CHAPITRE VII
DBS PROTDBËIIANCES OU PBOÉUINBNCBS ROSES QU'ON OBSERVE PENDANT LES ËCUPSES TOTALES DU SOLEIL.
§1. — Premières observations des protubérances.
Ce fut pendant l'éclipsé du 8 juillet 1842, que l'attention des astronomes fut attirée par ces protubérances, qui s'élancent autour de la Lune comme des flammes gigantesques, de couleur rose ou fleur de pêcher. La surprise que leur causa ce phénomène inattendu ne leur permit pas de faire des obsen'ations précises, de sorte qu'il y eut un désaccord complet entre les différentes relations. Baily remarqua trois proéminences très-vastes, presque uniformément réparties du même côté (/f^. 60, p. i46). Airy en observa trois en forme de dents de scie, mais placées au sommet {^g- 74)- Arago en vit deux à la partie inférieure du
STlUCTUai DU SOLEIL. I79
disque (y!^. 75). Stnive et Schidlofschi remarquèrent les mêmes qu'Arago, et de plus ils notèrent une bande rose embrassant un arc de 45 degrés environ. A Vérone, ces flammes demeurèrent visibles quelque temps après l'apparition du Soleil.
Ces appendices avaient des dimensions considérables. Petit mesura une hauteur et la trouva égale à i'45*', ce qui équivaut presque à 6 diamètres terrestres, c'est-à-dire à 80000 kilomètres. I^s appréciations des autres observateurs variaient entre i minute et 2 secondes.
La discussion s'ouvrit aussitôt sur la nature de ces protubérances. On les prit d'abord pour des montagnes ; mais cette opinion était inconciliable avec les observations d'Arago, quelques-unes de ces prétendues montagnes étant très-inclinées, surplombant même assez fortement pour que l'équilibre fut impossible. La plupart des savants les regardèrent comme des flammes, ou comme des nuages. Quelques-uns, se fondant sur le peu d'accord qui régnait entre les observateurs, déclarèrent que c'étaient de pures illusions d'optique, des effets de mirage produits à la surface de la Lune; telle était l'opinion de Faye, de Marquez, de Felitzch. Il était donc indispensable de fiiire des observations ultérieures, de surveiller avec soin les éclipses suivantes, et de recourir aux observations passées.
En réalité, ces phénomènes n'étaient pas nouveaux,
nais, comme il arrive souvent pour les choses extraor-
linaires dont nous n'avons aucune idée, on n'avait rien
ompris aux récits d'ailleurs inexacts et exagérés des
bservateurs. Ils avaient parlé d'échancrures vues
< .l8o riIHlÈlB PAITIB.
dans le disque lunaire, de flammes, d'éclairs, de nuages et d'orages vus dans Tatmosphère de la Lune! Cette apparence d'échancrure.nptéë par quelqujâs.'observateurs est due à un phénomène d'irradiation ; elle se produit facilement lorsqu'on observe à l'œil nu ou avec un faible grossissement, comme on l'a encore remarqué dans la dernière éclipse. (Hennessy, Ray;
De toutes les observations anciennes, la plus détaillée est celle que Wassénius fit à Gothenbourg, le 2 mai 1733. Dans la couronne, qu'il attribue à l'atmosphère de la Lune, il crut voir flotter plusieurs nuages rouges ; l'un deux paraissait plus grand que les autres, et semblait composé de trois masses superposées, complètement séparées du disque lunaire. [Philos. Jm/isac. , t. XXXVIII, p. i35; elAstr. Nach.^n'' *6a.) \jkfig. 76, montre bien que ce sont des nuages; mais
Fig. 76.
il reste à savoir s'ils appartiennent réellement k la Lune ou s'ils ne dépendent pas dii Soleil.
