SCENE V Les mêmes, puis AUFILLIA, POPOFF
entrant.
Mascha ! pressez les serviteurs ! Casimir attend son café. Mon Casimir !
MASCHA sortant.
Eh bien ! son Casimir ! s'il se doutait de certaines histoires !
AIRÉUA Que marmottez-vous ?
MASCHA Rien, rier;, des choses du passé. C'est oubhé. {Elle sorti.
AIKKI.IA <^ette fille soupçonne mon secret !
I'( )pOFF entrant.
E,h bien ? Qu'est-ce que vous attendez ?
ACRKI.IA U'ne minute, mon chéri ! On fait le café ! XADINA
à Alexiiis.
Cet uniforme doit vous peser, c'est inconfOTtable ! Xlexius
Je ne suis jamais inconfcrtable !
POPOFF Lui ! Il adore l'uniforme, il ne le quitte pas.
ALEXIUS Général ! vous n'avez pas l'esprit militaire.
POPOFF Non ! à quoi voyez-vous ça ?
Vous avez ôté vos bottes !
Ah ! il l'est, lui, militaire !
MASCHA
entrant aûec un plateau.
Voilà le café !
Elle est très bien, la petite cousine ! AURÉLIA furieuse.
Casimir !
POPOFF
Tenez, j'aurais rencontré cette petite-là dans un siège au moment du pillage, je... (soudain timide) je, je l'aurais épargnée !
AURÉLIA A la bonne heure !
POPOFF Eh bien ! Aurélia 7 Comment cela a-t-il marché durant mon. absence ?
.\URÉLLA Oh ! mal ! des rhumes les uns sur les autres !
POPOFF Vous vous obstinez à prendre un bain chaque mois. C'est déplorable !
ALEXIUS L'eau amollit les héros !
POPOFF Vous entendez, moi je n'en prends jamais, ni dehors, ni dedans.
Moi non plus !
Ah ! et cependant, il a mené la fameuse charge de Slivînskî.
— bt —
NADINA La charge de Sliviuski ? Oh ! parlez-nous-en, papa !
POFOFF Non, ça regarde Alexius, il adore parler de lui !
ALi:xius Je ne parle jamais...
.MAS( ilA
...D'autre chose !
NADINA Je vous en prie, Alexius ! La bataille de Slivinski !
ALEXIUS Puisque vous l'exigez, soit ! Là étaient les terribles batteries serbes... (/eu de scène acec la cafetière, le f>st au lait et le sucrier) Là se tient notre artillerie. Elntre les deux, notre cavalerie, moi à sa tête ! Soudain une voix intérieure me crie : « Alexius»! Capture les canons serbes. Capture-les ! et je les capture.
POPOFF Allons bon, il m'a fait brûler la langue, (à Aurélia) Ça se voit ?
AURÉLIA Mais oui, ça se voit.
POFOFF Vous s3vez pourquoi ?
NADINA Parce que les Serbes ne pouvaient pas faire partir leurs canons !
Hein ! qu'est-ce que vous dites ?
NADINA Oh ! je ne dis rien.
POPOFF Nadina vient de deviner juste ! Les Serbes avaient de mauvaises munitions ! Du moins à ce que nous a dit le Suisse ! NADINA, MASCHA, AURÉLIA Le Suisse !
Aurélia renverse du café sur la main de Popoff.
PUPOFP^ Eh bien voyons, qu'est-ce que tu fais, tu me renverses du café chaud sur la main, tout à l'heure je me brûle la leoigue et maintenant... Ah ! oui, je ne vous ai pas dit : Les Serbes avaient comme officiers instructeurs des officiers suisses, et nous, nous avions comme officiers instructeurs des officiers monégasques. Ah ! Ce Suisse était un joyeux et solide garçon : nous l'avons rencontré quand la guerre a été finie ! Il nous a fait connaître un tas de lemmes !
Hum ! hum !
Des femmes !
Des femmes !
ALEXIUS
AURÉLIA furieuse.
NADINA
pOPOFF
ûiûement, parlant dans sa tasse.
Oh ! très vieilles et très laides !... N'est-ce pas, Alexius ?
Très vieilles et très laides.
AURÉLIA Je ne vous crois pas.
XADINA Oh ! vous ! Alexius... vous à qui je pensais te jour et de qui je rêvais la nuit!
