‹ Le socialisme et le congrès de Londres: etude historiqueChapitre 9 sur 13 · AUTOUR DU CONGRÈS · texte numérisé non relu

AUTOUR DU CONGRÈS

Tandis que le congrès international socialiste tenait ses quotidiennes séances, des congrès corporatifs tenaient leurs assises. Ainsi les lithographes, les métallurgistes, les travailleurs du bois, les ouvriers brasseurs, etc., se réunissaient pour discuter leurs intérêts professionnels ; les boulangers tenaient eux un meeting simplement.

Meeting anarchiste et antiparlementaire. —

Le comité socialiste anarchiste et antiparlementaire avait, comme nous Tavons dit, organisé une réunion monstre avec un très grand nombre d'orateurs (note 3o). Il eut lieu le mardi soir 28 juillet dans la grande salle de Holbom town Hall. L'assistance était si nombreuse qu'on dut diviser le meeting en deux et une partie du public émigra à une grande salle du Working'smen Club and Institute. Les assistants étaient quelques milliers. M. J. Presburg, occupant la prési-

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ils Tont fait dans la section française au congrès, avant-hier. En 1895 au congrès de Limoges, les parlementaires tentèrent encore de faire repousser la grève générale. Ils furent battus. L'idée libertaire a pénétré beaucoup de syndicats, mais la grande majorité n'est encore qu'antisociale démocrate, voulant d'instinct se tenir sur le terrain économique et n'ayant pas grande confiance dans la lutte électorale. MM. Delesalle et Tonelier dirent quelques mots et la première séance fut levée.

La deuxième soirée (jeudi) fut consacrée à la question agraire. Domela Nieuwenhuisdit : « Les paysans souffrent des mêmes maux que les ouvriers des villes : la propriété privée du sol et du capital. Les partis social démocrates d^Allemagne, de France et de Belgique ont peur d'effrayer les collecteurs paysans et ils proposent de petites réformes au lieu d'expliquer aux petits propriétaires qu'ils ne peuvent lutter contre la grande propriété et l'intérêt qu'ils auraient à s'unir pour cultiver en commun. Nous devons leur expliquer le communisme, leur en montrer les avantages, les poussera former des syndicats de paysans pour résister aux propriétaires et proposer la tenure commune de l'avenir. »

M. Parsons dit que la prolétarisation des paysans est nécessaire pour qu'ils acceptent les idées du socialisme libertaire. Il faut que la grande propriété se soit peu à peu accrue de tous leurs lopins. M. Humer Watts- (S. D. F.) soutient les mesures politiques. M. Tochatti lui réplique et M. Pouget parle longuement sur les paysans : « La question agraire est très importante, car il n'y a de révolutions efficaces que celles qui ont Tappui des paysans. Il faut donc pro-

ET LE CONGRÈS DE LONDRES Ijb

pagander dans les campagnes. C'est moins difficile qu'on ne suppose. D'instinct le paysan est presque anarchiste; le gouvernement n'entre guère en contact avec lui que par le gendarme et le percepteur. 11 est conséquemment assez aisé de lui faire comprendre que le rouage gouvernemental est inutile et nuisible et doit être <c fichu auvent ». Quant à laquestion économique, il faut lui expliquer qu'on veut libérer sa terre du loyer et de l'impôt. Il faut lui montrer la maigreur de son lopin de terre et l'énormité des propriétés des accapareurs, des couvents. Il comprendra. Quant à l'exploration en commun, expérimentalement peu à peu, il s'assurera de la supériorité de cette culture et la substituera à l'autre. »

