‹ Le soleil (volume 2)Chapitre 39 sur 50 · H II · texte numérisé non relu

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le spectre dû à l'explosion d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène, mais il a été mis hors de doute par les expériences de M. Cailletet, faites sous une pression de 5o atmosphères. Alors le spectre de l'azote et celui de l'hydrogène deviennent brillants et continus. On ne peut pousser plus loin les pressions, car le verre devenant conducteur de l'électricité, à cause de sa haute température, la lumière disparaît subitement. On ne passe pas brusquement d'un spectre linéaire à

(' ) La quatrième raie n'est pas représentée dans la figure.

un spectre continu : on voit d'abord les raies peu lumineuses à la pression ordinaire s'élargir et se dilater progressivement; à i5 atmosphères elles paraissent estompées; à mesure qu'on augmente la pression, elles s'étendent davantage et finissent par remplir complètement les intervalles qui les séparaient : alors le spectre est continu, et, même avec une étincelle d'un tiers de millimètre, la lumière est assez vive pour éclairer un vaste laboratoire. (Cailletet.)

On a beaucoup discuté sur l'origine des spectres multiples des gaz : quelques savants pensent que chaque gaz possède réellement des spectres différents, suivant les circonstances; d'autres pensent qu'il faut attribuer ces différences à des impuretés sans lesquelles chaque substance aurait un spectre unique. On s'est demandé si les changements que présente le spectre tiennent à la différence de pression ou bien seulement à la variation de la température. Cette dernière cause semble avoir la principale influence, l'accroissement de pression n'ayant d'autre effet que d'exiger une température plus élevée. Lorsqu'on fait passer la décharge de la bobine dans un tube qui n'a pas partout le même diamètre, on observe dans la partie la plus large un spectre à bandes, tandis que la partie étroite donne un spectre linéaire. Les phénomènes que nous venons de signaler sont très-importants ; nous nous contentons d'en exposer brièvement les lois. Les physiciens ne sont pas tous d'accord dans la solution de ces questions; mais il paraît que l'opinion qui admet la possibilité des spectres multiples pour une même substance, selon la température, gagne du terrain.

4° La plupart des métaux donnent des spectres discontinus composés de quelques raies brillantes qui séparent de larges bandes obscures. Ces spectres ont donc une composition inverse de celle du spectre solaire, dans lequel domine

la partie lumineuse. 11 y a cependant quelques substances qui donnent un spectre composé d'un grand nombre de raies brillantes, le fer par exemple, surtout quand on le soumet à l'action d'une forte pile de Bunsen. En employant, comme l'ont également fait MM. Angstmm et Thalèn, une pile de cinquante éléments, nous avons compté jusqu'à cinq cents raies. M. Thalèn en a compté deux cents dans le spectre du titane. Quelques métaux semblent, au premier abord, donner un spectre continu, dans lequel on remarque quelques raies plus brillantes : c'est ce qui arrive lorsqu'on brûle du magnésium. Dans ce cas le spectre continu provient de l'oxyde qui se forme et qui, porté par la combustion à une température élevée, se comporte comme un corps simplement incandescent, émettant des rayons de toute nature.

M. Cailletet a reconnu que, sous de fortes pressions, les raies des métaux deviennent diffuses et estompées, comme celles des gaz, et ils donneraient sans doute des spectres continus si l'on pouvait obtenir des pressions assez fortes, combinées avec de très-hautes températures. Lorsqu'on brûle du sodium en grande quantité dans l'arc voltaïque, on voit ses raies se dilater d'une manière très-remarquable : il semble donc que la largeur des raies peut dépendre, non-seulement de la pression, mais aussi de l'épaisseur plus ou moins grande de la couche de vapeur.

Lorsqu'on étudie les spectres des métaux avec l'étincelle d'induction, il faut bien se garder d'attribuer au métal toutes les raies qu'on observe. Un grand nombre d'entre elles appartient à l'air atmosphérique ou au gaz dans lequel se fait l'expérience; ces raies du gaz domineront dans le spectre si l'étincelle est courte et environnée d'une auréole : elles diminuent au contraire lorsque l'étincelle acquiert une longueur suffisante.

