SCENE IV
FLORAC, LOUISETTE, assise.
florac, la saluant à l'orientale. Dois-je
aussi m’éloigner? votre majesté exige-t-
elle ?...
LOUlSETTE, riant. Ah! ah! ah! je ne puis m'habituer, monsieur mou grand vizir, à vous
voir saluer h l’antique mode de Bagdad
saluez à la française. Monsieur de Florac... il est vrai que depuis cinq ans que vous êtes dans ces contrées , vous avez un peu oublié les usages de la cour de France...
florac. Le souvenir peut s’en perpétuer, grâce à vous, madame, qui avez fait de Bagdad presqu’une copie de Versailles.
LOUlSETTE. Comme je n’ai jamais vu Versailles, (el/c se lève) je ne puis voir la différence qui existe.... mais n’est-ce pas que ce n'est pas trop mal tout ce que j’ai réalisé ici?...
florac. Cela tient du prodige mais le
changement le plus surprenant n’est pas celui qui s'cst opéré autour de vous.
LOUlSETTE. Oh ! je comprends, monsieur mon ministre.... vous me flattez.... comme
vous feriez h Versailles. vous voulez dire
que la pauvre fille de Bretagne a acquis beaucoup aussi depuis que par un hasard in-
croyable elle a vu se réaliser pour elle la prédiction de la vieille mère Toby... Eh!
mon Dieu ! oui , désormais il faut croire aux oracles et aux miracles. Je suis reine..... et
pas trop surprise de l'étre et je ne m’en
acquitte pas trop mal ; je porte la couronne tout aussi bien qu’une autre... on dirait que
je n’ai fait que ça toute ma vie. n'est-ce
pas, monsieur le sergent recruteur, aujourd’hui le premier ministre de Louisettc première, reine de Bagdad?
fuir ac. Si j’avais pu connaître notre double destinée , je n’aurais pas été si attristé quand un jour, revenant au village , j’appris que vous veniez d’être enlevée, avec quelques habitants du pays , par les pirates qui alors infestaient les eûtes de Bretagne.
Louisette. Le ciel m’a protégée en permettant que je fusse vendue, comme esclave, au vertueux Abdoul-Assan, qui m'aima comme sa fille Il le fallait bien je venais d'ap-
prendre, peu de jours auparavant, que j'avais
perdu mon père. (A part. ) Et lui 1 lui , le seul appui de mon enfance , Étienne m’avait abandonnée...
florac. Du jour de votre disparition, la France me devint h charge, je pris le parti de la fuir.
louisette. A cause de moi et d’un
grand nombre de créanciers qui, dit-on, attristaient pour monsieur le comte le ciel de la pajrie... Nous autres reines, nous savons bien des choses qa’on ne nous dit pas.
florac. Et vous ne semblcz pas savoir celles qu’on a timidement su vous dire?
louisette. Seigneur Florac , il avait été convenu qu’on ne traiterait jamais de cette question.... ( regardant et souriant) devant mes gardes.
florac, ù part. Quel espoir! {Haut.) Va simple commandement h la française éloignerait les sentinelles.
louisette , souriant. Le sergent recruteur doit savoir qu’à Versailles les factions sont de deux heures.
florac, empressé. Et après ce temps....
ne pnis-je espérer ?
LOUlSETTE. I’eut-êtrc!
Il tort.
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