‹ Le soleil de ma Bretagne dramevaudeville en trois actesChapitre 3 sur 39 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, LOUISETTE*.

locisittk, entrant en chantant.

Vuiri la batelière ,

Venez passer la rivière.

Si le temps e*l contraire,

San» crainte, voyageur.

Dans ma bai que légéie , .

On peut braver la peur,

Et les flots en fureur.

Venez «Jant rna na< elle,

Jamais ell* ne chancelle.

Toujours veillant sur elle.

Dieu la protégera.

tUM. O Dieu! parlez-moi de mam'selle Louisette, à la bonne heure, voilà une jeune fille qui est bonne. . . et qui ne fait pas enrager son amoureux.

, louisette. Moi, faire enrager ce pauvre Étienne... oli ! ce serait bien mal. Mon père m'a confiée à lui,., lui, un pêcheur, comme il était lui-même ; Étienne n'est pas un freluquet, pimpant comme ccs beaux messieurs de la ville, que tu admires. Tonton ; aussi j'avais cru pendant bien longtemps que je l'aimerais seulement comme un frère... Oli!

mais je m’aperçois enfin que c’est bien autre chose... De l'amour!... oui! de l'amour, il est si bon !

ti-oi Mais moi aussi, mademoiselle, je suis la rrême des charpentiers du port.. Je suis si bon que j’en suis...

Tonton. Bêle!

Éloi. C’est vrai... El quant à l'amour...

j'en ai tant... que ça me rend tout...

tonton. Bête.

Éloi. C’est encore vrai... et ça devrait me tumpter double.. . un homme deux (ois bête. . . bête par bonté... et l>ête par amour... ça doit (aire un bon tnari.

louisette. Et Tonton te fait du chagrin ?

éloi. Est-ce qu’elle sait faire autre chose?

tonton. D’abord, pour se marier, il faut avoir une position. Je vous demande un Peu... une pêcheuse de coquillages à marée fiasse... épouser un charpentier du port...

v’Ià-t-y pas un beau mariage !

él. 0 l. Vous l’entendez?

Louisette. Tu es ambitieuse?

tonton. Je ne m’en défends [tas... Toutes les nuits je rêve que je suis riche, que j’ai ucs lielles robes, des palais, des équipages.

louisette. Oh ! ma pauvre Tonton, que •u es loin de me ressembler!

Êlvi, Luuiècllo, Toulon.

Air : Une chanson bretonne (ils Maurini).

Gentille batelière ,

Mo* disait un seigneur,

Si je pouvais te plaire.

Si je louchais ton cœur,

Je le ferais connaître • L« luxe et la splendeur. "

Mais il eut beau promettre j Je préfère au bonheur De la grandeur l.c toit qui ine vit naître.

Et l'amour d'un pécheur. (Bit.)

Sur la roche stérile Qpe souvent je gravis ,

En regardant la ville ,

Quelquefois je me dis :

Inà-bas, là-bas peut-être,

Est un monde meilleur;

Mais dans ce lieu champêtre Un prestige enchameur Parle à mon cœur Du toit qui m’a vu naître.

De l'amour d'un pécheur. {Bit.)

tonton. Comment! c’est pour un pécheur que tu as refusé...

louisette. Le comte de Florac, le seigneur du village voisin. Songes-v donc! Etienne, ce brave Étienne est mon fiancé; il a ma pat rôle et je veux la tenir. *

éloi. Bravo ! voilà une femme comme on n’en voit guère.

tonton . Une femme, commemn n’en voit pas... Je ne connais pas le comte de Florac, moi , mais il doit être très-bien... un grand seigneur... et à ta place...

éloi. Eh bien ! à sa place ? *

tonton. J’aurais accepté, donc !

éloi. Accepté... c’est-à-dire que c’est à faire frémir la nature.

louisette. Plus riche est-on plus heureux? Et liens! ne te rappelles-tu pas. dismoi , qu’il y a un an. tu as voulu absolument me mener consulter. avec toi la vieille mère Tobie ?

éloi. La diseuse de bonne aventure?

1 LOUISETTE. Certainement-, celle à qui tout le monde croit dans le pays.

tonton. Et tout Je monde a raison : la sorcière ne s’est jamais trompée dans ses oracles... à telles enseignes qu’elle a prédit à Jean Claude, le vigneron, qu’il lui viendrait un héritage... Ça n’a pas manqué... uue rente de 7 livres 10 sons.

ÉLOt. Et à moi, elle m’a prédit que dans mon ménage il m’arriverait des choses que je ne puis pas dire.

tonton. Soyez tranquille, ça ne vous manquera pas... La sorcière a toujours raison.

ÉLOI. Enfin, qu’est-ce qu’elle vous a prédit à toutes les deux?

louisette. Des sottises.

TONTON. Des vérités..: d’abord, que nous serions enlevées. .

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éi.oi. Enlevées!

tonton. Et que nous étions appelées, par suite de cet enlèvement, à la plus liaute, la plus brillante fortune.

louisette. Que je deviendrais la reine d'un grand pays. •

ËLOi. Ah ! bah !

TONTON. Et que je serais la favorite de sâ majesté.

Ëloi. Une reine! une favorite! Alt ben!

ali lien ! ah ben ! en v'Ià une sévère.

louisette. Depuis celte époque tu ne rêves qu'à cela, ma pauvre Tonton ; mais moi, moi , j'en ris, et je serais bien fâchée, je crois, de voir s'actomplir un pareil oracle... Mou pays, mon père, l'amour de mon liancé, v'ià tout mon bonheur, toute ma joie, toute mon ambition.

UN paysan, entrant. Mam'selle Louisette, mam’sellc Louisette, à votre bateau.

tonton, regardant au fond. Tiens, c'est le reernteur de marine... Ah! Dieu! qu'il est bel homme!

éloi. Elle l'admiré, elle l’admire devant moi.

tonton. Mais va donc, Louisette.

louisette. Ma foi, non; j’attends Étienne! TONtON. Mais le militaire attend ton bateau !

louisette. Qu’il attende.

tonton. Ah ! ce serait dommage ; je m’en vais le passer.

$I.oi. Sans ma permission?

tonton. Je m’en passe... Je vais le passer.

Ella sort en coûtant.

ÊLOI. Mam'selle Tonton ! mam'selle Tonton ! Que le diable emporte l'oracle de la mère Tobie !

Il sort en courant après elle.

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