‹ Le socialisme et ses promessesChapitre 6 sur 7 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

Travail. — Commission de gouvernement pour les travailleurs. — Décret des 28 février-^ mars {Bull. 3, n*> 34).

Procliimalioii du ;40uvcrnrnic>it provinoire.

Considérant que la rcvolution, faite par le peuple, doit être faite pour lui ;

Qu'il est temps de mettre un terme aux longues et iniques souffrances des travailleurs;

Que la question du travail est d'une importance suprême;

Qu'il n'en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations dun gouvernement républicain ;

Qu'il appartient surtout à la France d'étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd'hui chez toutes les nations industrielles de l'Europe;

Qu'il faut aviser sans le moindre retard à garantir au peuple les fruits légitimes de son travail;

Le gouvernement provisoire de la république arrête :

Une commission permanente, qui s'appellera Cotiiviission de gouvernement pour les travailleurs, va être nommée avec mission expresse et spéciale de s'occuper de leur sort.

Pour mop.trer (juclle importance le gouvernement provisoire de la république attache à la solution de ce grand problème, il nomme président de la Commission de gouvernement pour les Iravailletirs un de ses membres, M. Louis Blanc, et pour vice-président un autre de ses membres, M. Albert, ouvrier.

Des ouvriers seront appelés à faire partie de la commission. Le^iége de la commission sera au palais du Luxembourg. Paris, le 28 février 1848.

(Suivent les signatures de tous les membres du gouvernement provisoire.)

1er MARS 1848.

Travailleurs. — Proclamation {Bull. 3, n° 49).

Citoyens, la commission du gouvernement pour les travailleurs est entrée en fonctions aujourd'hui môme. Aujourd'hui, sur ces bancs où siégeaient naguère les législateurs du privilège, les pairs de France, le peuple est venu s'asseoira son tour, comme pour prendre matériellement possession de son droit et marquer la place de sa souveraineté.

Des ouvriers, vos camarades, ont discuté devant nous et avec nous les intérêts qui nous sont chers. Ils l'ont fait aA ec le calme et la dignité qui convient à des hommes libres. Nous avons recueilli leurs vœux ; et, afin qu'ils soient réalisés promptement, nous avons décidé que chaque profession choisira un délégué (jui sera appelé au sein de la commission du gouvernement.

En attendant que la commission du gouvernemeiit se trouve complétée par le choix de délégués de divers états, nous nous occupons de résoudre les questions relatives aux heures de travail et à l'abolition du marchandage.

Et maintenant, citoyens, hàlez-vous de reprendre vos travaux. Son-

gez qu'une heure de retard est un trésor perdu pour la patrie. Vous êtes une des forces et une des sulliciludes du gouvernement provisoire delà république. Il vous aime; ayoz confiance en lui, et sachez bien qu'il est presque plus impatient de votre bonheur que vous-mêmes.

Le |)euple vient de lemporler, par son courage, une victoire à januis mémorable : <ju'il inmiorlalisc son triomphe par sa sage.<sc.

Paris, le l"" mars 1848.

(Suivent les signatures des membres du gouvernement provisoire. )

Quelques jours après, la Commission de gouvernement pour les travailleurs invita les patrons ou chefs d'industries à nommer, de leur côté, des délégués investis de leur confiance. Voici l'arrêté de convocation :

Travailleurs. — Arrêté de la commission de gouvernement pour les travailleurs.

Considérant que les ouvriei's des différentes professions ont nommé des délégués pour soutenir leurs intérêts;

Qu'il est juste qu'à leur tour les délégués des patrons ou chefs d'industries soient convoqués ;

Considérant que le rapprochement des conditions et un loyal examen des droits, des devoirs de chacun, amèneront naturellement, par le fraternel accord des volontés, les solutions les plus désirables, parce qu'au fond tous les intérêts sont solidaires;

Les président et vice-président de la Commission de gouvernement pour les travailleurs font savoir que la réuniog des délégués choisis par les patrons ou chefs d'industries, au nombre de trois par chaque profession, aura lieu vendredi prochain, 17 mars, à midi, au palais du Luxembourg;

En conséquence, les délégués des chefs d'induslriessoul invités à justifier de leurs pouvoirs avant le jour de la convocation.