5° Le résultat le plus surprenant, c'est celui qu'on obtient en juxtaposant, comme nous l'avons indiqué, le spectre du Soleil et celui d'un métal. On trouve que, pour un bon nombre de substances, les raies brillantes correspondent exactement à certaines raies noires du spectre solaire : ainsi les raies caractéristiques du sodium coïncident d'une manière précise avec les raies T) de Fraunhofer; les raies que l'hydrogène produit dans le rouge, dans le bleu et dans le violet, coïncident avec les raies C et F, et avec la trente-huitième et la quarante-sixième de Van der Willingen (voir le tableau qui se trouve à la fin du Chapitre précédent). Les raies du fer correspondent également à des raies bien déterminées de la lumière solaire. M. Kirchhoff a trouvé plus de soixante coïncidences; Angstrom en a trouvé jusqu'à quatre cent quatre-vingt-dix et plus. Dans le tableau que nous avons inséré à la fin du Chapitre précédent, nous avons indiqué le nom des substances dont les raies correspondent à celles du Soleil; mais notre tableau est incomplet, et nous aurions pu ajouter un grand nombre de métaux dont le nom n'y figure pas ; mais notre intention n'est pas de donner un traité complet de spectroscopie.

On aura des indications plus complètes en étudiant la figure spectrale de M. Kirchhoff dans les quatre planches reproduites dans les Annales de Chimie et de Physique (3e série, tome LXVIII, mai i863, et 4e série, tome I, avril i864) : les parties inférieures des échelles partielles représentent les raies métalliques qui correspondent à des raies noires du spectre solaire. Nous reproduisons, d'après M. Angstrom, la liste des raies dont on a ainsi constaté la coïncidence :

Hydrogène 4

Sodium 9

Baryum 1 1

Calcium 75

Magnésium 4~+"(3?)

Aluminium 2 (?)

Fer 49°

Manganèse 57

Chrome 18

Cobalt 19

Nickel 33

Zinc 2

Cuivre 7

Titane 200

Nous pouvons ajouter quelques noms à cette liste : M. Lockyer a dernièrement reconnu dans le Soleil la présence du strontium, du cadmium, du plomb, du cérium, de l'uranium; on y trouve donc tous les métaux appartenant au même groupe que le fer. M. Lockyer a cherché inutilement les métaux dont les oxydes se décomposent facilement : l'or, l'argent, le mercure, etc. Il n'a pas trouvé non plus le chlore, le brome, l'iode, etc. Nous avions déjà reconnu la présence du plomb.

§ II. — Spectres d'absorption.

La coïncidence des raies noires du spectre solaire avec les lignes brillantes de quelques spectres métalliques était trop extraordinaire pour ne pas exciter vivement l'attention des physiciens; mais, quoique cette coïncidence, au moins pour le sodium, fût connue depuis le temps de Fraunhofer, on n'avait encore trouvé aucune explication satisfaisante. Foucault avait remarqué une singularité que présente la combustion du sodium dans l'arc voltaïque. Ce métal donne d'ordinaire une ligne brillante correspondant à la raie D ; mais , lorsqu'on le brûle en grande quantité, on voit, dans certaines

circonstances, apparaître un spectre plus étendu et à peu près continu , dans lequel la ligne jaune est remplacée par une raie noire. Ce fait resta isolé et inexpliqué jusqu'au moment où Rirchhoff le rattacha à sa théorie générale. Cette ligne noire est produite, selon lui, par l'absorption qu'exerce la vapeur du sodium environnant le point lumineux.

Voici une expérience très-simple qui met bien en évidence

l'absorption produite par la vapeur de sodium. On prend deux lampes dans lesquelles on fait brûler une dissolution alcoolique de sel marin, et on les dispose de manière à ce que, pour l'observateur, elles se projettent en partie l'une sur l'autre, comme l'indique \&fig- 97. On verra que, dans la

Fig. 98.

région où les deux flammes se superposent, celle de derrière parait noire et fuligineuse : cet effet est dû à ce que les rayons émis par la flamme placée en arrière sont absorbés et arrêtés au passage par la vapeur qui se trouve dans la flamme placée en avant.

Lorsqu'on brûle une quantité considérable de sodium, on obtient, à la place des lignes brillantes, des raies noires bien prononcées et sensiblement dilatées [Jig. 98). Ce phénomène

s'explique également par l'absorption que produisent les vapeurs métalliques sur les rayons lumineux émis par la flamme. Ce renversement des raies du sodium présente une circonstance bien importante : l'absorption des rayons lumineux s'étend de part et d'autre à une grande distance, et les raies, tout en restant distinctes et nettement tranchées à l'intérieur, se dilatent sur leurs bords extérieurs comme de véritables bandes. Cette dilatation des raies noires se produit dans les mêmes circonstances que celle des raies brillantes; l'étendue occupée par ces bandes sombres est proportionnelle à la largeur que présenteraient les raies D s'il n'y avait pas renversement. Il parait donc que le sodium peut, dans certaines circonstances, donner de larges bandes à la place des lignes nettement tranchées qu'on observe ordinairement. Le thallium et quelques autres métaux présentent des phénomènes semblables.