On attendait avec impatience l'cclipse de i85i qui devait être totale en Suède. M. Airy organisa une expédition, et prépara des instruments destinés k prendre des mesures précises. Au moment de la totalité,- il observa d'abord une protubérance a [fig -']']) ayant la forme d'une équerre terminée en pointe; au-dessous
STRDCTUIE nu SOLUL. l8l
se trouvait un petit côiic, et plus loin , au point et, un petit nuage' suspendu d-. Un peu plus tard il distingua
une pointe c; puis au bout d'une minute la protubérance'&. située à l'autre extrémité du diamètre; enfin parut en dernier lieU un arc rosé e. Les autres o'b'sérvateurs'remarquérent'les mêmes pliénomènes avec de légères' différences de formes. I^ figure donnée par M. Carrington est presque identique; on y remarque seulement un léger nuage blanchâtre joignaht la protubérance principale avec' le nuage isolé d. Gépéndaiït ta protubérance a n'a pas tout à fait la même forme dans les dessins exécutés par des observateurs trèséloignés lesuns"desaulres.-M. Ifind a donné le dessin suivant (^^. 78). M, Dawesa donné une forme intermédiaire entre les deux, et de plus l'arc c [fig- 77) lui parut beaucoup plus étendu. M. Talbot, placé presque à la limite de lazone de totalité, vit ce même at^ rose embrasser une étendue à peu près égale à une demicirconférence. ■ . -
Ces observations nous permettent de formuler avec certitude les conclusions suivantes : 1° les protubé-
i8a FisMikM piini.
rances ne sont pas des montagnes; cette hypothèse
est inconciliable avec leurs formes; a" on doit les re-
Flg. 78.
garder comme des masses gazeuses, dont la forme est assez analogue à celle de nos nuages ; leurs courbures rappellent assez bipn la fumée qui s'échappe de nos volcans ; 3" la variété des formes attribuées à une même protubérance peut tenir à des variations réelles; mais elle peut résulter aussi du peu d'exactitude des dessins; 4" il y a une relation évidente entre ces protubérances et les arcs roses déjà observés en 1843, mais qu'on observa beaucoup mieux cette fois : on peut légitimement supposer que ces arcs forment la partie visible d'une couche continue qui enveloppe complètement le Soleil; 5" on voyait la grandeur des protubérances s'accroître du côté que quittait la Lune et diminuer du côté où elle s'avançait ; donc c'est sur le Soleil que se trouve le, siège du pliénoméne ; G" tous les observateurs n'ont pas vu le même nombre de protuljérances; ils ne leur ont i>as assigne exactement la même place. Cela tient à la rapidité du phénomène, dont la totalité dure si peu de temps, qu'il n'est pas possible
8T1UCTU1B DU SOLEU. l83
d*examiner le contour du disque avec Tattention qu'on y apporterait dans d'autres circonstances.
Ces résultats ne parurent pas suffisants à un certain nombre d'astronomes. Les mesures semblaient peu exactes, les descriptions peu concordantes; aussi continua-t-on à regarder ces phénomènes comme des illusions d'optique et des effets d'interférence. Pour convaincre tout le monde, il fallait des témoignages irrécusables, des mesures d'une exactitude toute mécanique; la photographie pouvait seule répondre à ces exigences, et c'est pour cela qu'on y attacha tant d'importance en 1860.
A part ces doutes peu fondés, il restait encore à résoudre plusieurs questions importantes : i** quelle est l'intensité lumineuse des protubérances? 2® quelle est leur couleur précise? 3*^ ont-elles quelque relation avec les taches et les facules? Pour répondre à ces questions, il faut avoir recours à des mesures trèsexactes, mesures que la photographie peut seule exécuter en aussi peu de temps. Cependant, comme la photographie, surtout dans des circonstances aussi exceptionnelles, est un moyen de recherche capricieux et peu sûr, on eut soin de contrôler ses indications à l'aide d'instruments spéciaux permettant d'obtenir directement et rapidement des mesures suffisamment précises. Le champ de notre lunette fut muni de deux fils de platine très-fins, faisant entre eux un angle assez aigu pour qu'on pût évaluer les dimensions des protubérances sans faire usage de vis micrométrique. Pour prendre les angles de position, nous mimes à l'oculaire une alidade portant une pointe et mobile devant un cercle de carton; la
lfl4 rBMlftll PAITIB.
pointe, pressée au moment convenable, laissait sur le carton une trace qu'on pouvait ensuite étudier à Ioi«r pour en déduire l'angle de position. . ^
Le.succès fut complet, comme nous le verrons bientôt. Seulement, la photographie ne nous aj^renant rien sur les couleurs, il fallut y suppléer par des observations directes. Mais tous les observateurs n'éprouvent pas en présence du même objet des impressions identiques ; leurs yeux ne sont donc pas des instruments comparables. Cependant ils s'accordaient tous à dire que les protubérances étaient d'un rouge plus ou moins clair, mélangé d'un violet analogue à celui de la fleur de pécher. On remarqua cependant que 4a protubérance recourbée de i85i était blanche à sa base, et cette remarque s'applique également aux protubérances de 1 860 ; le rose était la couleur dominante, ' mais sur les bords on voyait des nuages jaunes parfaitement marqués, la base étant blanche. M. de la Rue fit la même observation. Cet astronome avait préparé des étoffes de différentes couleurs, qui devaient servir de terme de comparaison ; mais cette méthode ne put donner aucun résultat, faute de lumière pour éclairer les étoffes. On pourrait employer des flammes colorées ou, mieux encore, des tubes de Geissler éclairés par un courant électrique. Mais Tanalyse spectrale a fait abandonner toutes ces méthodes-.