Paris, le 1 1 mars 1848.

Les président et viec-prcsidcnt de la commission de gouvernement pour les travailleurs .•

LoL'is BLA^c, Albert.

Ces documents prouvent assez que toutes les mesures étaient

prises et que, si M. Blanc n'a pas réussi dans ses tentatives audacieuses, il ne peut en aucune manière se retrancher, comme il cherche à le faire, derrière les difficultés des circonstances. Jamais novateur ne s'est trouvé dans des circonstances plus favorables.

Jlaiiifesle de Robert Owcd.

Voici les principaux passages du manifeste d'Owen, cité à la page 55 du tome I".

Le système de société qui a prévalu jusqu'à nos jours a pris sa source dans des notions imaginaires, issues d'un état primitif, grossier et inexpérimenté de l'esprit humain.

Toutes les circonstances exlcrieurcs qui régissent le monde sont l'ouvrage de l'homme et se ressentent de ces notions primitives et imparfaites.

Les faits qui ressortent de l'expérience prouvent d'une manière évidente, à quiconque veut observer avec soin et sagement réfléchir, que ces notions primitives et grossières sont déplorablemcnt erronées, et que, dans les âges précédents, qui peuvent être justement appelés la période {irrationnelle de l'existence humaine, l'homme a été trompé par elles au sujet de sa propre nature, et conduit ainsi à devenir le plus imparfait et le plus inconséquent de tous les êtres.

L'histoire de la race humaine démontre invinciblement l'état grossier de l'esprit humain, et chacune de ses pages tend à établir avec détail combien sa tendance est insensée et irrationnelle.

Cette histoire a été une suite de guerres, de massacres, de pillages, de divisions interminables, d'opposition mutuelle à un étal de paix et de bonheur ; une longue période dans laquelle chacun a été en lutte avec tous et tous avec chacun; principe de conduite admirablement calculé pour enfanter le moins de prospérité et le plus de misère possible.

Toutes les institutions qui gouvernent le monde sont des émanations directes de ces primitives, grossières et graves erreurs de nos ancêtres.

En place de ce système d'une ignorance profonde qui force l'homme à devenir, dès son enfance, tant comme esprit que comme conduite, un être irrationnel, inconséquent et incompétent pour juger ses erreurs les plus saillantes, je propose aujounrhui à tous les peuples du globe un autre système de société. Un système entièrement nouveau, fondé sur les principes issus de faits invariables et en parfaite harmonie avec les lois de la nature; un système dans lequel l'assistance de tous sera acquise à chacun et l'assistance de chacun sera acquise à tous, principe admirablement calculé pour enfanter le plus de prospérité et le moins de misère possible ;

Un système de vie humaine opposé en tout point au système passé et présent ; un système qui créera un nouvel esprit et une nouvelle volonté dans tout le genre humain, et conduira ainsi chacun, par une nécessité irrésistible, à devenir conséquent, rationnel, sain de jugement et de conduite;

Un système nouveau pour l'homme qui ouvrira les yeux sur la dégradation présente et passée de la race humaine, sur la démence et l'absurdité de nos institutions, sur l'impérieuse nécessité où l'on se trouve de changer toutes ces circonstances extérieures pour d'autres institutions basées sur les faits connus et en harmonie avec notre nature. Ces derniers signes caractéristiques sont ceux auxquels tout homme peut distinguer la vérité de l'erreur;

Un système si énergique qu'il peut seul mettre promptemcnt un terme à l'ignorance humaine, arrêter les progrès du paupérisme et en anéantir le retour; couper court aux diverses superstitions qui régnent sur le globe, et éloigner toutes les causes qui ont jusqu'ici divisé les hommes, soit en fait, soit en intention; introduire une abondance inépuisable dans tout ce qui est nécessaire à la vie et aux plaisirs de l'homme, et lui rendre sa tâche de producteur plus agréable et plus facile;