On connaissait depuis longtemps des exemples d'absorption produite par des vapeurs. Par exemple, lorsque la lumière solaire a traversé une couche d'acide hypoazotique ou de vapeur d'iode, elle donne des raies qui n'existaient pas auparavant. Ce fait s'observe également lorsqu'on regarde à travers ces gaz une flamme ordinaire dont le spectre est continu; les raies dues à l'absorption s'y produisent également, et il est bien plus facile de les reconnaître.

Les gaz qui composent notre atmosphère ont aussi une puissance d'absorption assez considérable ; ils peuvent donc, en faisant disparaître certains rayons lumineux, donner naissance à quelques-unes des raies qu'on observe dans le spectre. Cette absorption atmosphérique étant d'autant plus grande que la lumière traverse une couche plus épaisse, le spectre doit varier avec la position du Soleil ; les raies doivent être moins nombreuses lorsqu'il est près du zénith, plus

abondantes lorsqu'il est près de l'horizon. Il est facile d'observer cette différence avec un simple prisme ou avec un spectroscope de poche de Hoffmann. ~L&Jîg. i, Pi. I, due à M. Janssen, donne une idée de ces variations pour la partie la moins réfrangible du spectre. Dans le rouge extrême, on voit se développer de larges bandes noires, qui n'existaient pas lorsque le Soleil était plus élevé. Dans l'orangé surtout, entre C et D, près de la raie 8/3 de Van der Willingen, on voit se former une ligne nommée CG par Brewster {fig. 2, Pi. I),

Fig. 99- Dec fjcU'dd. £

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suivie de plusieurs traits parallèles entre eux. Entre C6 et D il se forme ordinairement un très-grand nombre de lignes, et quelques-unes de celles qui existaient déjà deviennent notablement plus larges. Dans les Pi. III à VI du spectre normal de M. Angstrom on a estompé les lignes qui sont influencées par l'absorption atmosphérique.

Nous reproduisons dans la fig. 99 le groupe de lignes atmosphériques, situées entre 94,3 et io3,2 de Rirchhoff, tel qu'on le voit avec un spectroscope à sept prismes lorsque le Soleil est auprès de l'horizon. Ces raies sont beaucoup plus marquées en été qu'en hiver ; elles sont alors plus noires que la raie D, et l'ensemble de la partie sombre est plus étendu que la partie lumineuse qui forme le fond du spectre. Elles 1. n

sont aussi plus visibles lorsque l'air est brumeux et humide.

Au delà de D il se forme une grande bande nommée â par Brewster. Pendant l'hiver, elle est composée de raies trèsfines ; mais en été elle devient très-sombre, et les différentes lignes qui la composent laissent à peine un intervalle entre elles. Enfin on remarque un autre groupe dans le vert, à peu près au milieu de l'intervalle qui sépare b et F ; le violet eu contient également un certain nombre.

Quelques-unes de ces raies sont dues, sans aucun doute, aux gaz qui composent notre atmosphère; les groupes du vert, en particulier, appartiennent à l'azote. Celles qui se trouvent dans le jaune et dans le rouge sont presque exclusivement dues à la vapeur d'eau. Nous l'avons constaté en examinant ces spectres, dans différentes circonstances atmosphériques, en notant le moment où les raies apparaissent à mesure que le Soleil s'abaisse en approchant de l'horizon, et enfin en analysant pendant la nuit la lumière émise par des flammes situées à une grande distance. De plus, nous avons vu ces mêmes raies se manifester au moment où des nuages légers passaient devant le disque du Soleil, ce qui montre l'influence de la vapeur d'eau qu'ils contiennent. M. Janssen a confirmé cette explication en examinant la flamme d'un gaz à travers un tube rempli de vapeur d'eau à haute pression. Il pourrait cependant se faire qu'un certain nombre de raies soient dues à des substances encore inconnues, qui sont répandues en assez grand nombre dans notre atmosphère, surtout dans la saison chaude, où elle est chargée de vapeurs d'origine végétale qui sont généralement très-absorbantes. La plupart, cependant, dépendent assurément de la vapeur d'eau, comme nous l'avons prouvé en faisant simultanément des études spectrales et des observations hygrométriques.