§ II . — Photographies obtenues en Espagne pendant
V éclipse c?ei86o.
Deux expéditions furent organisées pour observer Téclipse de 1860, la première par M. de la Rue, la
STlUCTUai DU SOLEIL. l85
seconde par nous, avec la collaboration de M. Aguilàr; astronome de l'Observatoire de Madrid, et de M. le professeur Monserrat, de Valence. M. de la Rue choisit Rivabellosa, près de l'Atlantiqite, tandis que nous avions pris position au Desierto de las palmas^ auprès de la Méditerranée. ^
Nous avions tous les deux une grave difficulté à vaincre, car nous ignorions complètement le pouvoir photogénique que possède la lumière pendant les écKpsis^; ' nous ne savions donc pas s'il nous serait possible d'obtenir clés épreuves en opérant avec la rapidité qu'exigeaient les circonstances. M. dé la Rué avait adopté Théliographe de Kew, et comme les images formées ' directement au foyer de l'objectif étaient très-petites, il préféra les agrandir avec l'oculaire. Nous préférâmes, au contraire, prendre l'image directe donnée par l'objectif de Cauchoix. Cette image ayant 25 millimètres de diamètre donnait déjà des résultats parfaitement visibles, et d'ailleurs il nous restait toujours la ressource de l'agrandir par l'un des procédés connus. Deux raisons nous portèrent à préférer cette méthode : i®la faible intensité de la lumière, qui, en la supposant égale à celle de la pleine Lune, semblait devoir exiger une minute d'exposition si nous agrandissions l'image : en opérant sur l'image directe nous trouvions plus de sûreté; 2® cette méthode nôiis permettait de faire un plus grand nombre d'épreuves dans le même temps, et par conséquent de fixer un plus grand nombre de phases.
Le résultat a prouvé que les deux systèmes sont excellents et que chacun d''eux a ses avantages. On
l86 PEUIlÈll rAlTIB.
distingue plus de détails dans les images agrandies, mais l'image directe fixe une plus grande étendue de la couronne.
Notre première plaque ne fut exposée que pendant six secondes, et cependant, outre les protubérances, elle montre une trace parfaitement sensible de la couronne. La deuxième fut exposée pendant vingt secondes environ, mais trois secousses imprimées à Téquatorial pendant ce temps ont produit autant d'images distinctes et séparées des protubérances ; il faut en conclure qu'avec un objectif de 6 pouces, comme le nôtre, un temps très-court suffit pour la reproduction de ces appendices.
Un an après l'éclipsé, nous avons, avec M. de la Rue lui-même, agrandi nos petites photographies, de manière à obtenir des épreuves ayant les mêmes dimensions que les siennes, et nous avons trouvé une identité parfaite dans les détails les plus délicats. La seule différence consistait en ce qu'à Rivabellosa les protubérances supérieures étaient plus hautes, tandis qu'elles étaient un peu plus petites au Desierto; le contraire avait lieu pour les protubérances de la partie inférieure. Qî pliénomène était dû à une petite différence de parallaxe, les observateurs étant, l'un un peu au nord, l'autre un peu au sud de la ligne centrale de la totalité. ( Voir les Mémoires de V Observatoire du Collège Ro-, mairiy i863.)
Il suffira donc de décrire nos photographies et de les comparer avec celles du savant anglais. Nous reproduirons ici les trois plus importantes, la première, celle (lu milieu et la dernière.
8TKUCTUU DU SOLEIL. 187
^ fie- 79 représente la première épreuve prise
imniédiatemciit aprùi le comiiieiicemeiit i!c la totalité Elle contient s«'j>t protuljcranees principales :
A . Protubérance ayant deux sommets très-rapprochés et peu élevés. Dans les photographies de M. de la Rue, elle est à peine visible; on H'apertroit que les deux sommets; cela tient, comme nous l'avons dit plus haut, à un effet de parallaxe.
