CHAPITRE XXXI
Le Silence
i et 2. Le silence véritable et parfait consiste à ne pas seulement s'abstenir des paroles défendues, à savoir : calomnie, mensonge, parjure, propos impudiques, paroles de légèreté ou de colère, paroles injurieuses, malveillantes ou oiseuses, etc., mais encore à refuser à sa langue les paroles utiles et permises. «Je suis resté muet, dit le Psalmiste, et dans le silence, et je me suis abstenu (même) de bonnes paroles y (Ps. ?8, v. j) ; et la Glose : « Il ne va pas jusqu'à ce qui est défendu, celui qui prudemment se refuse ce qui est permis » (i). Il n'y a pas que les paroles inutiles et nuisibles, en effet, qui laissent la grâce s'écouler (et se perdre), mais les paroles utiles également, lorsqu'on en use sans
(i) Glose interlinéaire (Bible de Douai, t. 3, col. 66). Cette glose est de saint Grégoire le Grand, au livre 5 des Morales, P. L. t. 75, col. 688. Il s'agit aussi bien des pensées et des actions que des paroles. Et saint Grégoire est plus catégorique : « Seul, il ne tombe pas dans le mal, celui qui, de temps en temps, par précaution, ne s'accorde même pas ce qui est licite. »