M. E. Malatesta soutient la même thèse. Les marxistes ont abandonné les théories de Marx et les anarchistes les conservent trop précieusement. Les théories sont surannées en beaucoup de points. Pourquoi attendre la prolétarisation des paysans qui n'aura peutêtre jamais lieu? Les conditions économiques qui tendent vers la prolétarisation et dans les villes et dans les campagnes peuvent changer; elles sont à la merci d'une découverte, d'une invention. La centralisation individuelle peut faire place à Tindividualisation de l'industrie, si un moteur nouveau est trouvé. Donc il ne faut pas attendre que les paysans soient dépossédés pour propagander chez eux, leur montrer la nuisance de l'Etat qui leur prend avec l'impôt le plus cher de leur récolte. »

M. Landauer défendit les petites cultures. Les grandes fermes sont une forme de socialisme d'Etat. La culture intensive conduit aux petites tenures, les cultivateurs groupés en libres groupes autonomes. Il

motionne : « Les anarchistes rejettent la théorie marxiste qui déclare queTextensiondu capitalisme et rétimination des petits producteurs sont les conditions nécessaires de la réalisation du socialisme. Sur la question agraire les anarchistes déclarent : i*^ iNous rejetons l'aide de l'Etat... parce que chaque intervention de TËtat conduit à la perpétuation de TEtat et à son exploitation ; 2^ nous voulons répandre les principes du socialisme libertaire parmi les travailleurs et paysans; 3® nous désirons que les petits propriétaires empêchent leur prolétarisation en s'associant avec leurs ouvriers, pour former des coopératives agricoles et ainsi empêcher l'accroissement de la grande propriété et créer des organismes qui pourraient être le nucleus d'une société socialiste. »

Le vendredi, se tinrent deux séances, l'une l'après midi, l'autre le soir. La discussion sur la question agraire épuisée. M.- D. ixicoll parla des mineurs d'Angleterre, qui offrent un beau champ pour la propagande et sont disposés à la grève générale. M. Guérard, soutenant le trade unionisme comme le précédent orateur, déclara qu'en France les travailleurs des chemins de fer étaient eux aussi pour la grève générale. M. Sanftieben décrivit une coopérative de distribution combinée avec le syndicalisme et il espérait que ce mouvement se développerait même avec des coopératives de production. Louise Michel défendit la grève générale et un Russe fait une proposition (note 106), qui est pratiquement endossée par la conférence bien qu'il n'y eut pas de temps pour une longue discussion. M. Domela iSieuwenhuis soutint cette motion. « L'action politique ne ^e borne pas au parlementarisme comme le prétendent les social dé-

mocrates, elle comprend aussi bien Tassassinat du czar de Russie que Tabolition de TEtat. Il propose une résolution d'après laquelle : le but principal du mouvement ouvrier doit être l'émancipation économique et sociale; toute action politique doit lui être subordonnée ; la conférence se prononce contre toutes les tentatives de transformation du mouvement socialiste en simple mouvement électoral et légal qui ne peut que diviser les travailleurs... » M. J. C. Kenworthy s'étend sur la nécessité d'abolir la violence et de moraliser le mouvement. « Le vrai programme, dit-il, du socialisme libertaire ou anarchisme est la conquête de l'organisation de l'industrie, accomplie par la coopération libre des socialistes... Le gouvernement par la force doit finir. Notre mouvement est un mouvement des caractères; il peut seulement être poussé par le développement de Tindividu lui-même et l'accroissement des qualités morales de chaque homme et de chaque femme. » Le D"" Gumplowicz discourt : « La politique signiBe la luite pour la domination. Nous anarchistes nous ne luttons pas pour la domination, nous ne voulons pas remplacer celle qui existe par une nouvelle forme de domination. iNous ne voulons pas de lois... Nous devons refuser nos services à l'Etat et préconisons de les refuser, mais nous ne pouvons pas opposer pouvoir violent à pouvoir violent de notre part, parce que cela conduit à un nouveau règne de la force et non de la liberté. » MM. A. G. Burn de l'I. L. P. et Gros (bourse de Marseille), exprimèrent leur joie d'avoir suivi ces conférences et M. Gori lut une lettre de souhaits fraternels des anarchistes condamnés au domicilio coatto (Italie). Elle était pour le congrès ofliciel.

mais étant donné son intolérance, il la lisait à cette conférence libertaire. La conférence fut close après qu*on eut distribué un appel des révolutionnaires arméniens. Toutes les séances où assistaient généralement deux à trois cents auditeurs se passèrent avec la plus grande tranquillité (note 107).