§ III. — Renversement des spectres.

Il résulte de l'exposition précédente qu'un spectre peut être discontinu pour deux raisons bien différentes : i° parce que, en réalité, les rayons émis par la source lumineuse ne sont pas continus : telle est la lumière de l'étincelle électrique, celle des métaux volatilisés, etc.; 20 le spectre peut devenir discontinu par l'action absorbante d'une substance gazeuse ou d'une vapeur, et cette vapeur peut être celle de la substance brûlée. Les vapeurs métalliques étant très-absorbantes, comme nous l'avons vu pour le sodium, pourraient bien produire un résultat semblable dans la lumière solaire , et c'est de là que résulteraient les lignes noires du spectre. Cette idée si féconde se présente naturellement à l'esprit comme une conséquence de tout ce que nous venons de dire. Ajoutons cependant qu'il n'est pas nécessaire que les vapeurs soient incandescentes : il suffit que la température soit assez élevée pour réduire le métal à l'état de fluide élastique, température qui n'est pas la même pour toutes les substances. Ainsi Kirchhoffa pu constater l'absorption produite par le sodium avec des tubes pleins d'hydrogène qui contenaient la vapeur de ce métal à une température assez basse.

On peut reproduire cette expérience bien simplement, de la manière suivante : on dirige le spectroscope vers le Soleil, comme pour les observations ordinaires, puis on met devant la fente du collimateur la flamme d'une lampe dans laquelle on a mis une dissolution alcoolique de chlorure de sodium : on voit aussi les raies D devenir plus sombres et s'élargir considérablement, si la vapeur métallique est abondante. La flamme doit avoir des dimensions considérables. On réussira

plus facilement si, au lieu d'employer de l'alcool salé, on pose sur la mèche un peu de sodium ou de carbonate de soude.

Lorsqu'on brûle dans l'arc voltaïque certains métaux, le sodium, le thallium, le magnésium, etc., les raies, qui sont brillantes lorsque la flamme est petite, deviennent noires au milieu et bordées d'une lumière très-vive, si la flamme devient plus brillante; de sorte que la ligne brillante parait divisée en deux par une raie noire très-fine. C'est le renversement produit dans la région centrale par la petite atmosphère de vapeur métallique qui environne l'étincelle ('). Cette expérience, due à M. Cornu, est analogue à celle de Foucault dont nous avons parlé, et dans laquelle on analyse au spectroscope la lumière produite par la combustion d'une masse plus considérable de sodium. Nous l'avons vérifiée pour le sodium, le magnésium, le fer, le thallium, etc.

Toutes ces expériences supposent, comme condition essentielle, que la couche extérieure dans laquelle se produit l'absorption est à une température plus basse que la région d'où émanent les rayons. De là le principe fondamental de ces recherches : A une basse température, une vapeur absorbe précisément les rayons lumineux que la même substance émettrait si elle était incandescente. Ainsi la vapeur de sodium produit, par son absorption, des raies noires à l'endroit précis où le même métal produit des raies brillantes pendant sa combustion. Ce fait généralisé constitue ce qu'on appelle le renversement du spectre, et l'on peut énoncer d'une manière générale le principe suivant : Une vapeur absorbe précisément les T'ayons quelle est capable d'émettre lorsqu'elle est incandescente ; de sorte que le pouvoir émissif et le pouvoir ab-

(l) Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LXXI1I, p.33>.

sorbant sont complémentaires Vun de Vautre. Cette règle suppose toujours, comme condition essentielle, que la vapeur absorbante est à une température plus basse que celle du corps rayonnant.

La théorie physique de ces phénomènes est assez facile à établir par une simple comparaison entre l'optique et l'acoustique, comparaison à laquelle nous conduisent naturellement les idées actuelles, d'après lesquelles la lumière résulte des ondulations d'un fluide éthéré. Un grand nombre de corps sonores, à cause de leurs formes irrégulières, ne peuvent émettre que des bruits résultant d'une multitude de sons confus et correspondant à des longueurs d'onde différentes; il y en a d'autres, au contraire, qui, se trouvant dans de meilleures conditions, produisent des sons musicaux parfaitement définis et déterminés; ces sons musicaux sont produits par des vibrations toutes isochrones, et ils se propagent par des ondulations toutes de même longueur ; ils sont tout au plus accompagnés de quelques harmoniques à la quinte, à l'octave, etc.