AF.KXILS Sans aucune distraction >
XADINA Aucune ! qu'insinuez-vous ?
MASCHA Parlez-nous encore de ce Suisse !
POFOFF Il t'intéresse donc bien ?
MA se H A
Ma foi !... je suis toute seule, moi... Je n'ai pas de héros.
POPOFF Eh bien ! c'était un drôle de corps, ce Bumerli. (// rit).
XADINA, MASCHA, AIRKLIA
Bumerli !
Aurélia renverse le sucrier, puis rerrtet en tremblant le sucre, les petites serviettes dedans.
POPOFF riant.
•Mais fais donc attention, qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? Oui ! Hein ! Alexius. Les histoires qu'il nous a racontées ! Vous vous rappelez son escapade, après l'affaire de Slivinsky?
riant.
Ah ! oui ! Son aventure avec ces trois femmes... Bulgares dont il n'a pas voulu nous livrer les noms.
POPOFF riant.
Il paraît que c'étaient trois gaillardes ! Figurez-vous qu'il fuyait nos soldats, quand il fut saisi par un de nos officiers...
ALEXIUS
même jeu.
Massakroff !
POPOFF
même jeu.
Tout juste ! Il lui flanque une gifle et se sauve; il put échapper à ses pjoursuivants en grimpant au balcon d'une maison, et en se cachant dans la chambre d'une jolie Bulgare qui l'a... protégé !
ALEXIUS riant.
Après déjeuner on demandera à Massakroff, il nous indiquera la maison.
AURÉLIA atterrée.
Benne idée.
pOPOFF riant.
Ce qu'il y a de plus drôle, c'est que la jeune personne tomiba aussitôt amoureusa de lui...
XADINA, MASCHA, AURÉLIA
ensemble !
Quelle honte !
riant.
Elle le reçut en toilette de nuit... Attendez, vous allez rire... Sa mère et une amie sont arrivées, et toutes les trois se sont battues à qui prendrait soin de lui !
ALKXIUS Il paraît que l'amie de la jeune femme s'est assise sur le lit avec lui.
MA se HA
Se levant.
Ce n'est pas vrai ! Je veux dire aucune Bulgare ne ferait cela. pol'oi-F
riant toujours.
Quant à la mère, il nous a fait tordre en nous la dépeignant comme une vieille enflammée qui lui a pris la main et caressé les cheveux...
Al'RKLIA Ah ! l'impertinent drôle !
pOPOFF
s'esc/û//an/.
Attendez!... Voilà le plus beau, quand il a quitté la maison, la vieille toquée l'a déguisé avec un vêtement de son mari en lui disant : Le vieux fou ne le saura jamais ! Hein ! N'est-ce pas drôle ■*
AURÉLIA Pas très drôle pour le vieux fou !
pOPOFF Bon... il l'ignorera toujours. Il n'y aura que nous qui le saurcMis.
NADIXA, MASCHA, AURÉLIA Hein >
POPOFF
J'interrogerai Massakrofî, il a dû noter la maison. Il nous dira tout et on rira...
.AURÉLIA Oh oui ! On rira.
POPOFF Ah ! je vais ôter mon uniforme et mie mettre à mon aise.
ALEXIUS Auparavant, ne voulez-vous pas discuter les derniers arraiv* gements pour le mariage ?
POPOFF C'est vrai ! Ce que vous êtes pressé ! Ah ! si vous aviez mon âge... {Jeu de physioncmie) Enfin, venez... (// sort).
Alexius sort, mais il se retourne trois fois pour ûoir les trois jenimes. Jeu de scène pour Aurélia, Mascha et Nadina.
AURÉLIA Ce Bumerli... quel sauteur !
NADIXA Ce Bumierli à qui j'ai sauvé la vie...
MASCHA Ce Bumerli, un déserteur... {Elle remonte appeler les servantes qui débarrassent et emportent la table).
AURÉLIA Mt)n Dieu !... j'y pense !
iNADINA Quoi ! maman ?
Il est parti emportant le veston de Casimir et il ne Ta jamais renvoyé. Si Casimir ne le trouve pas, nous sommes perdues I NADINA ET MASCHA Mon Dieu !
POPOFF
au balcon.
Aurélia ! Où est mon veston du matin ?