Meeting des Elus. — Le mardi soir 28, à Queenshally les élus socialistes c'est-à-dire les députés, conseillers municipaux, généraux, les membres de School Boards, etc., tenaient une réunion. Il y avait des représentants de France, Espagne, Autriche, Belgique, Allemagne, Suède, Danemark, Pologne, Italie et Grande-Bretagne. Mesdames Gray, Pankhurst, Despard et MM. Hickmott, Lansbury, Brooks, Chandler et Hawkes représentaient cette dernière. Pour la France on voyait MM. Vaillant, Jaurès, Guesde, Jourde, Toussaint. Les promoteurs de cette réunion étaient les Allemands. M. Liebknecht ne se dérangea pas et la présidence fut donnée à M. Vaillant. Le but était Tentente entre les députés socialistes du monde entier pour unifier leur action. Cette entente et cette unification, il faut qu'elle existe aussi entre les conseillers généraux et municipaux socialistes. La discussion, à laquelle prirent part un délégué danois, MM. Heckmott, J. Guesde, Lansbury et un autre français, fut courte. Elle se termina par le vote d'un bureau international parlementaire, d'un bureau semblable pour les divers corps (municipal, école, etc.). Ces bureaux devaient être des centres d'échange d'idées, etc. Une commission formée d'un délégué de chaque section fut chargée de déterminer l'action des bureaux. Les

élus n*eurent à notre connaissance que cette seule réunion (note io8).

Meeting Social démocrate. — Le jeudi soir dans Queens Hall, les social démocrates avaient organisé un grand meeting. Les orateurs annoncés étaient nombreux; les organisateurs avaient négligé d'inviter TL L.P à s'y faire représenter. M. J. Maudsley présidait. Après un discours de M. Greulich^ ce fut à M. Jaurès de parler : Ce qu'il admirait le plus dans le vaste congrès c'était l'unité qui s'y étalait malgré la très grande disparité de coutumes, langues et manières. C'est que tous avaient mêmes aspirations, mêmes espoirs, même foi, même doctrine. Les classes ouvrières croissent intellectuellement. La bourgeoisie, elle, est en décadence. La fin de sa puissance arrive; elle est incapable de réforme.

M. H, Wilson député trade unioniste au parlement anglais proteste contre certaines allégations de M. Jaurès et il en résulte un certain trouble que calment des chants d'un chœur allemand. MM. Millerand, Bebel, Liebknecht, Ferrî, Adler, Hyndman furent vigoureusement applaudis lorsqu'ils célébrèrent la sociale démocratie, l'union du trade unionisme et du socialisme combattant côte à côte, lorsqu'ils affirmèrent la victoire sûre, inévitable. L'assistance était relativement peu nombreuse, peut-être à cause du prix (o fr. 60 et o fr. 3o) (noie 109).

Meeting pour ramnistie. — Le dimanche 2 août, en plein air, à Trafalgar Square, nous assistâmes à un meeting en faveur de l'amnistie pour MM. Charles, Caileset Battola. Ils sont depuis quatre ans (avril 1892^

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en prison et sont condamnés à dix ans de « pénal servitude » comme complices dans un complot organisé par un mouchard. Le président était M. Peie Curran, les orateurs turent MM. Domela Nieuwenhuis, mademoiselle Louise Michel, MM. Bruce Glasier, C. A. Gibson, Daniel Irvine, qui protestèrent, aux applaudissements du millier d'assistants, contre l'injustice de tenir en prison des hommes coupables d'avoir obéi aux suggestions d*un agent du gouvernement.

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