Il se produit quelque chose d'analogue pour les corps lumineux. Les corps simplement incandescents, retenus et gênés par des liens moléculaires, émettent des ondulations de toute nature et de toute longueur, dont les indices de réfraction prennent toutes les valeurs possibles entre deux limites extrêmes : de là résulte nécessairement un spectre continu. Les mêmes substances réduites en vapeur, délivrées des entraves de la cohésion, vibrent avec plus de liberté, émettent des ondes lumineuses dont la longueur dépend uniquement de la masse vibrante et de sa force vive. Ces ondes sont en petit nombre et nettement définies ; tout au plus sont-elles accompagnées de quelques autres ondulations que nous pourrions appeler harmoniques et dont les longueurs ont des rapports

commensurables avec celle de l'onde principale. Par exemple, les raies C et F de l'hydrogène sont dues à des rayons dont les longueurs d'onde sont presque rigoureusement dans le rapport de 4 à 3, rapport qui caractérise en acoustique l'intervalle de Y ut au fa; la différence est seulement de -£j. La troisième raie du violet, comparée à la raie C, donne le rapport de j à ■£ , avec une différence également très-petite; en faisant abstraction de cette différence, nous aurions le rapport qui caractérise l'intervalle du ré au la. Dans plusieurs substances, les raies spectrales sont réunies par groupes (fer, magnésium, carbone, etc.); or, d'après M. Hinrichs, si l'on étudie les différentes raies d'une même substance, on trouve que leurs longueurs d'onde peuvent être représentées par les termes d'une progression arithmétique, et la raison de cette progression demeure constante pour un même groupe ; elle peut toujours s'exprimer par un nombre assez simple, qui dépend de la forme et du volume des atomes. Ajoutons cependant que les vibrations d'un corps ne se réduisent ainsi à un petit nombre d'ondes régulières que jusqu'à une certaine limite de température et de pression ; au delà de ces limites, les ondes de longueurs différentes deviennent de plus en plus nombreuses, et l'on finit par avoir un spectre continu. C'est ce qui arrive pour l'hydrogène dans les expériences de Cailletet et de Pliïcker ; on en voit encore des exemples dans la combustion vive du sodium, du thallium, etc.

Ces théories peuvent présenter quelques difficultés de détail, mais on ne saurait contester le principe général qui en est le fondement : les molécules parfaitement libres d'un gaz doivent vibrer d'une manière simple et nettement définie, absolument comme les corps de forme et de masse déterminées qu'on emploie en acoustique pour produire des sons musicaux d'une très-grande pureté.

Il arrive souvent que certains corps sonores, susceptibles de rendre des sons musicaux bien déterminés, se mettent en vibration par sympathie. Il suffit pour cela que, dans le voisinage, un instrument quelconque fasse entendre le son que ce corps est capable de produire, ou même l'une de ses harmoniques. C'est ainsi que les cordes d'un piano, d'une harpe ou d'un violon peuvent, sans avoir été directement ébranlées, se mettre à résonner sous la seule influence des ondes aériennes. Lorsqu'on parle devant un piano ouvert, on entend frémir les cordes qui sont d'accord avec la voix. Les belles expériences de Meyer prouvent que ces vibrations se transmettent à des diapasons placés à des distances très-considérables et qu'on peut les rendre visibles par des moyens trèssimples.

Les molécules d'un gaz doivent éprouver quelque chose de semblable, relativement à la lumière. Lorsqu'elles sont frappées par des ondes éthérées, ces molécules demeurent le plus souvent indifférentes, parce qu'elles ne sont pas capables de vibrer à l'unisson; mais, s'il survient un mouvement vibratoire correspondant à la longueur d'onde qu'elles peuvent elles-mêmes produire, ou ayant avec cette longueur un rapport assez simple, elles en subiront immédiatement l'influence, comme les cordes sonores subissent l'influence des vibrations aériennes. Mais alors les molécules ainsi ébranlées absorberont le travail de l'onde lumineuse qui les a frappées, et, le mouvement étant ainsi intercepté par le milieu qu'il allait traverser, le rayon lumineux cessera de se propager et semblera s'éteindre. Une couche de molécules gazeuses peut donc absorber les rayons qui lui sont sympathiques, c'est-à-dire ceux qui correspondent à la longueur d'onde qu'elle-même peut produire en vibrant, ce qui revient à dire qu'une substance réduite à l'état de gaz ou de vapeur absorbe précisé-

