‹ Le soldat de chocolatChapitre 9 sur 35 · SCENE VII NADINA, BUMERLI, puis MASCHA et AURELIA · texte numérisé non relu

SCENE VII NADINA, BUMERLI, puis MASCHA et AURELIA

NADINA Dieu merci, ils sont partis ! Sortez ! Mais il ronfle ! Allons ! Réveil lez- vous, mon ennemi. Ah ! ça réveillez-vous... Lieutenant Bumerli.., mon ami...

BUMERLI Mon général, la place est prise.

NADINA Réveillez-vous !

BUMERLI

Se rêûeillant.

Oh ! pardon ! chère madame, est-ce que j'aurais dormi ?

NADINA A peine.

BUMERLI Ah ! je me souviens ! Les soldats ! Ce massacrant Massakroff là, c'est celui que j'ai giflé ! Je vous demande pardon.

Mademoiselle... C'est, vous comprenez, la fatigue, la poursuite... et puis ces sacrés canons qui ne partaient pas... Toutes mes excuses. Je ne peux pas ouvrir les yeux.

.XADI.NA Pauvre gcirçon ! il est exténué ! {On entend frapper à la porte) Sapristi ! Ils reviennent, {te secouant) Monsieur... Mon ami. Monsieur... pensez à mon honneur.

Bl'MKRLl C'est bon... posez-le là.

\.\DIN.\ Si on vous trouve ici !!!

blm?:rli Ah ! encore ! Visite de la douane pvour les petits bagages.

NADIXA Cachez-vous vite... C'est pour moi.

BUMERLI Ah ! pardon... Allons, soldat de chocolat! C'est pour elle... A la même place ?

NADINA Oui ! Oui !

Bwnerli se cache derrière le rideau.

Nadina iM ouvrir la porte à Mascka, premier plan.

MA se H A Oh ! dis-le moi... dis-le moi oiJ il est > NADINA

Qui ?

MASCHA Tu sais bien... {montant le revolver) l'homme qui a apporté ça ici.

NADINA Laisse cela, il n'y a personne ici.

MASCHA Je ne le diraf à personne si tu veux me laisser jeter un petit coup d'oeil sur lui.

XADINA Non ! non ! il y a...

•MASCHA Il y a si longtemps que je n'ai vu un homme, je t'en prie, montre- le moi... juste un petit regard !

qui a ouûerf le rideau.

Oh ! voyons ! laissez la pauvre fille me voir !

NADINA Oh ! comment pouvez -vous ?...

BUMERLI Je ne pouvais rester caché plus longtemps !

MASCHA Oh ! il est adorable !

BUMERLI Regardez-m.oi, mon enfant ! Amusez -vous. C'est ta\A ce que vous pourrez voir p>our le moment. Dieu ! que j'ai sommeil ! (// s'assied sm le Ut).

MASCHA Oh ! qu'il est beau !

BUMERLI . Ce n'est rien auprès de ce que je serai afwès quelques heures de sommeil. (// se couche complètement).

NADINA Allons ! levez -vous, vous ne pouvez rester ici.

MASCHA Vous ne pouvez rester couché avec vos bottes !

BUMERLI Si ! je peux... Ce n'est pas mon lit !

NADINA Allons , levez-vous 1

.M.\.SCil.\ Laisse-le tranquille, le pauvre chéri.

N.XDINA Il n'est pas ton pauvre chéri.

M A se H A Kst-il le tien ? {On frappe) Massakrofî ! Levez-vous, venez, je vous sauverai. {Elle le tire à elle).

-NADINA

le tirant à elle.

Tu ne saurais pas... moi je le sauverai.

-MASCUA

mime jeu.

Non ! non !

lUMERLI Je ne veux pas être sauvé; je veux seulerr.ent dormir.

AURÉLIA

à la porte.

Ouvrez-moi tout de suite.

NADINA Ma mère.

BOIERLI Votre frère ?

XADTNA Non, ma mère !

BUMERLI Votre mère ! je la recevrai demain matin. MassaJbofï et ses massacreurs ne sauraient me tirer de là. Venez, nous allons tous dormir. Il est l'heure de se coucher.

XADIXA Je fais appel à votre honneur.

Il a sommeil. {Nadina lui fait signe) Très bien. Mais ça. c'est le dernier appel. Je suis fatigué de jouer à cache-cache! (// se lève et retourne se cacher derrière le rideau. Nadina oa cuûrir à Aurélia).

AURÉLIA Pourquoi n'avez-vous pas ouvert tout de suite ? Pourquoi m'avez-vous fait attendre ? Mascha, que faites-vous ici ?

XADIXA

gênée, cherchant ses nt<ots.

J'étais bouleversée, souffrante, ne pouvant m'endormir, je l'ai appelée... et elle est venue me tenir compagnie.

AURÉLIA A vous ? ou au Serbe qui est caché quelque part dans cette chambre î*

XADIXA Mère, comment pouvez-vous penser ?

MASCHA Tante, pouvez-vous croire ?

AURÉLIA Fille, pouvez-vous dire ? {prenant le revolver) Voulez-vous m'expliquer comment ce revolver est ici dans votre chambre ? Ce Serbe est caché quelque part. Il y a un homme ici... Je dois et je veux le voir. Montrez-le moi.

BUMERLI

écartant le rideau.

Voyons, laissez-la me voir aussi. ,

AIRKLIA Ciel ! un ennemi !

Hl MKKI.I Non ! pour le moment je suis neutre !

Un Serbe !

BUMERLI Non... un Suisse... Lieutenant Bumerli, engagé volontaire, offider instructeur... Mademoiselle...

AIRKI.IA Pardon... Madame...

m .MKRLI Surprenant !... mariée ou veuve ?

