‹ Le soldat de la République;Chapitre 2 sur 29 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SOLDATS PLÉMONTAIS* Habitans, Hommes, Femmes, En fans , puis bientôt après, ALBANI.

Au lever du rideau , on entend au loin le bruit de la fusillade; un corps de troupes piémontaiscs traverse, la, scène et court en hâte, du côté où semble avoir lieu l'action. Des babitans armés s'arrachent des bras, de leurs femmes , et vont se joindre à eux.

ALBANI, sortant de chez lui, et de Cair le plus occupé. Bien , bien, mes amis, très bien! c'est ça de l'enthousiasme!., du courage!., quand le pays est en péril, il faut que chacun prenne sa part du danger... (Voyant tous les hommes partis, et se parlant à lui-même.) excepté l'autorité qui ne doit jamais s'exposer ni se compromettre. [(Sy adressant aux femmes.) Allons, allons, séchez i os pleurs, vous ne tarderez pas à les revoir.

PREMIÈRE FEMME. Vous croyez, M. Albani ?

ALBANI. J'en suis sûr... de quoi s'agit-il, de donner un simple coup demain à nos troupes, afin d'empêcher une poignée de Français, de rejoindre son corps d'armée, en ce moment aux environs de Montenottc?.. ils n'auront qu'à se montrer pour les mettre en déroute.

DEUXIÈME FEMME. Que le ciel vous entende!

ALBANI , continuant. Quelle résistance voulez-vous que leur opposent de malheureux soldats, qui, dit-on, manquent de tout? et je vous demande un peu s'il n'y a pas folie à leur république , après ce qu'elle a d'efforts à taire pour se défendre elle-même sur tous les points , d'envoyer à la conquête de notre belle Italie, un général de vingt-sept ans, ce Bonaparte.-

avec ses trente-un mille hommes, et ses trente canons , contre notre armée coalisée, forte de deux cents pièces, de quatrevingt-mille combattons , et commandée par les Sibattendorf, les Leton, les, Beau lieu, les ÇolUl c'est une échauffourée dont pas un ne réchappera, et ce sera bien fait ; et certes je serai un des premiers à m'en réjouir, car je déteste ces Français à un point!..

PREMIÈRE FEMME. Ce qui ne vous a pourtant pas empêché de louer à l'un deux cette petite maison.

ALBANI. Ceci est une autre affaire; l'argent est de tous les pays et de toutes les opinions; d'ailleurs, je ne le vois pas, je ne lui parle pas, et à l'exception des époques où il doit me payer, j'ai pour lui une aversion non équivoque... [Réfléchissant.) Eh! mon Dieu! en parlant de cet homme il me vient pour la première fois une idée... si c'était un émissaire; quand il est arrivé ici , il y a environ cinq semaines, la guerre n'était pas encore déclarée , et il n'y avait aucune raison pour que j'agisse envers lui, autrement que je n'ai fait, mais maintenant, sa manière de vivre, son air mystérieux. ..

PREMIÈRE FEMME. Eh , ma foi, vos soupçons pourraient bien être fondés; sait-pn ce qu'il fait? presque toujours enfermé chez lui...

DEUXIÈME FEMME. Ne fréquentant personne, non plus pjue sa femme.

PREMIÈRE FEMME. Ces gens-là sont suspects, et comme dans un moment tel que celui-ci, on ne saurait prendre trop de précautions, vous devriez en votre qualité de podestat, vous assurer...

DEUXIÈME FEMME La voisine a raison .

ALBANI. Sans doute, sans doute; seulement, je pense que, vu les événemens de cette journée, il serait peut-être prudent d'attendre...'

PREMIÈRE FEMME A quoi bon, c'est à l'instant même qu'il faut que vous sachiez ce qu'ils sont.

TOUTES. Oui, oui, à l'instant même... (Frappant à la porte de la maison de Jutes.) Ouvrez! ouvrez!..

ALBANI, voulant les retenir. Mais songez donc que dans ce moment... car enfin , ce n'est qu'un soupçon vague, et si par hasard la chance des armes. . .

PREMIÈRE FEMME. N'importe il faut savoir à quoi s'en tenir ! (Frappant de nouveau.) Ouvrez! ouvrez!

ALBANI, à part. Diable de populace, qui ne calcule rien, et qui a presque plus d'autorité... que l'autorité.

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