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EN PRÉPARATION

Les APPLICATIONS DE LA PHYSIQUE aux Sciences, à l'Industrie et aux Arts.

Paris. — Imprimerie générale de Cli. Latiurc, rue de Fleurus, S.

Le Soleil est la vie de ia Terre.

C’est la source commune, le trésor inépuisable oü s’alimentent, depuis des millions de siècles, toutes les énergies terrestres, les puissances mécaniques et physiques comme les forces des êtres vivants, végétaux ou animaux. C’est le Soleil qui fait de notre globe, au lieu d’un morne désert, plein de ténèbres et de silence, le séjour delà lumière et de la chaleur, du mouvement, en un mot de la vie.

Le cœur se resserre et l’imagination s’effraye à la seule pensée que ce flambeau du monde pourrait un jour s’éteindre, et cesser d’envelopper de ses effluves fécondes la Terre que nous habitons et toutes les erres soumises à. sa puissance. La probabilité d’un événement aussi terrible est bien faible sans doute; mais nous verrons que les annales du ciel en offrent des exemples. Dans tous les cas, il peut être intéressant d’en montrer toutes les conséquences, pour mieux comprendre quel rôle bienfaisant joue vis-à-vis de notre monde l’astre radieux.

Les peuples primitifs, dans leur ignorance naïve, avaient fait du Soleil le grand dieu de la nature ; l’adoration du feu et de la lumière est au fond de toutes les théogonies. Cette instinctive reconnaissance se rencontre encore, non-seulement dans les peuplades qui vivent loin du contact de la civilisation, mais jus-

qu’au sein de nos [populations rurales, comme le témoigne l’anecdote suivante, rapportée par Arago dans son récit de l’éclipsejtotale de Soleil, de juillet 1842 :

« Un pauvre enfant de la commune des Sieyès (Basses-Alpes) gardait son troupeau. Ignorant complètement l’événement qui se préparait, il vit avec inquiétude le Soleil s’obscurcir par degré, car aucun nuage, aucune vapeur ne lui donnait l’explication de ce phénomène. Lorsque la lumière disparut tout à coup, le pauvre enfant, au comble de la frayeur, se prit à pleurer et à appeler au secours!... Ses larmes coulaient encore lorsque le Soleil donna son premier rayon. Rassuré à cet aspect, l’enfant croisa les mains en s’écriant : O beou souleou ! (O beau Soleil !) »

Cette exclamation n’est-elle pas comme un écho lointain de l’antique idolâtrie? Aujourd’hui, dans les masses, toute trace d’une superstition de ce genre a sans doute disparu; mais l’ignorance est restée, et l’indifférence a succédé à l’enthousiasme. L’agriculteur laboure et fume ses champs, puis il leur confie la semence, et compte sur la pluie et le beau temps pour mener à bien la moisson. Cherche-t-il à se rendre compte de la façon dont opèrent les rayons de ce Soleil qui travaille avec lui? S’est-il demandé jamais ce que c’est que ce puissant ouvrier, sans lequel tous ses labeurs seraient vains et sa terre stérile; comment il se fait que la nuit et le jour.se succèdent avec des durées périodiquement inégales ; pourquoi l’été et l’hiver, le printemps et l’automne; quelles sont les causes de ces phénomènes pour lui si pleins d’intérêt, les vents et les pluies, les temps sereins et les orages? L’industriel qui alimente sa machine de houille, transformant l’eau en vapeur, puis en force, qu’il distribue dans ses vastes ateliers, ne songe guère non plus quelle est la source originaire de toute cette puissance.

C’est au Soleil, nous l’avons dit et nous le montre-

rons, qu’il faut attribuer toutes les merveilles dont le travail de la nature et le travail de l’homme ont enrichi la Terre. La science aujourd’hui est en état de démontrer cette thèse, voilée jadis sous les symboles, dégagée de tout ce que la primitive ignorance y avait joint de superstition.

Voilà pourquoi la pensée nous est venue d’écrire ce petit livre, destiné à tous, excepté aux astronomes et aux savants qui ont en main tous les documents que 'nous avons mis en oeuvre, et en savent plus que nous d’ailleurs sur ce sujet.

Nous avons précédemment invité nos lecteurs à faire avec nous un petit voyage de cent mille lieues — une bagatelle — et à explorer la Lune, ce fidèle satellite de la Terre. Cette fois-ci, la route sera plus longue ; mais c’est à l’astre puissant d’où la Terre et toutes les planètes sont probablement sorties, qu’il s’agit de rendre hommage, et, par reconnaissance filiale autant que par curiosité, nous pouvons bien nous décider à faire franchir trente-sept millions de lieues à notre imagination. Un convoi de chemin de fer [mettrait, trois siècles et demi; il nous faudra seulement quelques heures, et nous rapporterons, j’espère, de notre excursion, un assez bon nombre de faits curieux. Nous mesurerons le Soleil, sa circonférence, son volume; nous le pèserons dans la balance des astronomes, et nous évaluerons avec les physiciens l’intensité de sa chaleur et de sa lumière. Enfin, après avoir reconnu qu’il tourne sur lui-même et déterminé la durée de sa rotation, nous explorerons tous les points de son immense surface, de ce vaste océan de feu; nous en étudierons les tourbillons et les tempêtes qui de loin se montrent, dans les télescopes, sous l’aspect de taches plus ou moins sombres, et ressemblent à des trouées gigan-

tesques où notre pauvre petit globe s’engloutirait oomme une pierre dans un puits.

Après avoir exploré ainsi de près l’immense sphère lumineuse, dont la puissance force à circuler autour de lui, en des périodes régulières, plus de cent planètes et des comètes innombrables, nous nous en éloignerons par la pensée, jusqu’à ce qu’il ne nous apparaisse plus que comme un point perdu dans le monde des étoiles. Nous chercherons alors sa place dans la grande nébuleuse de la Voie lactée, et nous verrons qu’il se meut lui-même dans l’éther, entraînant avec lui tout son* cortège vers un point de l’espace situé dans la direction de la constellation d’ Hercule, satellite à son tour de quelque soleil inconnu ou d’un groupe de soleils.

Tel est le programme sommaire de la pérégrination astronomique à laquelle nous convions le lecteur curieux des choses du ciel, et qui s’est posé quelquefois cette question tant soit peu embarrassante : « Qu’estce que le Soleil? »

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