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CHAPITRE III

Le Soleil est le foyer autour duquel toutes les planètes décrivent leurs orbites. Il doit cette prérogative à sa niasse considérable, masse qui est ])resque mille fois plus grande que celle de tous les astres c[ui lui servent de cortège ('). Nous exposerons ici les pliéiiomènes planétaires qui sont intimement liés à la constitution du Soleil, sans cependant entrer dans les détails propres à un Traité de Cosmograpbie ou d'Astrononn'e. Pour ces détails, on peut consulter une foule d'Ouvrages spéciaux, parmi l(\squels on nous permettra d'indiquer notre Tableau physique du syslème solaire; Rome, i SSr^.

§ 1. — Formation du système planétaire.

Les savants sont de nos jours inianimes à admettre que notre système solaire est du à la condensation d'une nébuleuse qui s'étendait autrefois au delà des limites occupées actuellement par les planètes les plus lointaines. Cette nébuleuse était primitivement douée d'un mouvement de rotation très-lent, qui devait s'accélérer plus lard. D'après une loi mécanique connue sous le nom de loi des aires, cliaque particule

(') Selon M. Diiiikin, les masses des planètes réunies seraient égales à !\1'î fois la masse de la Terre, et celle du Soleil seul seiait égale à 3i5ooo fois la masse de la Terre, ce qui donne "/fi pour le rapport de la niasse du Soleil aux masses des planètes.

libre doit se mouvoir de manière que sou myou vecteur déciive des aires égales dans des temps égaux; de là il suit que, le ravoii diminuant constamment par la contraction |)rogressive, l'arc décrit pendant l'unité de temps a du s'accroître, afin que l'aire restât constante. De cet accroissement de vitesse il résulte une augmentation de la force centrifuge, et lorsque celle-ci est devenue égale à la force de gravitation, il s'est formé des anneaux qui sont demeurés lil)rement suspendus autour de la masse centrale. Les anneaux ainsi formés ont continué d'agir l'un sur l'autre par leurs attractions mutuelU's; il en est résulté des perturbations d'autant plus grandes que la durée de leurs rotations était plus différente; ds ont fini par se briser, et les différents fragments obéissant individuellement aux lois de l'attraction ont formé de nouvelles masses isolées les unes des autres, c[ui sont devenues des centres d'action semblables au centre principal. Ces masses, à leur tour, ont pu s'environner d'anneaux de second ordre, dont quelques-uns ont persisté jusqu'à nos jours, comme nous le vovons dans le système de Saturne, tandis que les autres, en se brisant, ont formé des satellites. Cette théorie, proposée par Rant, Herscliel et Laplace, a été étudiée dans ces derniers temps par iND.I. Hinricbs et Roche et confirmée par les ingénieuses expériences de M. Plateau. Une masse d'huile étant mise en suspension dans un liquide de même densité, formé d'un mélange d'eau et d'alcool, on la voit prendre spontanément la forme sphérique que tend à lui donner l'attraction moléculaire. Si on la fait tourner autour de son diamètre vertical avec une vitesse croissante, on voit d'abord la sphère s'aplatir: puis il vient un moment où il se détache un anneau semblable à celui de Saturne ; enfin, la vitesse croissant toujours, un jnoment vient où l'anneau se brise, et il se forme de petites sphères qui

pivotent sur elles-mêmes en tournant autour de la masse principale. M. Roche vient de démontrer que, outre les anneaux extérieurs de Laplace, il peut aussi se former des anneaux intérieurs qui sont soumis à des lois particulières (').

La matière qui composait la nébuleuse primitive devait être à un état de raréfaction beaucoup plus considérable que celui que nous obtenons avec les meilleures machines pneumatiques; elle s'est énormément contractée et condensée, laissant à différentes distances des planètes et des satellites; le Soleil est le résidu encore incandescent et gazéiforme de cette masse primitive. Nous retrouvons dans le monde sidéral des vestiges de cette formation; dans notre système planétaire, ce sont les anneaux qui environnent Saturne, et dans le monde stellaire, ce sont les nébuleuses spirales et les nébuleuses annulaires. Ces masses sont composées d'une matière encore gazeuse, et elles semblent constituer des mondes en voie de formation.

Il est impossible d'assigner actuellement les circonstances qui ont déterminé la formation de chaque planète; mais la loi qui règle leurs distances semble imprimer au système tout entier l'empreinte d'une formation graduelle, dans laquelle ces astres ont dû, chacun à leur tour, se détacher de la masse centrale.

Kepler est le premier qui découvrit une certaine régularité dans la distribution des planètes; il v avait cependant une anomalie dans la distance qui sépare Mars et Jupiter; aussi, en s'appuyant sur cette seule remarque, osa-t-il annoncer qu'on découvrirait plus tard dans cette région im

(') M. Roche a l'ait conuaitro un grand nombre d'autres conclusions dont plusieurs avaient déjà été démontrées par M. Hinrichs. Nous les avons signalées dans la première édition de cet Ouvrage, en y ajoutant quelques remarques.

astre jusque-là inconnu. Il a fallu près de deux siècles pour que l'événement vînt lui donner raison; nous savons maintenant qu'au lieu d'une seule planète que Kepler avait en vue, il en existe au moins iG8. l'ous ces astres cependant tiennent simplement la place d'une seule planète, dont la masse, d'après les calculs de M. Le Verrier, est tout au plus égale au tiers de celle de la Terre. Cet état de division nous montre qu'à l'époque où se sont formées les petites planètes, il a dû exister une grande perturbation dans la masse solaire.

Après Kepler, Titius trouva une loi plus exacte pour exprimer les relations qui existent entre les distances des planètes au Soleil. Si nous appelons n le numéro d'ordre delà planète considérée, à partir de Vénus ('), la loi de Titius est contenue dansla formule suivante : T) = l\ -\- ^ x. 2"^'. Nous reproduisons ici un tableau comparatif des distances vraies, déduites de l'observation, et des distances approchées, calculées d'après la formule précédente; le lecteur pourra apprécier l'accord remarquable qui existe entre les deux séries de nombres.

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