‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 96 sur 161 · LA MISERICORDE · texte numérisé non relu

LA MISERICORDE

ma mère... Je ne laissais pas dehors l'étranger, ma porte était ouverte au voyageur » {Job, cb. 31, v. 16-19, 32)-

Mais, dit saint Grégoire, celui qui donne son argent, et qui ne pardonne pas, celui-là ne fait nullement miséricorde (1). Aussi le vrai miséricordieux, avant même qu'on l'en prie, pardonne toute injure, du fond du cœur et spontanément, sans vouloir se venger a l'avenir, directement ou par intermédiaire. Et il est même plus disposé à pardonner que l'offenseur à demander pardon, parce que le péché de celui-ci lui fait plus de peine que son propre chagrin provenant de l'injustice qu'il supporte. A Séméï qui lui jetait des pierres et qui le maudissait, David pardonna de grand cœur et sans en être prié ; et il défendit aux ennemis de Séméï de le tuer, en disant : *< Laissez-le, qu'il me maudisse, Dieu le lui a ordonné. Qui sait si le Seigneur ne regardera pas mon affliction et ne me rendra pas du bien pour la malédiction d'aujourd'hui ? (IIe liv. des Rois, cb. 16, v. 1 1 et 12). De la même manière, Joseph avait devancé la demande de ses frères, et en pleurant sur chacun d'eux, il leur avait pardonné (Gen., cb. 4y. v. /5).

Même cela ne suffit pas' a celui qui est vraiment miséricordieux. Il faut encore qu'il obtienne de Dieu, par ses prières, le pardon en faveur de ceux

(1) 22e livre des Morales. P. L. t. 76, col. 229.

qui le traitent avec injustice. Moïse demanda grâce pour les Juifs qui avaient voulu le lapider : « Seigneur, suppliait-il, pardonnez-leur ce péché ; sinon, effacez-moi du livre que vous avez écrit » {Exode, cb. 12, v. 32). Etienne fit de même pour ceux qui le lapidaient {Actes, cb. 7, v. 60), et le Seigneur Jésus obtint à ses bourreaux grâce et pardon. Ils avaient dit l'un et l'autre : « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » {Luc, cb. 23, v. 34). C'était excuser ceux qui les maltraitaient de la pire façon ; cela revenait à dire : ils n'ont pas conscience, ils ne savent pas ce qu'ils font, donc on ne doit pas leur en faire un crime, mais leur pardonner avec clémence.

3. Dieu en lui-même est souverainement miséricordieux, et il aime sans mesure chez les autres la miséricorde. Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit : « Allez apprendre ce que signifie cette parole : Je veux la miséricorde, et non le sacrifice » ? (Matt., cb. ç, v. 13). Cela doit nous exciter à aimer la miséricorde véritable.

Autre chose encore nous conduit à la miséricorde. Ce Dieu, dans son jugement, sera sans pitié pour les hommes impitoyables. L'apôtre saint Jacques nous l'affirme : « Le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n'aura pas fait miséricorde » (cb. 2, v. 13). Les autres, au contraire, obtiendront du Seigneur miséricorde avec abondance. 11 est écrit : « Celui qui a compassion du pauvre prête à

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