NADINA, MASCHA, AURÉLIA Ciel !
Lh bien ! Aurélia ?
Je viens, chéri...
Mascha ! Mascha !
pOHt)FF
AU Ri': LIA POI'OFF MASCHA
Je viens, Casimir !
Aurélia et Mascha entrent dans la maison. SCENE VI NADINA, BUMERLI, puis MASCHA, puis AURELIA. puis POPOFF
BUMERLI
entrant, une valise à la main.
Pardon, mademoiselle, esl-ce que ?
XADI.NA Vous ! vous ! oh ! (Elle s' évanouit dans ses hras). BUMERLI
la recevant.
Tiens, la p>etite de la fameuse nuit... Elle est toute bouleversée. Comme elle m'aime ! Nadina ! (// l'assied et essaie de la faire reoenir à elle) Voyons, Nadina... Elle ne m'entend pas.
MASCHA entant.
Nadina, impassible de... (Bumerli se retourne) Ah ! vous, vous, je... {Elle s'évanouit dans ses bras).
BUMERLI La F>etite cousine de Nadina. Elle m'aime aussi. (// assied Maâcha sw une chaise) Décidément, j'aurais dû prévenir. Revenez à vous, saperlotte !
NADINA soupirant.
Oh ! oh ! oh !
BUMERLI
courant à elle.
Elle revient à elle ! Non ! non ! Elle ne revient pas,
AURÉLIA
entrant.
Le veston ! qu'est-il devenu 7 Vous ! oh ! oh ! {Elle s'éûanoult dans les bras de Bumerli).
BUMERLI .Ah ! mon Dieu ! Elles m'aiment toutes. MASCHA
reûenant à elle.
Misérable !
NADINA
même jeu.
Scélérat !
Mécréant ! Comonent osez-vous revenir ici } Partez vite.
BUMERLI Un instant, chère madame, je suis venu vous rapporter le coin de feu que vous m'avez si généreusement prêté. XADINA, MASCHA, AURÉLIA Le veston !
AURÉLIA Où est-il ?
BUMERLI
Là-dedans ! (// ûa pour ouvrir sa mlise. Pcpoff paratt).
PUl'OFF t.nfin ! Où est donc mon veston ?
BUMERLI
montrant la valise.
Là...
POPOFF Hein ! vous ! (// rit).
BUMERLI Oui ! mais ne vous évanouissez pas, ne vous évanouissez pas!
Le Suisse qui était si rigolo ! Mon brave Bumerli ! Vous saviez donc me trouver ici ?
BUMERLI
Parbleu ! On vous trouve toujours où il y a de jolies femmes. Farceur !
POPOFF Ah ! jeune vaurien ! il faut eue je vous présente à ma famille, vous ne vous connaissez pas. Ça, c'est ma vieille dame. (rr]\cntrant A urélia) .
AURÉLL\ Oh !
POPOFF Pardon ! cette vieille dame est ma femme ! Voilà ma fille Nadina. Et ma jeune cousine Mascha. Elle est très gentille, hein }
BUMERLI Mesdames, je suis très honoré de faire votre connaissance.
XADLNA, MASCHA, AURÉLIA Moi aussi ! {Salutations).
POl'OFF Allons, pas de cérémonies, faites donc comme si vous étiez déjà venu. Vous tombez bien, on va s'amuser. Vous resterez jusqu'après la noce.
BUMERLl
Quelle noce ?
PO PO FF La noce de ma fille avec le héros de Slivinski, le major Alexius Spiridofï.
BUMERLl Ah ! j'ai peur de ne pas pouvoir ! {Reprenant sa oalise).
PO PO FF Pas de cérémonies ! Vous pouvez ! Donnez-moi votre valise. AURÉLIA prenant ûiûement la valise à Popojj.
Non ! non ! c'est moi qui l'emporte.
POPOFF Vous voyez. Vous avez déjà fait la conquête de toutes les feirires. Nadina sera enchantée que vous restiez, n'est-ce pas?
BUMERLl Qui vous l'a dit ?... Je veux dire qui vous le fait croire ?
MA se H A Nadina sera enchantée que vous restiez, n'est-ce pas ? [Elle caresse le mentcn de Popojj).
POPOFF Et toi aussi. Viens préparer sa chambre. [Us sortent).