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IV. La Morale philosophique dans l'antiquité

Comme il est dans la nature de l'homme de maximer ses acquisitions et ses expériences, cette apothéose de la valeur individuelle — qui ne va pas d'ailleurs sans quelques inconvénients moraux et sociaux — devait trouver son expression dans une philosophie de la dignité humaine ; ainsi en advint-il.

Pendant que la belliqueuse et brillante Hellénie prenait l'em-

(1) Ceci soit dit, sans prétendre justifier l'orgie militaire de l'indigne héros dont la glorification est la plus odieuse mystification de l'histoire, Combien peu l'immense empire persique pouvait résister à des guerriers helléniques ; les succès foudroyants d'Agesilas et la brillante retraite des Dix-Mille le disaient suffisamment. D'autre part, Philippe, l'élève d'Epaminondas, avait, après son triomphe de Cheronée, amassé plus d'éléments de victoire qu'il n'en fallait pour, selon le mot d'alors, helléniser l'Orient. La Perse ne fut donc pas dompt?e par Alexandre, qui commit autant de fautes que de crimes ; elle le fut par les fortes et invincibles phalanges de Philippe, au-dessus desquelles planait l'ailé souffle de feu que Michelet appelle si bien « l'àme de l'Hellénie » Le fils d'Olympias, le jeune et féroce ecervelé qui trempa probablement dans l'assassinat de son père, débuta par l'horrible sa.; de Thèbes (Thèbes rasée, 30,000 citoyens thebains vendus comme esclaves en un jour), continua ses jeux cruels par les barbares folies qui suivirent la prise de Gaza; puis vinrent les crimes plus personnels; l'assassinat, dans un moment d'ivresse, de Clitus, son sauveur ; la mise en croix du philosophe Callisthène (neveu d'Aristote), qui avait refusé d'adorer le tyran, tout cela couronné par les honteuses orgies de Babylone.

Un tel homme était étranger au véritable héroïsme hellénique, qu'il dévoya, corrompit et déshonora. Aussi disparut-il justement dans un nuage de sang et d'ignominieuses débauches, ayant mérité, non pas les lâches apothéoses d'historiens menteurs et serviles, mais la flétrissure vengeresse de la véridique histoire qui doit, elle aussi, rentrer dans les normes sereines de la vérité et de la justice. Trop souvent, jusqu'ici, elle a méconnu ce devoir, devenant ainsi la corruptrice des peuples et des individus au lieu d'être leur éducatrice. En glorifiant les Alexandre, elle a prépare les César ; en divinisant les César, elle a rendu les Napoléon possibles.

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