LA CONTEMPLATION
.eur, pour ceux qui espèrent en vous, pour « l'àme qui vous cherche » (Lamentations, cb. 3,
;). Et si l'on s'efforçait de détourner de ce bien cette âme sainte, je pense qu'elle ne l'accepterait pas autrement que si elle se voyait privée du paradis et de l'entrée même dans la gloire. Ecoutez encore une autre parole semblable à la première : « Mon coeur vous a parlé, dit le Psalmiste, mes « yeux vous ont cherché, ô Seigneur, je chercherai « votre face » (Ps. 26, v. S). « Pour moi, affirmait- « il a ce propos, être uni à Dieu, c'est mon bon- « heur y (Ps. y 2, v. 28) ; et se parlant à lui-même : « Mon âme, retourne à ton repos, parce que le Sei- « gneur t'a comblée de biens » (Ps. 114, v. 7). Aussi, je vous le déclare, quiconque a reçu une fois ce bienfait, il n'est rien qu'il ne redoute comme de devoir, abandonné par la grâce, sortir encore de lui-même pour aller aux consolations : je veux dire aux désolations de la chair, et supporter à nouveau le tumulte des sens charnels » (S. Bernard) (1).
Saint Augustin était dans cette contemplation lorsqu'il disait : « Je ne trouvais plus plaisir à ce que je faisais dans le monde, et cela m'était grandement à charge, parce que les passions ne s'enflammaient plus, comme d'habitude, à l'espoir des honneurs et de l'argent. Et je ne m'y plaisais plus, à
1) Sur les Cantiques, 35e Sermon.
i8o LE PARADIS DE L'AME
cause de votre douceur, ô mon Dieu, et de la beauté de votre maison que j'aimais » (i).
4. Celui-là a la preuve de la véritable contemplation, qui s'ennuie de vivre en ce monde malheureux, affirmant avec Tobie : « Il est meilleur pour moi de mourir que de vivre » (cb. 3, v. 6) ; avec Job : « Mon âme est fatiguée de la vie » (cb. 10, v. 1) ; et avec saint Paul : « Malheureux homme que je suis ! qui me délivrera du corps de cette mort? » (Rom., cb. 7, v. 24). Et aussi, celui qui a soif de la source de vie, et qui soutient avec le Psalmiste : « Comme le cerf soupire après les sources d'eau, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu » (Ps. 41 , v. 2).
Saint Grégoire dit à ce propos : « La vie contemplative consiste sans doute à garder, de tout son coeur, l'amour de Dieu et du prochain, mais aussi à s'abstenir des actions extérieures et à s'attacher uniquement à désirer le Créateur, de sorte qu'on trouve bon de ne plus rien faire, mais de s'exciter à voir la face de son Dieu après avoir rejeté tout souci. C'est alors qu'on sait porter avec tristesse le poids d'une chair corruptible; on a appris à désirer ardemment de se trouver avec les chœurs des Anges qui chantent des hymnes, de se mêler aux citoyens du ciel, et de se réjouir, en présence de Dieu, de l'éternelle incorruptibilité » (2)«»-
(1) Livre 8e des Confessions, ch. 1. P. L. t. 3 2, col. 749.
(2) II' livre des Homélies sur E{écbiel, hom. 2. P. L. t. 76, col. 359.
LA CONTEMPLATION iS i
5. C'est une preuve de contemplation fausse que d'avoir, sur Dieu ou sur l'une de ses perfections, des idées contraires à la vérité de la Sainte Écriture, et de les défendre témérairement, par des raisonnements. Telle fut l'origine des hérésies anciennes : celle d'Arius, il niait que le Fils soit éternel et consubstantiel au Père ; celle de Sabellius, il confondait les personnes dans la Trinité et ne mettait entre elles qu'une différence de noms, alors qu'elles diffèrent vraiment par leurs propriétés : ainsi le Père a la propriété de ne pas pouvoir être engendré, le Fils a en propre la nascibilité, et le Saint-Esprit, la procession.