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fusent cl pol.iriscnt ctrangonicnt les rayons lumineux qui les traversent, et, de plus, il a constaté que, au coucher du Soleil, les rayons qui passent auprès des nuag(^s peuvent être polarisés ('), ce qui permet d'élever des doutes sur la légitimité des conclusions de ceux qui ont constaté la polarisalion.
Les phénomènes observés au Soleil couchant se produisant dans des conditions assez semblables à celles des éclipses, on devra v attacher de l'importance et les étudier sérieusement. Nous avons fait une observation toute récente à l'occasion des expériences que faisait ]\I. Blaserna sur la lumière électii([ue. Il projetait le faisceau lumineux de la colline du \ iniinal sur ]Monte-]Mario ; lorsque les rayons passaient au|)rès de notre observatoire, sans cependant nous arriver directement de manière à nous faire voir le point lumineux, nous avons pu constater que la lumière qui éclairait l'air atmosphérique était fortement polarisée. La lumière qui rase le disque lunaire pendant les éclipses pourrait de même être polarisée par notre atmosphère qu'elle traverse ensuite.
Dans l'incertitude où nous mettent des témoignages contradictoires, nous nous contenterons de faire remarquer que les faits n'ont pas été bien constatés, qu'on n'a pas assez bien déterminé les circonstances dans lesquelles ils se produisent, et qu'on n'a pas les éléments nécessaires pour les expliquer et en tirer les conséquences. Ainsi il n'est pas prouvé que la polarisation observée pendant les éclipses soit due à une réflexion sur les molécules de l'atmosphère solaire ; il n'est pas prouvé que la couronne nous envoie d'autre lumière que celle qui lui est })ropre.
(■) Les Mondes, t. XIX, j.. 171.
Supposons, en effet, que l'air atmosphérique ou Ja vapeur d'eau ait le pouvoir de polariser la lumière par transmission, mais en petite quantité; ces quelques rayons seront comme noyés dans les torrents de lumière que le Soleil nous envoie en plein jour : on ne pourra pas en constater l'existence. Il n'en sera pas de même pendant les éclipses, lorsque la lumière du Soleil cesse d'arriver jusqu'à nous. Les faisceaux de rayons à peu près parallèles qui rasent les bords de la Luné produisent sin' nos yeux, comme nous l'avons déjà expliqué, l'effet de ravons divergeant en forme de panaches. Ces rayons, par l'action des molécules de gaz qu'ils rencontrent en les rasant, pourront se polariser d'une manière d'autant plus sensible que l'air est plus chargé de vapeurs.
Ce n'est pas une théorie que nous prétendons exposer ; nous hasardons une hvpothèse, et nous invitons les physiciens à étudier, avant la prochaine éclipse, cette question importante et curieuse; en attendant le résultat de leurs traAaux, nous ne pouvons que suspendre notre jugement.
§ VI. — Considérations générales sur la couronne.
Pour terminer l'étude de la couronne, nous devrions parler de 1 analvse spectrale de sa lumière; mais nous nous réservons de traiter spécialement ce sujet dans l'un des Chapiti^es suivants. Bornons-nous à résumer ici les conclusions qui résultent de tout ce que nous venons de dire.
1° Les dessins que nous avons reproduits montrent d'une manière évidente que l'étendue de la couronne est loin d'être uniforme. Nous l'afhrmons sur la foi des épreuves photographiques. Il est bien vrai que la forme de l'image ainsi obtenue dépend uniquement des radiations actiniques; il est cepen-
dant impossil^le d'aclmettre qu'il puisse exister des inégalités semblables dans l'activité chimique, s'il n'y avait pas des inégalités de même nature dans les radiations lumineuses. L'image photographique peut donc nous donner une idée exacte de la forme réelle de la couronne.
2° On peut se demander s'il n'y a point quelque relation entre ces apparences et quelque phénomène solaire déjà connu. Au premier coup d'oeil, on voit que la plus grande élévation de la couronne correspond à la région des taches et des facules ; on sait, en effet, que le maximum des taches se produit, non pas à l'équateur, mais dans les latitudes qui environnent le trentième parallèle. Il faut cependant remarquer que la région la plus élevée de l'aïu'éole dépasse considérablement la zone des taches, puisqu'elle s'étend jusqu'à 3o degrés des pôles et quelquefois plus loin. Nous avons cherché à nous expliquer cette différence, et nous avons reconnu qu'elle tient à la loi de distribution des protubérances et des facules. On admet que les facules accompagnent généralement les taches ; et cependant, en étudiant attentivement la surface du Soleil, dont nous projetions l'image dans une chambre parfaitement obscure, nous avons constaté que les facules, ou granulations brillantes, s'étendent bien au delà des limites des taches. Très-souvent, et surtout dans les périodes de grande activité, elles forment autour des pôles des zones bien tranchées et parfaitement visibles. Il semble que la partie la plus élevée de la couronne s'étend jusque-là, et nous le reconnaîtrons plus clairement encore lorsque nous aurons étudié les protubérances.
Une longue série d'observations nous a prouvé que cette distance aux pôles est très-variable ; à l'époque de la dernière éclipse (i2 décembre 1871), elle était si faible qu'on voyait des protubérances jusque sur les pôles, où d'ordinaire il n'y
en a pas. Nous verrons, dans les éclipses prochaines, si cette explication est fondée.
