CONCLUSION
« Dans l'intérêt de la nation, pour la grandeur et la richesse de la France, il faut organiser économiquement notre peuple de France. L'individu, la famille, la province et la patrie ont leur source et leur point d'appui dans l'association.
Le commerce, l'industrie, la concurrence ont leur point d'appui dans les syndicats ouvriers, forts, intelligemment dirigés.
La liberté sera rétablie par les corporations, et celles-ci, œuvres d'hommes qui ont la foi, aideront et protégeront ceux qui sont persécutés parce qu'ils aiment et qu'ils croient.
Portant ses efforts à droite et à gauche dans les rangs patronaux comme dans les syndicats rouges, c'est encore le Jaune qui, sous la signature de M. Wayss, ouvrier mécanicien déjà cité, publiait l'article que voici, relatif aux Patrons.
« C'est un lieu commun chez les Rouges, dans la presse de mauvais aloi et pour les socialistes : de dire que nous sommes, nous les Jaunes, vendus auxpatrons, suscités et entretenus par eux; cependant rien n'est plus faux.
Pour s'en convaincre, il suffit de constater que la Fédération nationale des Jaunes de France, accessible aux syndicats ouvriers, aux syndicats patronaux, aux syndicats agricoles et aux adhérents individuels, en un mot à tout groupement, à toute personne isolée, qui accepte le programme économique, professionnel et social des Jaunes, n'a pas reçu l'adhésion de dix patrons.
Les groupements ouvriers d'un côté et puis les adhésions individuelles qui forment un groupe de personnes appartenant à toutes les situations sociales, qui sont unies dans ce sentiment que les travailleurs doivent arriver au bien-être et qui en recherchent les moyens pratiques, voilà ce qui compose la Fédération des Jaunes et lui assure l'existence.
Mais en vain nous cherchons les patrons, et en
toute sincérité nous avouons que leur absence de notre Fédération nous est une grande déception. Car le programme des Jaunes, qui maintenant est connu dans toute la France, dit avec précision et franchise que nous voulons l'entente entre patrons et ouvriers pour leurs intérêts communs, que nous voulons l'association du capital et du travail pour sauvegarder les industries et le commerce du pays, contrairement aux Rouges qui, sous l'influence des politiciens, sont les ennemis des patrons, cherchent la ruine industrielle pour aboutir à cette combinaison politique du collectivisme qui rendrait l'état l'industriel unique et ferait des politiciens en faveur les directeurs du travail socialiste.
Pourquoi, après cette avance des ouvriers jaunes envers les patrons, ceux-ci restent-ils éloignés, indifférents et généralement adversaires des Jaunes? C'est que, pour être un patron membre de la Fédération nationale des Jaunes de France, il faut pratiquer une organisation qui est sur toutes les lèvres, mais dont les patrons ne veulent pas la réalisation. Il faut associer l'ouvrier à l'entreprise.
Si, avec les Jaunes, il y a peu de grèves à craindre, c'est par leur habitude de soumettre leurs réclamations directement au patron, en supprimant les intermédiaires qui sont des meneurs mus par les financiers et les politiciens pour empêcher tout accord entre employeurs et employés. Les patrons savent très bien que les Jaunes sont des ouvriers ayant avant tout le sens pratique, que ce ne sont pas des résignés à leur situation malheureuse, et que, s'ils ont compris que ce n'est pas en détruisant l'usine qu'ils peuvent devenir heureux, ils veulent profiter de la prospérité de cette usine, non seulement
par une participation généreuse au bénéfice, mais pat la co-propriété qui les affranchit et par la co-association qui développe leurs aptitudes intellectuelles et les amène à égalité avec le patron. Plutôt que de consentir cette association, les patrons préfèrent risquer la ruine par les grèves et continuer l'antagonisme entre patrons et ouvriers. Il est vrai que ceux dont l'entreprise est prospère trouvent, par leur absence systématique de rapports avec les ouvriers, le prétexte de s'approprier tous les bénéfices. Les patrons socialistes excellent dans le mépris des ouvriers qu'ils emploient. Et, en attendant que la théorie socialiste devienne réalité (en l'an 3000), ils s'enrichissent en dépossédant leurs ouvriers de la part qu'en toute justice ils devraient avoir des bénéfices de leur travail.
Il y a des patrons très bienveillants pour leurs ouvriers, particulièrement si ceux-ci paraissent suivre la religion chère au patron. Us créent des sociétés de secours mutuels dont ils sont présidents, ils organisent pour le personnel qu'ils emploient toutes sortes de choses pour améliorer la condition des ouvriers et leur éviter l'adversité. Certains font participer les ouvriers aux bénéfices de l'entreprise. Eh bien, ces patrons démocrates chrétiens ne sont pas des Jaunes.
Parce que toute leur bonté s'exerce sans le concours des ouvriers; elle est un acte de charité qui adoucit des misères, c'est certain, mais qui laisse l'ouvrier dans son état d'infériorité.
Les Jaunes n'admettent pas que, tout en travaillant, l'ouvrier reste dans une situation précaire parce qu'alors il y a mauvaise répartition du produit du travail, c'est pourquoi ils veulent changer la condition du travail et l'associer au capital. Cette transforma-
tion grandit l'ouvrier et l'élève au patron, qui, lui, n'est pas diminué, mais perd simplement de sa suprématie par le fait de l'association.
Le modèle de cette association du patron avec ses ouvriers nous est donné par M. Laroche-Joubert, dont les ouvriers deviennent graduellement les propriétaires de l'usine. M. Laroche-Joubert est un Jaune et l'ami des ouvriers; il a toutes nos sympathies. Son exemple est suivi par M. Japy qui, par une combinaison différente, arrive au même résultat d'associer ses ouvriers à son entreprise industrielle. Notre ami Gaston Japy a doublement notre estime et notre reconnaissance parce qu'à la pratique du programme des Jaunes il ajoute un dévouement infatigable à notre cause, et qu'il a à son actif cet acte unique d'héroïsme de s'être, lui, patron, fait blesser pour protéger et défendre l'ouvrier Biétry.
Nous avons, à la Fédération, trois ou quatre patrons qui cherchent à appliquer dans leurs industries le programme des Jaunes. L'un d'eux me disait dernièrement : « En toute conscience, je ne pense pas maintenant engager mes ouvriers à prendre des actions de mon établissement, ça ne leur vaudrait pas mieux que la caisse d'épargne, ils croiraient à une mystification. »
J'espère et je crois que bientôt nous pourrons publier que de nouveaux patrons auront réalisé dans leurs usines le programme des Jaunes en s'associant avec leurs ouvriers.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à ce jour une demidouzaine seulement de patrons sont de la Fédération des Jaunes.
La veulerie des patrons est bien aussi une cause
qu'ils sont nos adversaires, car beaucoup subissent les vexations des Rouges parce qu'ils n'ont pas le caractère et l'énergie de leur résister. Il en est aussi qui pensent : Mais, si l'État devenait le grand industriel général, très certainement il me donnerait un bon emploi. Et leur âme servile se contente de cette espérance.
Quoique nous cherchions l'association avec les patrons et que les patrons restent les adversaires des Jaunes, cela n'empêchera pas les meneurs rouges de faire bêler aux moutons qui les suivent que les Jaunes sont vendus aux patrons. »