LES . JAUNES « OU « ROUGES » NON . INDÉPENDANTS
Elles servent à placarder des affiches Guerre à la guerre ou à imprimer le Manuel du soldat, ou< encore, le Manuel de sabotage et de boycottage, « qvi, rédigé au Congrès des syndicats rouges à Tours, indique aux ouvriers les moyens de ne rien produire à V atelier et de s'y faire payer quand même, ou encore le bon endroit pour mettre un engin qui fasse sûrement éclater Voutil ou sauter la machine ; comment une poigne'e de sable, à un certain moment, dans le métal en fusion, produit des « pailles » qui rendent la pièce inutilisable : toutes choses très « utiles », très « professionnelles », comme on voit, et bien dirigées vers la prospérité de nos industries nationales ».
L'argent qui ne passe point à cette propagande sert à l'entretien du secrétaire, sinon du trésorier ou du président, quand ce n'est pas tous les trois à la fois qui réalisent ainsi, pour eux-mêmes, le problème de l'émancipation.
Et, comme les temps sont durs, comme le socialisme a dévoyé le syndicalisme et dégoûté la classe ouvrière de l'organisation professionnelle (rouge), les cotisations se sont raréfiées. D'autre part, pour les besoins de la politique socialiste, il fallait embrigader, domestiquer la classe ouvrière. C'est alors que les politiciens imaginèrent les subventions aux syndicats. Et, pour leur honte, les syndicats « rouges » acceptèrent les présents ainsi offerts, alors que, dans le monde entier, il n'est pas d'exemple d'une pareille aberration dans aucun groupement de travailleurs organisés.
On peut le dire hardiment : ce sont les subventions qui ont tué le syndicalisme « rouge » en France.
Nous vîmes, avec les fonds des contribuables, s'élever sur tous les points du pays des Bourses du Travail
(officielles), lesquelles Bourses, subventionnées par les municipalités, les départements et TEtat, achevèrent, dans le sens de la corruption et du fonctionnarisme, ce que le socialisme avait si bien commencé pour la gloire du socialisme d'État, au détriment des organisations ouvrières.
Depuis cette époque, les meneurs « rouges » sont à la solde des politiciens locaux, qui distribuent la manne, et, comme leur pain est assuré, comme la sinécure rapporte honneurs et profits, les meneurs ainsi embusqués dans les Bourses en éloignent les vrais travailleurs, disloquent les véritables organisations, acceptent des adhérents qui ne remplissent aucun de leurs devoirs; mais sur lesquels ils régnent, au milieu desquels ils seront inamovibles.
Voilà les bandes révolutionnaires! En tête, de prétendus syndicalistes ouvriers; en réalité, les stipendiés des communes. En queue, tous les rebuts de la classe ouvrière.
Aujourd'hui, nous avons en France 114 Bourses du Travail officielles. Elles ont coûté quatre millions TROIS CENT viNGT-DBux MILLE FRANCS aux dlvcrscs municipalités.
Dans chacune de ces Bourses, ceux que nos malheureux camarades, bernés, continuent à nommer des mililanls, se partagent — annuellement — des subventions en espèces sonnantes qui viennent ainsi s'additionner :
Municipalités 496 . 045
Départements 37.950
État (Fédération des Bourses)... 10.000
Total 543.995
Ajoutez à ces cinq cent quarante-trois mille neuf cent quatre-vingt-quinze francs l'entretien des locaux (assumés par les municipalités), l'amortissement des 4 millions et demi qu'ils ont coûtés; commencez-vous à comprendre, maintenant, pourquoi les « Rouges » sont si forts? — ou, plutôt, pourquoi ils donnent Tillusion d'une force ?
C'est parce que, grâce à la complicité des uns, à la faiblesse des autres, profitant du silence de tous! ils se sont insinués, — tel le rat légendaire au milieu du fromage, — dans de somptueux bâtiments, payés par nous. Une fois logés, ils furent nourris ; la table de ces messieurs les fonctionnaires des syndicats « rouges» nous coûte — annuellement — 543.993 francs.
Il n'exerce pas à l'œil, l'état-majordela Révolution. Néanmoins, on ne pourrait tirer de ces faits, incontesH tables, que des arguments philosophiques ou politiques, si nous n'avions placé la question, nous, les «Jaunes», sur son véritable terrain; car savez-vous combien il y a de syndiqués, dans ces Bourses qui nous coûtent tant d'argent?
