‹ Le soleil de ma Bretagne dramevaudeville en trois actesChapitre 32 sur 39 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ÉTIENNE, puis LOUISETTE.

Étienne est toujours en contemplation vers le coté que lui a montré Tonton, et s écrie. Ce bateau... par là... oui, je le vois enûn, ou je crois le voir, du moins... car, après uno heure d’illusions et de prestiges, je me demande encore si je dors ou si je veille, enfin, si le ciel a exaucé ma prière, eu me laissant à tout jamais mon rêve, ma folie, ma folie, qui fait toute ma joie!...

On entend à l’extérieur la voix 4e Louisette.

Voici la batelière*

Pansez la rivière :

C’est ma barque légère Qui Vous mène à terre*

Étienne. Oh ! cette voix ! c’est elle ! c’est Louisette ! oui, je la vois, je l’entends, c’est bien elle!

tOUISlTTl.

Voici la batelière, etc.

Elle va à lui tn lui tendant la main.

Étienne. Louisette! ma chère lamisette !

louisette. Ah! que je suis contente !

étienne. Et moi donc!

Il la regarde avec transport et lui prend la main comme pour bien s’aaaurcr sue c'est Louisette.

louisette. Mais comme vous me regardez! On dirait que vous avez l’air surpris de me voir!

Étienne. Surpris! oh! oui, oui, sans doute, mais en même temps, ravi, transport, ma chère Louisette !

louisette. Est-ce que vous ne m’attendiez pas? Est-ce que nous ne nous voyons pas comme ça tous les jours ?

Étienne. Tous les jours!

louisette. Certainement, hier encore !

Étienne. Hier!

uriSf.tte. Est -ce que nous pouvons jamais nous quitter? Toujours, toujours ensemble... Eh bien! v’Ià que vous recommencez à me regarder comme tout à l'heure!

Étienne. Louisette, ou qui que tu sois, magicienne, enchanteresse, qui me retraces son image, qui prends scs yeux auprès de moi, |>our être sûre de me séduire...

louisette. Comment! qu'est-cc que cela signifie, monsieur?... une magicienne ! vous me dites de ces mots-là, à moi !

ÉTIENNE. Eh bien!... eh bien ! non, Louisette, je vous crois, je veux vous croire; mais répondez-moi : est-ce que nous ne sommes pas ici près de Bagdad?

LOUISETTE. Bagdad!... Bagdad! qu’est-cc que c’est que cela ? où avez-vous trouvé ce drôle de nom-là, monsieur? Ah! c’est peutêtre un village voisin du nôtre... dam ! c’est bien possible... mais je ne le connais pas, moi, qui ne suis jamais sortie d’ici !

étiknhe. Jamais!... Et moi! moi! ces cinq ansqncje viens de passer en mer...

louisette. Vous ! vous avez été en mer depuis cinq ans! par exemple! Allons, Étienne, mon ami, ne dites donc pas de folies... H y a cinq ans, au contraire, cinq ans, pour le moins, que vous n’avez quitté le pays !

étienne! Comment! je ne vous ai pas fait mes adieux, ici même?

louisette. l’as le moins du monde.

Étienne. Un brick tout prêt à mettre à la voile.. . un recruteur...

louisette. Je ne sais pas ce que vous voulez dire!

Étienne. Je ne me suis pas séparé de vous, malgré vos reproches, vos larmes, et dans un accès d’ambition que vous aviez juré de ne me pardonner jamais?...

louisette. Un accès d'ambition ! vous!

Étienne. Et ce naufrage, et cette femme voilée qui m’a recueilli, qui m’a donné des secours?

LOUISETTE. Une femme! ah! par exemple, en voilà trop, monsieur; je vous permets toutes vos autres visions, je ne m’en offense pas, je vous plains, et voilà tout... cela devient sérieux, je vous le défends, entendezvous, infime en rêve, je vous le défends..

Allons, allons, revenez à vous, monsieur Étienne, et soyez raisonnable... vous n'avez pas été ambitienx, vous n'ètes pas parti, je vous aime, et vous m’aimez toujours.

Étienne. Oh! toujours!

LOUISETTE. Rien enfin de ce que vous me racontez n’a eu lieu, rien. Ah! si fait... vous m’avez dit adieu... ici même, c’est vrai... mais hier, pas plus tard, hier, avec la promesse de me revoir ce matin, pour danser avec moi à la fête.

Étienne. Quelle fête?

louisette. Vous me le demandez?.., mats la fête de nos fiançailles I Étienne. Nos fiançailles !

Musique villageoise à Vcxtérieur.

louisette. Venez ! écoutez plutôt le son de la musette.

Étienne. U’cst vrai! c’est vrai!

louisette. Les v'Ià tous qoi accourent !

Votre main, monsieur Étienne, mon mari, votre main, que j’ouvre le bal avec vous !

Étienne. Le bal ! son mari ! ( A pari. ) Oh ! ma foi, rfivc ou réalité, raison ou délire, merci, mon Dieu ! merci; je suis heureux.

Tous les Toysan* et Paysannes, ronduits par Eloi et Tonton, reviennent de tous les côtés en dansant au son du tambourin et de la trompette.

Etienne a pris la main de Louisette et danse avec elle pendant lo refrain suivant.

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