AURÉLIA Peu vous impMDrte. Comment êtes-vous ici ?

BUMERLI Votre sœur vous expliquera.

AURÉLIA Ma sœur ?... elle est ma fille.

BUMERLI Surprenant ! Vous êtes beaucoup trop jeune pour être une maman.

.AURÉLIA Ce Suisse est vraiment très s)mipathique.

BUMERLI

s'asse})ant sur le canapé.

Pardon, un éblouissement, la fatigue... la faim...

AURÉLIA Oh ! le pauvre cher.

BUMERLI Chère mademoi... madame, comme vous êtes bonne ! J ai compris dès notre première rencontre, que nos natures sjmipathisaient...

AURÉLIA Nadina, apportez au pauvre cher quelque chose à manger.

BL'MERLI E.t quelque chose à boire.

AURÉLIA Oui... du Champagne pour le pauvre cher !

NaDLNA Oui ! maman. {Elle sort).

BUMERLI Du Champagne. Oh ! comme vous m'êtes sympathique. (// lui embrasse les madns) Et dire que je dois vous quitter demain.

AURÉLIA 5e levant.

Vous ne pouvez pas rester jusqu'à demain.

BU:\IERLI Alors, je resterai jusqu'à après-demain... Je dormirai bien

toute une journée !

AURÉLIA

Mais si l'on vous trouve avec cet uniforme ? BUMERLI

Je serai pris... fusillé.

AURÉLIA

Fusillé !... Un si bel homme ! Vous ne pouvez sortir ainsi, avec cet uniforme... Je vais vous faire donner un vêtement qui vous permettra de fuir sans danger. Mascha, allez chercher le veston de Casimir.

M.\S( Il A Bien, ma tante.

iumi:ri.i Et le pantalon de Casimir.

.mki':li.\ Le pantalon de Casimir... pourquoi ?

BLMKRI.I Mais pour sauver les apparences... Mais si cela vous est égal ?... A moi aussi... Je peux m'en passer pour une fois. (// rit et s'étend sur le carxapc. Il s'endort).

AIRKI.IA Pauvre petit ! Il est charmant... Après tout ce n'est pas un ennemi... je veux qu'il garde un bon souvenir de moi... Comme il a de beaux cheveux...

-MASCHA entrant avec le veston et sa photographie, va au bureau pGVhr écrire une dédicace.

De Mascha au Suisse qui p>eut s'en passer pour une fois. {après avoir écrit) Voilà le veston !

ArRÉLIA Ne l'éveille pas !

:\rASCHA Il rêve, le pauvre petit trésor.

AURÉLIA Pose ça là, et va dire à Nadina de ne rien oublier pour le souper du pauvre cher. {Mascha sort) Je suis sûre que Nadina a un portrait de moi par ici. Ah ! le voilà. Je vais le donner au pauvre cher, {écrivant :) Aurélia à son pauvre cher... Il a des cheveux si doux, si soyeux.

NADLNA

entrant, suivie de Mascha.

Maman, qu'est-ce que vous faites ?

AIRÉLIA Pose ça là, je le servirai.

Non, moi je lui donnerai à manger plus tard.,. Vous n avez pas besoin d'attendre, mère, {vopant le veston) Qui a apporté le veston de papa ?

MASCHA

Moi.

AURÉLIA Chut ! pas si haut, je vais le prêter au pauvre cher pour s'échapper... Je veillerai sur lui jusqu'à ce qu'il s'éveille.

XADIXA Mais non, mais non, nous le veillerons chacune à notre tour, je suis la première, toi la seconde, Mascha la troisième.

AURÉLIA Très bien.

XADIXA, MASGHA, AURÉLIA Trois femmes rêvaient près du foyer. Le cœur privé de tendresse.

Chacune pense à l'étranger.

Soudain, chacune à lui s'intéresse.

XADIXA Il sut toutes les enjôler.

Et quand il lui fallut s'en aller Malgré l'attrait de leurs charmes XADIXA, MASCHA, AURÉLIA Il fit couler bien des larmes.

Hélas !

MASCHA Des trois la plus modeste Se lamentait tout bas.

Ton souvenir me reste, Bientôt tu reviendras Tira-la-la. Tira-la-la.

Tout passe C'est un regret qu on chasse.

Tira-la-la.

L'n souffle vain.

Un refrain

Tira-la-la.

Une amourette, un rien.

AURlî:i.IA Des trois la plus aimante Regrettait 1 ' inconnu .

Son image me hante Depuis qu'il est venu.

Tira-la-la. Tira-la-la.

Tout passe .Mais en moi rien n'efface.

Tira-la-la.

L'instant trop court

De l'amiour

Tira-la-la.

J'attendrai son retour.

NADINA Des trois la plus jolie Disait : Ça m» est égal.

L'aimer serait folie.

Et s'il m'oublie :

Je m'en rr.oqxie pas mal.

Tira-la-la. Tira-la-la.

La chose Ne peut que l'amuser.

Tira-la-la.

Le songe rose.

Pose Tira-ia-la. Sur son front un baiser.

MASCHA II dort !

AURÉLIA II dort !

.\AD1NA Enfin voici qu'il sommeille, La fatigue a fermé ses yeux.

Il dort, bercé d'un songe heureux. Allez dormir puisque je veille.

AL'RÉLIA II dort !

MASCHA • 11 dort !

NADIXA II dort !

AURÉLIA Tira-la-la. Tira-la-la.

Dieu fasse Que l'on perde sa trace.

Repose en paix, cher amour.

Repose jusqu'au jour.

MASCHA Tira-la-la. Tira-la-la.

Tout passe.

C'est un regret qu'on chasse.

Tira-la-la.

Un souffle vain, Un refraiiî Une amourette, un rien.

Page 1