Trois cent quarante-six mille! Rapprochez ce chiffre de ce que les meneurs de ces malheureux émargent, aux budgets divers. C'est effrayant !
Mais il y a pire.
Nous accusons les syndicats « rouges » d'avoir, « en sollicitant ou en acceptant le principe des ««èwen^io/w», paralysé, détruit, annihilé la véritable organisation professionnelle, et, par conséquent, retardé « l'émancipation » ouvrière.
Alors que, dans tous les pays, les syndicats thésaurisent, capitalisent, s'administrent avec solidarité, créent des œuvres, des coopératives, des eaisses de
secours, en cas de maladie, de chômage, etc., nos syndicats « rouges », à nous, rugissent dans les réunions publiques et assomment les contradicteurs, ruinent les industries dont ils vivent, narguent les coopérateurs, comme des idéologues surannés et méprisables, et, finalement, demandent leur vie quotidienne au budget.
C'est du propre.
Eh bien! pourquoi hésiter? Le premier obstacle à abattre, c'est la subvention. La première tumeur à opérer, c'est la Bourse subventionnée.
A bas les subventions!
Et que les prétendus syndicats « indépendants » le sachent. Ils périront aussi certainement que les syndicats rouges sont destinés à périr, s'ils ont recours aux mêmes moyens que ceux-ci. Il faut être « Jaune » ou « Rouge ».
Ce qui tua le mouvement tenté par Lanoir (d'ailleurs dépourvu de sincérité), c'est son obstination à prendre dans ses paroles la contre-partie des Rouges et, dans ses gestes et ses actes, leurs attitudes.
Comme les «Rouges », Lanoir sollicita et obtint les subventions ; il en est mort avant eux, manquant de vitesse acquise; ses troupes s'endormirent, les unes sur le rôti, les autres sur le zinc du marchand de vins. Les probes s'étaient, depuis longtemps, éloignés.
Il n'y a de « Jaunes », et nous ne reconnaissons comme tels que ceux qui ont un programme, et non seulement un programme négatif, mais encore un programme positif.
Nous savons, nettement, ce dont nous ne voulons point :
C'est de leur socialisme.
C'est de la grève.
C'est de la révolution.
C'est, enfin, de la corruption des organisations ouvrières par les subventions.
Ce que nous voulons?
C'est l'organisation saine des travailleurs, par professions, corporations et régions et ensuite nationalement.
C'est, pour chacun de nous le droit à la propriété de son travail, à la propriété individuelle.
C'est la revendication de la participation aux bénéfices sous ses formes multiples et variées, de préférence par rachat de parts n individuelles » , du capital industriel.
D'où vient la corruption des syndicats rouges?
C'est la minorité' qui est subventionnée, les syndicats rouges sont des parasites.
Pour que les syndicats soient libres, disent les Jaunes, il ne faut pas qu'ils dépendent des politiciens, ni des patrons, ni de l'Etat. Or les syndicats « rouges» sont notoirement politiques, ils poursuivent « d'abord » des revendications politiques; ils se mettent sous la dépendance patronale en provoquant systématiquement des grèves, des mouvements révolutionnaires qui épuisent la classe ouvrière et rendent ses organisations stériles; ils sont enfin sous la dépendance de l'Etat, car les Bourses du Travail « rouges » appartiennent TOUTES aux municipalités ou à l'État. Non seulement les Rouges sont logés aux frais des contribuables, mais ils en reçoivent également les fonds nécessaires à leur administration et à leur propagande. Dans ces condi-
tions la classe ouvrière est canalisée dans des associations parasitaires et elle est à la merci de la mauvaise humeur d'un maire ou d'un préfet ^
Voici la proportion scandaleuse que prit en France le système des subventions :
Nous attirons d'abord l'attention de nos lecteurs sur le mouvement du personnel des syndicats depuis 1884. Nous donnons les chiffres rigoureusement officiels, puisés dans Y Annuaire publié par le Ministère du Commerce en 1905.
MOUVEMENT DU PERSONNEL DES SYNDICATS PROFESSIONNELS DÉCLABÉS EN EXÉCUTION DE LA LOI DU 21 MARS 1884