alors qu'il comptait en avoir bien plus. Le même phénomène se passait en Belgique. Le comité (inorganisation manifesta son mécontentement par une lettre de M. A. Smith, qui avertissait : « ceux qui n'auront pu donner leur carte préliminaire au secrétaire général ne pourront pas entrer au congrès ». Deux jours après, le comité envoyait partout un avis imprimé relatif aux cartes, en renouvelant l'avertissement ci-dessus. Cette menace d'ostracisme contre quiconque n'aurait pas la cane rouge motiva des observations de la Petite ^B^publique [21 juillet), qui écrivait :

« Nous espérons qu'aucune difficulté ne sera soulevée à ce sujet et nous sommes persuadés que les délégués, munis de pouvoirs réguliers, pourront obtenir à Londres la carte provisoire nécessaire »

Toutefois, le congrès s'annonçait comme un succès sans précédent. Plus de 400 délégués anglais avaient adhéré au congrès. Tout faisait prévoir beaucoup de délégués français, belges, allemands. Aussi le comité dut abandonner le local de Saint-Manin's town Hall et louer Queen's Hall, dans Langham-Place.

Entre temps, le comité anarchiste s'était dissous et avait été remplacé par un « anarchist socialist and antiparlementary committee ». 11 organisait un meeting monstre pour le mardi 28 juillet et une réunion privée pour le dimanche 26 afin de discuter la conduite queles socialistes antiparlementaires tiendraient au congrès pour protester contre la résolution de Zurich (note 3o). Les communistes anarchistes, dans les Temps nouveaux, le Libertaire^ Liberty, la Tribune libre se félicitaient de voir les anarchistes socialistes aller au congrès. Domela Nieuwenhuis adjurait le

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congrès de n'exclure aucun socialiste en un article qui se terminait ainsi :

« Honte à ceux qui excluront, à ceux qui diviseront au lieu d unir. Le monde verra une répétition de la lutte entre Marx et Bakounine en 1872. Ce sera une nouvelle lutte entre Tautorité et la liberté. Imaginez de tels hommes comme Kropotkine, Reclus, Malatesta, Tcherkesoff, Cipriani et beaucoup d'autres exclus du congrès et vous devez admettre que ce ne serait plus un congrès socialiste, mais seulement un congrès parlementaire^ un congrès réformiste des social-démocrates, — un congrès d*une secte. Choisissez ce que vous voulez être I — un congrès de socialistes sérieux qui discutent toutes les questions qui intéressent les socialistes, ou un congrès de sectaires qui ont exclu comme hérétiques beaucoup d'hommes qui ont combattu et souffert pour la cause du peuple. »

E. Malatesta publiait dans le Labour leader, une feuille italienne, une sorte de manifeste qui paraissait aussi en français dans le Parti ouvrier^ contresigné par A. Hamon. C'était pour affirmer que les communistes et collectivistes anarchistes étaient socialistes, pour demander l'union et non la division, l'excommunication (note 3i).

La presse quotidienne s'occupait du congrès et signalait l'attitude des anarchistes comme un recul {Matin j 20 juillet). On annonçait la présence certaine au congrès de Paul Reclus, délégué d'une chambre syndicale française, de Pietro Gori, venu d'Amérique, etc. Les délégués des groupes corporatifs seraient en majorité allëmanistes ou anarchistes, lisait-on dans Y Eclair du 3 juillet, et la Libre Parole du 24 disait :

« Jusqu'ici, la plupart des mandats émanant de

groupes corporatifs français invitent leurs délégués à protester contre toute exclusion des socialistes qui n'acceptent pas la conquête des pouvoirs publics. A de rares exceptions près, les syndicats et Bourses du travail ont donné mandat de voter la grève générale. Quelques groupements se prononcent pour la grève militaire, c'est-à-dire la grève des soldats en cas de guerre. Tous sont pour la suppression des armées permanentes. Au sujet de la question agraire, la plupart ont donné mandat de combattre la petite propriété individuelle et de maintenir intacts les principes socialistes ».