3** Quant aux ravons curvilignes de l'auréole qui ont été observés directement, et dont les observations photographicpies ne nous permettent plus de révoquer l'existence en doute, ils prouvent que les parties supérieures de l'atmosphère solaire ne sont pas occupées par des masses en repos, mais qu'il V a dans ces régions des mouvements extrêmement rapides. Cette conclusion, qui s'impose à tous ceux qui examinent sans prévention les photographies de lord Lindsav, avait vivement frappé M. Janssen pendant ses observations, et il l'a hautement proclamé à son retour des Indes.
Cette couche atmosphérique doit d'abord être animée d'une circulation calme et régulière, analogue, sauf la rapidité, à celle cpii existe dans l'atmosphère des planètes ; mais, en outre, il doit y avoir des mouvements violents et irréguliers, de véritables explosions, soudaines et gigantesques, provenant de masses considérables cpii sont lancées de bas en haut par les couches les plus basses. Au miheu de la circulation générale, il doit se produire des actions particulières et locales dont l'influence est d'autant plus grande qu'il s'agit de masses énormes portées à une température ti^ès-élevée. Il y a là toute une série de problèmes qui se posent naturellement à nous et dont la solution nous conduira sans doute à des conséquences inattendues. Qu'il nous suffise pour le moment d'ap- })rcndre par cet exemple combien il faut être réservé lorsqu'il s'agit de rejeter des faits constatés par des hommes éminents, pour cette seule raison que nous ne pouvons les expliquer.
On trouve une différence assez grande entre les figures qui représentent les différentes éclipses. Nous ne devons pas en être surpris, et il ne faut pas se hâter de l'attribuer aux débuts des observations. Ces différences peuvent exister réelle-
ment, aussi bien que les variations des taches et des protubérances. La dernière éclipse s'est produite à une époque de grande activité solaire : c'est pour cela peut-être que la couronne présenta nlors un plus grand éclat. Si une éclipse se produisait à une époque de calme, les apparences seraient tout à fait différentes.
4° On ne connaît j)as encore avec certitude l'étendue de la couronne, ou du moins de l'atmosphère qui en est le siège. Nous ne connaissons que la limite qui est déterminée par le pouvoir optique de nos instruments, par la sensibilité physiologique de nos organes et par l'impressionnabilité de nos préparations chimiques. Pour les régions qui dépassent ces limites, nous ne savons rien. Il peut exister là une matière plus raréfiée n'exerçant aucune action appréciable sur nos sens. On a supposé, et ce n'est pas sans raison, que cette atmosphère s'étend à une distance très-considérable, et que c'est elle peut-être qui produit la lumière zodiacale, comme l'avait déjà soupçonné Olbers; mais, sans aller aussi loin, nous pouvons bien penser qu'elle arrive jusqu'à l'extrémité des aigrettes, et nous verrons qu'il n'y a rien d'impossible dans cette hy|:)Othèse.
5** Tout le monde admet à présent que la couronne appartient au Soleil ; mais on peut se demander si l'on ne pourrait pas arriver à la voir en tout temps par un procédé quelconque, par exemple par des éclipses artificielles. Nous savons que, dans des circonstances particulières, M. Tacchini en a vu quelque chose auprès de l'horizon; dernièrement encore il a pu la voir complètement en plein jour. Voici ce qu'il nous écrivait le 28 mai 1871 : « Au zénith, le ciel était d'un bleu très-foncé; je n'ai jamais rien vu de pareil. A 9 heures, je regardais vers le Soleil en cachant son disque, et j'ai observé une auréole dont voici la forme [fig. 127). Après avoir fait
cette observation, je priai M. Delisa d'en faire une semblable, sans rien lui dire de ce que j'avais vu. Au bout de quelques
Fig. 127.
heures, il avait terminé son dessin ; en voici la forme [Jig. 1 28).
» Le changement de direction que nous remarquons dans
le plus grand panache tient sans doute au mouvement que la
sphère céleste avait exécuté dans l'intervalle des deux obser-
valions, r.c soir le Soleil parut à l'Iiorizon avec une traînée bien sensible, de forme triangulaire, avant une couleur jaune-
Fig. 128.
orange. Cette traînée était dans la din^ction de Jupiter et de A cnus. ))
En terminant sa lettre, ÎNI. Taccliini reconnaît l'importance du ])rojet que nous avions proposé, de faire des observations
semblables sur l'Etna, où l'atmosphère présente une teinte si foncée. Les essais que nous avons faits à Augusta à l'époque de l'éclipsé nous montrent qu'il y aurait là pour la science un intérêt de premier ordre. Le ciel de la Sicile est d'une pureté admirable ; celui de Rome parait en comparaison sale et brumeux.
Signalons encore une idée qui n'est pas sans importance. La science moderne a constaté qu'il existe des amas de matière cosmique, analogues aux nébuleuses, circulant comme des comètes dans l'intérieur du système solaire, et qui, au moment du périhélie, se trouvent très-voisins du Soleil. Ce fait n'est peut-être pas étranger à certaines apparences extraordinaires qui se présentent pendant les éclipses. Ne serait-ce point à quelqu'une de ces masses cosmiques, fortement éclairée par la lumière solaire, qu'il faudrait attribuer les ravons et les arcs recourbés dont nous avons déjà parlé plusieurs fois? Le temps pourra seul faire connaître la valeur de ces idées, qui ne sont en ce moment que de simples conjectures .
La couronne a donc son siège dans le Soleil et non dans la Lune, mais c'est un phénomène très-complexe. Elle est certainement lumineuse par elle-même, mais on n'a pas encore prouvé qu'elle est incapable de réfléchir la lumière solaire. Les limites apparentes dépendent principalement de l'activité du Soleil, mais elles subissent aussi l'influence de notre atmosphère. Ses limites véritables nous sont inconnues, et elle s'étend probablement jusqu'à la lumière zodiacale.