C. Grande protubérance en forme de nuage, inclinée de 45 degrés, arrontlie à sa base, pointue au sommet, pos.sédant une structure héhçoïdale, comme le montre la figure agrandie de M. de la Rue.
E. Petits nuages très-déliés dont l'ensemble forme une corne recoiu-bée, ayant une hauteur d'environ
l88 PREMIÈRE PARTIE.
2' 40". C^tlfe protubérance, retrouvée à la loupe dans nos petites photographies, décida M. de la Rue à les agrandir pour les comparer aux siennes. Cette circonstance prouve la précision de nos clichés. Malheureusement, on fit'circuler; immédiatement après Téëlipse, des épreuveS^ur papier assez déféctueuses, ce qui hbisit beaucoup à iios photographies, dans l'esprit même des savants, jusqu'au moifient où la reproduction, faite sous les yeux de M. de la Rue lui-même, vint justifier ce que nous avions avancé sur Tidéntité de nos résultats comparés aux «iens.
II. Amas compliqué de petits nuages dont la partie inférieure forme une espèce de croix.
G. Amas énorme de ihatière brillante qui a solarisé les épreuves, de sorte que les détails intérieurs ont disparu. Sa forme arrondie prouve qu'elle n'était pas en contact immédiat avec le Soleil, mais suspendue dans son atmoisphère. Vue dans la lunette, elle offrait parfaitement Taspect d*une chaîne de moiitigiies, par les dentelures et les pointes jaunâtres qui la terminai(*nt à son somnu^l. On peut remarquer que cette protubérance semble pénétrer dans \o disque de' la Lune et y former une entaille Otte apparence est (lue au mouvement même de la I^une pendant. la durée (le l'exposition de la plaque*. Ja\ Lune, avançant dans la direction oii se trouve la protubéraïice, ne poiivait détruire Timpression déjà produite par la partie brillante, tandis que sa présence empêchait l'action de la couronne qui n'est pas aussi rapide. Dans les photographies agrandies, on voit que les bords (le la protubérance sont p'arfaitem(»nt tranchés, tandis que celui de la Lune reste indécis. Cette circon-
8TRUCTUM DU 80LBIL. 189
stance explique aussi un phénomène curieux qu'on a remarqué dans les photographies de M. de la Rué : les plaques ayant été exposées une minute, le mouvement de la Lune s'est fait sentir plus fortement; aussi son bord paraît-il double, et c'est à l'intérieur de son disque qu'on voit l'arc rosé dont nous avons parlé.
I. Flamme gigantesque, ou plutôt énorme cumulus, dans lequel on distinguait des nuances de jaune et de rouge.
K. Proéminence à deux sommets, dont l'un, plus délié et moins vif, se prolonge en forme de corne. Cette protubérance est plus petite dans nos photographies que dans celles de M. de la Rue, pour une cause analogue à celle qui a produit l'effet contraire au point A.
Dans toute la partie gauche on ne voit encore aucune protubérance.
La ligne noire XY représente un fil tendu dans la lunette et dirigé suivant le parallèle céleste, afin de relever la position des protubérances par rapport à l'équateur solaire.
La seconde photographie avait d'abord été rejetée comme inutile, à cause des accidents qui avaient produit des impressions multiples; mais en réalité elle est très-précieuse; elle est une preuve évidente de la puissance actinique de ces flammes, car quelques-unes de ces. impressions ont été produites en moins de trois secondes.
La troisième photographie {fig^ 80) a demandé trente secondes d'exposition. Les protubérances commencent à montrer leurs sommets du coté gauche, et elles deviendront de plus en plus distinctes. Ce qu'il
igO PUMlftBI PAITII!.
7 a de plus remarquable dans cette figure, c'est la couronne. Elle est très-iirégulîère, mais on peut re-
marquer qu'elle présente une étendue plus considérable à droite et à gauche que dans les autres direC' tions, c'est-à-dire qu'elle est plus développée dans! plan de l'équateur que suivant la ligne des pôles.