Un système si niéconiui et si puissant que dans l'année même de son adoption il réalisera sur terre plus de bien-èlre, plus d'aisance, plus de moralité que n'a pu le faire, depuis des siècles, le vieux système, et qu'il ne le fera tant qu'il sera debout ;

Un système si diflcrent du système actuel, en théorie et en pratique, et dans son caractère général, qu'il effectuera ces réformes radicales avec calme, avec tranquillité, graduellement et avec un tel ordre que personne n'aura à souffrir le moindre dommage dans ses intérêts moraux et matériels ; mais qu'au conlraire chacun y trouvera une satisfaction et un bénéfice, en tout lieu, dans tout pays.

Bien plus, par égard pour les erreurs de l'ancien état social et pour ne blesser en aucune manière les consciences, le nouveau système arrangera les choses de manière à ce que les vieilles superstitions de chaque peuple meurent de leur mort naturelle, avec le moins d'inconvénients possible pour les individus dont l'existence y est attachée, et avec le plus grand respect pour les faiblesses humaines.

Comme ces deux systèmes sont parfaitement distincts, il est évident qu'il n'y aura jamais fusion entre eux, même dans la période où l'un absorbera l'autre. Le vieux système est fondé sur une erreur, et il ne pourrait se défendre qu'à l'aide de subtilités et de mensonges. Le nouveau système est base sur la vérité, et il n'admettra aucune déception ni dans la vie publique ni dans la vie privée, pas plus entre individus qu'entre peuples.

Le fondateur du nouveau sy^-tème a été, dans la première période de sa vie, un industriel, un homme d'affaires, d'ordre, d'expérience, et il s'est inspiré de cette connaissance et de cette pratique pour combiner des institutions basées sur les principes de notre nature et en harmonie avec eux.

Ces institutions nouvelles sont si extraordinaires dans leurs combinaisons qu'elles assurent à toute la race humaine, en retour de la même somme de travail, des avantages cent fois plus grands que ceux dont l'ancien système a jamais pu doter «wcitu individu. Et ces plans inouïs jusqu'à ce jour, ces combinaisons qui doivent former un nouveau monde moral et donner à l'homme un caractère rationnel, sont prêts à subir l'examen des hommes les plus savants, les plus pratiques, les plus expérimentes dans les quatre branches essentielles de la vie humaine, qui sont : la première, la production ; la seconde, la distribution des

richesses; la troisième, la forinalion du caraclèrc linmain depuis l'enfance; la quatrième, rétablissement d'un gouvernement local et général.

Le nouveau système moral ne peut intervenir dans l'ancien et immoral système que pour amener son entière et pacifique destruction. Déjà il est évident, d'après la consternation des hommes qui croient avoir un intérêt matériel à maintenir l'ancien état des choses, que l'heure d'une transformation complète a sonné.

L'attention des peuples est appelée, dans la vue de leur bonheur, sur cet important sujet, qui intéresse ceux qui vivent et ceux qui vivront.

Le fondateur de ce système, qui travaille depuis un demi-siècle à le perfectionner, demande à être entendu à la barre des deux chambres du parlement, afin de pouvoir non-seulement combattre des adversaires qui ne le comprennent pas, mais encore dérouler aux yeux de lunivers les immenses avantages de sa doctrine.

Le conseil central, qui est le pouvoir exécutif de la société communiste et universelle des religionnaires rationnels, demande aussi à être entendu à la barre des deux chambres pour y réfuter les calomnies monstrueuses que divers critiques, se croyant intéressés à combattre notre grande réforme, ont cherché à accréditer dans le pays, tant par la parole que par la plume ; calomnies ayant surtout pour objet d'infirmer les tendances d'une société qui éclaire et prépare un changement glorieux et fécond dans les destinées humaines.

TABZ.£ DES MATIERES.

Pages.

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