La présence possible d'anarchistes délégués de syndicats inquiétait les socialistes parlementaires. Ainsi, répondant à un anicle d' « un syndiqué » dans la Libre Tarole, article reproduit dans le Labour leader qui signalait Thégémonie, l'intolérance allemandes et l'autocratie de M. et M™* Marx Aveling, M. le député G. RouanetécrivaitdanslaP^//^e7^p2/^/ijr2/e(i5 juillet) :

« Le congrès de Londres est la suite des congrès internationaux précédents, dans lesquels la démocra" tie socialiste des Deux- M ondes se donne rendez-vous pour y discuter les points importants de politique générale, y échanger les vues des divers partis socialistes et arrêter dans ses grandes lignes Faction poli* tique du prolétariat

» Le congrès est socialiste : ne sont donc convoqués à s*y rendre que les socialistes^ c'est-à-dire ceux qui poursuivent la conquête du pouvoir par le proie' tariat. C'est bien clair et très logique, n'est-ce pas?.. •

» Les organisateurs du congrès de Londres ont fait appel aux socialistes, non aux anarchistes. Quoi

d'étonnant que ces derniers, dont les doctrines sont à Tantipode des nôtres» ne soient pas compris dans la convocation? Quand les anarchistes ont tenu des congrès, il n*est pas venu à Tidée des socialistes d'y prendre part pour l'excellente raison que « sociale lisme » et « anarchie » sont deux termes qui s'excluent.

» On voudrait, aujourd'hui, les réunir, en faire deux proches parentes issues d'une doctrine commune, ce qui est inexact. Les socialistes ne sauraient se prêter à ce rapprochement impossible. »

Cet article plein d'assertions erronées lui attira dans le Paris (24 juillet) une réplique de M. A. Hamon dont nous extrayons ces lignes : « Les socialistes parlementaires ne veulent point admettre au congrès les anarchistes-communistes ou collectivistes. Pour atteindre ce but, certains d'entre eux défigurent l'histoire et allèguent doaoralement des contre-vérités. D'ailleurs, cette tactique les conduit à d'amusantes contradictions. Ainsi M. Rouanet prétend que les doctrines du socialisme — lequel? — et de l'anarchisme-communiste ne sortent pas d'une doctrine commune. M. G. Renard affirme le contraire, et c'est lui qui a raison

« Les socialistes libertaires gênent donc bien les socialistes parlementaires en leur besogne de régentement du socialisme universel ! Tant pis, car ces derniers peuvent être certains que tous les socialistes antiparlementaires, c'est-à-dire les adeptes de la socialisation de la propriété non partisans de la conquête des pouvoirs publics, sont décidés à ne pas se laisser excommunier comme des hérétiques. Ils sont socialistes, ils ne veulent pas qu'on les exclue du socia-

lisme. Ils iront à Londres; ils prétendent rester au congrès et ils y resteront. »

Le congrès ouvrait le 27, mais le 26 il y avait manifestation à Hyde-Park, aussi nombre de Français partaient le 25. C*est donc le 24 au soir qu*eut lieu la réunion des délégués corporatifs décidée par le comité fédéral de la Fédération des Bourses du travail de France et des colonies en sa séance du 5 juin précédent. Cette réunion eut lieu à la salle Maubert 1 23, rue Vieille du Temple. Environ soixante délégués étaient présents. Nous empruntons à la Libre Parole le compte rendu absolument exact de cette séance à laquelle nous assistâmes.

« La discussion fut courtoise; les orateurs brefs étaient écoutés en silence. Quelques étrangers étaient présents.

» La première question examinée était celle de Tadmission au congrès de tous les groupes socialistes, quelles que fussent leurs opinions, au sujet de la conquête du pouvoir public.

» Après avoir entendu sur ce sujet MM. E. Guerard, Pelloutier, Faberot, Hamon, Gaule, Bourderon, Remy, F. Guérard et madame Bonnevial, il a été décidé que, au nom des groupes cor})orâtifs de France, la proposition suivante serait présentée au congrès de Londres pour remplacer la décision de Zurich .

» Toutes les organisations syndicales ouvrières » quelles qu'elles soient, sont admises au congrès, » ainsi que toutes les organisations socialistes du » monde emtier qui reconnaissent la nécessité d'orga- » niscr les travailleurs pour la défense de leurs droits

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» et suivant leurs besoins et par les moyens qu'elles » croient utiles » (note 32).

» La question examinée ensuite fut celle de la grève générale. MM. Lavaud, Allemane, Tortelier, Girard prirent la parole et la grève générale fut votée. Un sujet très important fut alors soulevé, il s'agit de la question agraire.

» Une longue discussion s'engagea entre MM. Pelloutier, Allemane, Hamon, Lorcin^ Gumplowicz, Tortelier, Pouget, Bourderon, Faberot ; il ressortit de cette discussion qu'il est de toute nécessité de propagander dans les campagnes, que des paysans peuvent assez facilement être conquis au communisme et qu'il faut maintenir les principes du socialisme. »

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