Les masses lumineuses ne sont pas uniformérae réparties; ellesformenl, pour ainsi dire, deuxgroup les unes correspondant à l'équateur, les autres à région des taches; l'ensemble forme une figure àf près rectangulaire. En comparant celte auréole s position des protubérances, on reconnaît que la ) grande diffusion lumineuse correspond à ces pro<
STEOCTURB DU SOLBIL. I9I
nences; mais dans le voisinage des pôles, cette proportionnalité n'est pas gardée : l'auréole y présente un faible développement, tandis qu'on y voit des protubérances considérables. Ces remarques s'appliquent à toutes nos photographies, mais particulièrement à la quatrième, quoique la couronne y soit très-faible. Elles nous révèlent un fait capital qui n'avait été signalé dans aucune observation optique, et que les photographies de M. -de là Rue n'ayaietit pas mis en évidence : c'est qUe l'atmosphère possède une forme généralement elliptique, sa plus grande intensité correspondant à la région des taches. Lorsque nous publiâmes ces résultats, les astronomes ne dissimulèrent pas. leur peu de confiance. Mais actuellement nous avons regu les photographies de M. Winlock, faites à Shelbysville^ en Amérique, le 7 août 1869, P^'* ^^ même procéd|é que les nôtres, et nous trouvons que la couronne présente la même forme. Les parties polaires sont très - étroites ; la région équatoriale et surtout celles des zones des taches sont trèsdilatées. Il est donc évident que le contour de cette atmosphère n'est pas parallèle à la surface du corps solaire.
La dernière de nos photographies est représentée dans lay!^. 81. A la suite du point K, on rencontre une petite proéminence, et entre les deux une autre encore plus petite. Elles ne sont pas visibles dans les épreuves de M. de la Rue, à cause de la différence de parallaxe que nous avons déjà signalée.
L est une protubérance très-élevée dont le sommet est nettement tracé dans toutes les photographies.
En Q est un arc rosé très-é tendu ; il est solarisé
■ga Nuiku FAMii.
dans notre épreuve, et il n'a pas été mieux réussi dans
celle de H. de la Rue. Heureusement que nous pou-
Fig. ai.
vons, par des observation.s directes, rétablir les détails qui sont effacés. Un instant après le milieu de la totalité, je regardai la région où le Soleil allait sortir du cône d'ombre ; je vis paraître une série de flammes vivement colorées en jaune et en rouge, et surtout je remarquai un nuage allongé de couleur rose, parfaitement suspendu dans l'intérieur de la couronne. J'en donnai immédiatement avis à mes collègues, afin qu'ils pussent contrôler mon observation, et je fis aussitôt le dessin qui est reproduit dans layf^. 83.
Cette forme était pour moi du plus grand intérêt, carje la regardais alors comme décisive au point de
STtUCTUlB DU SOLEIL. 1^3
vue de la théorie ; elle confirmait, d'une manière écla-
Fig. 82.
tante, des idées que nous pouvons maintenant appuyer sur des bases encore plus solides.
U est regrettable que, dans cette phase, les deux séries de photographies se soient trouvées imparfaites ; mais enfin nous possédons les documents nécessaires pour constater ce que nous désirions connaître. Là encore nous remarquons que les protubérances empiètent sur le disque de la Lune, comme nous l'avons déjà fiadt observer. Nous retrouvons aussi la protubérance R, la dernière que nous ayons signalée dans le dessin de la fig. S2.
Afin de pouvoir comparer nos photographies avec celles de M. de la Rue, nous les avons agrandies de manière à obtenir une figure de même dimension que les siennes. Puis, après avoir huilé une épreuve pour la rendre transparente, nous les avons superposées et nous avons pu constater une identité parfaite, sauf les détails désignés ci-dessus.
De ces importantes observations on peut évidemment tirer les conclusions suivantes :
I® Les protubérances ne sont pas de simples apparences produites par des illusions d'optique; ce sont des phénomènes réels ayant leur siège dans le Soleil. Nos observations ayant été faites à deux points distant» l'un de l'autre d'une centaine de lieues, il est
194 PBBMIÈBB PAITIB.
impossible de supposer que des figures aussi nettes et aussi identiques soient produites par un phénomène de mirage ou par quelque autre cause semblable.
2** Les protubérances sont des amas de matière lumineuse ayant une grande vivacité et possédant une activité photogénique très-remarquable. Cette activité est si grande , que plusieurs des protubérances que nous voyons sur nos épreuves, et précisément la protubérance E (yfg". 79), n'ont pu être observées directement, même avec de bons instruments : c'est peut-être parce qu'elles n'émettaient que des rayons chimiques, et peu ou point de rayons lumineux.
