APOLOGIE DE LA LIBRE RECHERCHE
Lamennais l'a dit et les faits le démontrent : que la discussion soit donc toujours la bienvenue parmi nous; car il y a toujours à cueillir dans les vastes champs de la pensée ! (i)
Le libre essor intellectuel a des avantages d'un ordre plus immédiat. Vous n'éteindrez jamais la combativité dans le cœur de l'homme. Si vous prétendez lui fermer les tournois de l'idée, cette combativité s'exercera contre les individus. De là, les médisances, les calomnies, les perfidies, les hostilités basses, les intrigues, qui, non seulement rapetissent et dissolvent les partis, mais encore transforment les compétitions politiques en combats de sangliers, font dévier les énergies et les dévouements, stérilisent la vie sociale et, ce qui n'est pas moins déplorable, empoisonnent toutes les relations humaines.
Faites au contraire, que cette combativité puisse trouver son dérivatif dans les nobles luttes de la pensée, elle élèvera les cœurs, au lieu de les abaisser ; elle purifiera les consciences, au lieu de les corrompre et de les racornir, car il est toujours vrai le vieil axiome : de la discussion naît la hunier e ; il ne s'agit que d'être, de part et d'autre, modeste et de bonne foi, ce qui est à la portée de toutes les intelligences.
En résumé, d'après ce qui précède, on peut avancer que si les partis sont toujours une partie de l'idée en acte, ils ne sauraient être toute l'idée en puissance ; encore moins son incarnation totale théorique et pratique.
Au dessus de tout parti, doit toujours flotter indisciplinée, irréductible, vivante, agissante, progressive, la flamboyante libre recherche, en quête de plus intenses lumières et de plus larges justices. Tous les combats que livre l'invincible déesse sont féconds, tous les chocs qui retentissent sur son bouclier lumineux et sonore, font jaillir des étincelles de vérité : elle vivifie là où les dogmes tuent.
(l) Combien anti-humaine, combien rétrograde est, par suite, cette sauvage recommandation biblique ! « Quand ton frère, ou ton fils, ou ta fille, ou ta femme bien aimée, ou ton ami, qui est comme ton âme, te diront en secret : allons à d'autres Dieux, tu les lapideras : d'abord ta main sera sur eux, ensuite celle de tout le peuple. (Deute'rononie. Ch. XV11I. 6. 7).