ment les rayons que cette même substance est capable d'émettre lorsqu'elle est incandescente. Il est bien vrai que, par le fait même de cette absorption, la masse gazeuse augmente la force vive qu'elle possède, que sa température s'élève et que, par suite, elle devient elle-même rayonnante, ce qui tend à substituer une raie lumineuse à la raie noire qu'elle produit; mais la ligne noire ne pourra disparaître qu'au moment où la couche gazeuse aura acquis un éclat égal à celui de la source, condition impossible à remplir lorsque la masse de gaz présente une assez grande épaisseur. Ainsi ces raies ne sont pas absolument noires, ce qu'on vérifie facilement sur le Soleil pour le sodium et pour quelques autres métaux.

Il arrive quelquefois qu'une masse incandescente émet des rayons qui se trouvent en dehors des limites des ondes normales; elle donne alors un spectre dont les raies lumineuses sont estompées. C'est ce qui arrive lorsqu'on brûle dans l'arc voltaïque certains métaux, tels que le sodium, le thallium, etc. Dans ce cas, les mêmes vapeurs ne se borneront pas à produire par absorption des raies noires linéaires : leur action absorbante s'étendra à distance, et les raies interverties seront elles-mêmes bordées de lignes estompées. C'est ce que nous avons vérifié pour les métaux que nous venons de citer.

Il peut encore arriver que l'absorption soit due à un gaz qui, au lieu de donner naissance à des ondes de même longueur que celles qui cherchent à le traverser, soit seulement capable de produire ce que nous pouvons appeler les harmoniques de ces mêmes ondulations. Alors l'absorption ne sera pas complète, les raies ne seront pas parfaitement noires, mais leur teinte plus ou moins foncée tranchera toujours sur le reste du spectre.

La théorie que nous venons d'exposer est actuellement admise par les physiciens, et l'on peut même dire qu'elle est

confirmée par la différence qui existe entre l'absorption produite par les gaz et celle qui est due aux corps liquides ou solides. Dans le premier cas, les raies sont ordinairement nettes, franchement terminées et parfaitement isolées les unes des autres; mais, lorsque les gaz sont soumis à des pressions trèsconsidérables, l'action moléculaire paraît déjà faire sentir son influence, et les raies deviennent diffuses. Lorsqu'il s'agit des liquides ou des solides, l'absorption produit des zones nébuleuses, larges et mal terminées, qu'on ne peut réussir à partager en raies simples, distinctes les unes des autres. Ce résultat est évidemment dû à ce que les liens moléculaires, assez forts dans les solides et même dans les liquides, sont faibles ou à peu près nuls dans les gaz.

Cette théorie est générale, et l'on peut l'appliquer à d'autres cas qu'à l'absorption des raies spectrales produites par les vapeurs des corps simples. On peut l'appliquer, par exemple, à l'absorption exercée, sur la chaleur rayonnante par les gaz composés. On voit alors que les liens de la cohésion moléculaire ne sont pas les seuls qui contribuent à déterminer la nature de cette absorption et que ceux de l'affinité chimique et de l'état de combinaison exercent aussi une influence très-considérable. Ainsi un simple mélange d'hydrogène et d'azote, comprimés de manière à occuper le même volume que le gaz ammoniac auquel ils pourraient donner naissance, absorbe une très-faible quantité de chaleur; il en est bien autrement de l'ammoniaque, qui, dans les mêmes circonstances, manifeste un pouvoir absorbant soixante fois plus considérable ; on en peut dire autant de l'oxygène et de l'hydrogène : leur mélange possède un pouvoir absorbant beaucoup plus faible que celui de la vapeur d'eau qui résulte de leur combinaison. Les gaz simples ont, en général, un pouvoir absorbant très-faible, et, par conséquent, ils émettent

aussi fort peu de lumière, même lorsque leur température est très-élevée; c'est ce qui fait que le mélange d'oxygène et d'hydrogène donne une flamme très-pâle, quoique très-chaude. Outre les radiations lumineuses, le Soleil émet aussi des radiations chimiques et thermiques; nous en parlerons plus tard. Appliquons maintenant à l'étude de la photosphère et de sa constitution les principes que nous venons d'exposer.

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