3® Il y a des amas de matières protubérantielles suspendus et isolés comme des nuages dans l'atmosphère. Si leur forme est variable, les variations se produisent assez lentement pour qu'il soit impossible de les constater durant un intervalle de dix minutes.
4** Outre les protubérances, il existe une zone de la même matière, et qui enveloppe le Soleil de toutes parts. Les protubérances proviennent de cette couche; ce sont des masses qui se soulèvent au-dessus de la surface générale, et s'en détachent même quelquefois. Quelques-unes d'entre elles ressemblent aux fumées qui sortent de nos cheminées ou des cratères des volcans, et qui, arrivées à une certaine hauteur, obéissent à un courant d'air en s'inclinant horizontalement.
5^ Cette conclusion ressort évidemment de la protubérance C; elle avait déjà été mise en évidence par les nombreuses protubérances observées en i85i et surtout en i855.
6*^ Le nombre des protubérances est incalculable. Dans robser\^ation directe, le Soleil nous parut tout
STRUCTURE DU SOLEIL. igS
environné de flammes; elles étaient tellement multipliées, qu'il nous paraissait impossible de les compter. L'observation photographique a pleinement justifié cette première impression.
7** La hauteur des protubérances est très-considérable, surtout si l'on remarque que, pour l'évaluer, il faut tenir compte de la partie éclipsée par la Lune. Ainsi la protubérance E n'a pas moins de 3 minutes de hauteur, ce qui correspond à dix fois le diamètre de la Terre; les autres ont, pour la plupart, de i à 2 minutes d'élévation.
Ces phénomènes n'ont pas été particuliers a l'éclipsé de i86o. Pour en convaincre le lecteur, nous terminerons cette relation en reproduisant une figure tirée (les photographies du major Tennant (y?^. 83). Ces photographies exécutées à Guntoor, dans les Indes, pendant l'éclipsé de i868, ont été reproduites à Londres par M. de la Rue. On y voit la route suivie par la Lune, ainsi que son contour au commencement et à la fin de la totalité. On y voit également la position de l'équateur solaire et celle des pôles (i). Dans la gravure anglaise on avait exagéré la grandeur des taches. Nous leur avons restitué leur position et leur grandeur véritables, d'après les observations faites le même jour au Collège Romain.
Cette figure parle assez par elle-même et fait voir quelles sont les dimensions des protubérances. Par l'observation directe, on avait trouvé pour la corne A une hauteur de 3 minutes; il résulte de l'observa-
(0 Monthlf Notices of Ast, Soc., vol. XXIX, n" 3.
ig6 PRKIllfeBE PÀtTlB.
tion photographique que cette hauteur est réellement
Fig. 83.
de yn^'^j plus de dix fois le diamètre de la Terre, environ 65oooo kilomètres.
Dans la dernière éclipse, le nombre des protubérances n'était pas moins grand qu'en 1860. De j>lus, les observateurs étant échelonnés sur une ligne trèslongue, leurs observations embrassent un intervalle de temps plus considérable. Or on trouve que la grande protubérance photographiée à Aden diffère un peu de celle qui a été photographiée à Guntoor. On a doncî la preuve d'un mouvement intérieur qui s'est produit d'une manière sensible pendant un in-
8TRUGTUBB DU SOLBIL. ig7
tervalle de quarante minutes. La réalité de ce mouvement, et des changements qui en sont la conséquence, est d'ailleurs confirmée par les dessins des différents observateurs. Ainsi, à Malacca, les observateurs français représentent la protubérance A inclinée vers la droite. Deux heures quarante minutes plus tard, à Mantawalock, elle apparaissait comme une tour droite avec une pointe dirigée dans le sens opposé {fig. 84). A Aden elle paraissait inclinée à droite, tandis qu'à Labouan elle se dirigeait vers la gauche. Du reste les observations optiques s'accordent avec les photographies pour la re}>résenter avec une structure spirale, comme l'indique la fig. 84 due au major Tennant.
Fig. 84.
On a également remarqué dans les photographies les traces de l'arc rosé et une nébulosité assez vive s'étendant de l'équateur solaire jusqu'à la région des taches, observation qui justifie ce que nous avions dit en i86o de la forme elliptique de l'atmosphère solaire. Cette atmosphère est indiquée dans X^fig- 83 par un trait ponctué. En 1867, le P. Cappelletti avait observé dans la même région une lumière plus vive, et il avait pu faire cette remarque malgré un voile de nuages qui couvrait la couronne. I..es conclusions finales de toutes ces observations sont les suivantes :