‹ Le soleil (volume 2)Chapitre 45 sur 50 · IM · texte numérisé non relu

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réellement à la protubérance. Dans une seconde observation, il analysa la lumière d'un second point, et il ne trouva plus qu'une seule raie située dans le violet, d'où il faudrait conclure que toutes les protubérances n'ont pas la même composition chimique. ,

L'existence de la raie F étant parfaitement constatée, on était bien sûr que le gaz hydrogène était l'une des matières composant cette protubérance ; mais il fallait déterminer la nature des gaz auxquels appartiennent les autres raies. La température était évidemment très-élevée et comparable à celle que produit le passage de l'étincelle électrique dans les tubes de Geissler. Du reste cette comparaison sert à expliquer la couleur rose des protubérances, puisque l'hydrogène se colore ainsi lorsque, après l'avoir raréfié, on l'illumine par une décharge électrique.

Cette étude était cependant incomplète, car il fallait s'assurer de l'identité des différentes raies. Cette détermination paraissait exiger qu'on attendit une nouvelle éclipse; mais M. Janssen nous a dispensés de cette longue attente par une découverte de la dernière importance. Il fut vivement frappé du brillant éclat de quelques-unes des raies des protubérances, et il se demanda alors si ces mêmes raies ne seraient pas visibles en plein jour. Malheureusement le ciel se couvrit de nuages peu de temps après l'éclipsé, et il lui fut impossible ce jourlà de vérifier sa conjecture. Dès le lendemain il se mit à l'œuvre, et il eut l'insigne bonheur de voir en plein jour les raies des protubérances. La fente de son spectroscope étant exactement tangente au bord du Soleil, à un endroit où la veille il avait remarqué une flamme, il aperçut une raie brillante colorée en rouge, correspondant à la raie C de Fraunhofer; puis, dans le bleu, une autre raie brillante correspondant exactement à la raie F. Ces deux raies sont précisément celles de l'hydrogène, et, par conséquent, ce gaz est la principale des substances qui composent les protubérances.

Le jour même où cette nouvelle arriva en Europe (20 octobre), M. Lockyer annonçait que, de son côté, il avait pu voir, sur le bord du Soleil, les raies de l'hydrogène accompagnées d'une raie inconnue située près de la raie D. Cette découverte était assez importante pour qu'on s'occupât immédiatement de la vérifier, et il nous fut possible d'y réussir le jour même où la nouvelle nous parvint. Les recherches furent alors poursuivies avec ardeur par un grand nombre d'astronomes. MM. Lockyer, Zollner, Rayet, Wolf se mirent à l'œuvre pour exploiter ce champ fécond, et nous avons essayé de rivaliser de zèle avec eux. Nous parlerons, dans le Chapitre suivant, de l'abondante moisson qui a été le fruit de

ce travail : nous devons en ce moment exposer la suite des études qui ont été faites sur le même sujet pendant les éclipses.

§11.— Spectre des protubérances et du bord solaire dans les éclipses postérieures de 1870 et de 1871.

L'étude des protubérances pendant les éclipses présente toujours un grand intérêt, ne fût-ce que pour constater l'identité des raies qu'on observe dans les deux cas , et l'exactitude des formes déterminées par l'observation spectrale. Cette étude fut donc reprise en 1869 par M. Harkness à Des Moines en Amérique, et par M. Young à Burlington ; ils employèrent pour l'observation des protubérances des méthodes plus parfaites et des instruments plus puissants que tous ceux dont on avait disposé jusqu'alors.

L'appareil se compose de deux lunettes unies ensemble et dont les axes sont parfaitement parallèles; l'une des deux est munie d'un spectroscope, l'autre est disposée auprès de la première comme un chercheur, mais elle est plus puissante que ne le sont les chercheurs ordinaires : il serait même bon que son pouvoir amplifiant fût égal à celui de la lunette spectrale. Elle contient un réticule composé d'une pointe trèsaiguë ou de deux fils très-fins croisés à angle droit, et l'appareil doit être assez bien centré pour que le même objet forme son image, d'une part à la croisée des fils du réticule dans le chercheur, d'autre part sur la fente du spectroscope dans la lunette principale. L'astronome peut donc, au moyen d'une échelle convenablement éclairée et bien fixée dans le spectroscope, examiner sans préoccupation les raies qui s'offrent à ses yeux, pendant que son aide, se servant du chercheur,

dirige successivement l'appareil sur les différentes protubérances qui environnent le disque de la Lune.

La Jîg. i43 représente la position exacte et la grandeur approchée des protubérances observées ce jour -là par M. Eastman. C'est à cette figure que se rapportent les lettres

Fijr. i/,3.

contenues dans le tableau suivant avec la position des raies correspondantes, indiquée d'après l'échelle de Rirchhoff.

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