SCENE IV
GEORGES, Madame DURAND, entrant par la gauche. Mad. D0R4ND , parlant au suisse.
Monïe'„rMZ»nr.î- VOi'à T" ,aiss«-Pa^. {à Georges.) monsieur, la ire. division , bureau n°. i ? & y
Tl , GEORGES.
11 n y a encore personne.
Mari. DURAND.
et We!î0<"Si.eUr' • ' maiS V0"S V°*ez 1ue J'ai "n laissez-passer et«enesieenainementpassaiispeme... V
Jetons di* qu'il n> a encore personne , exeep.é un surnu-
Mad. DURAÏVD.
Eh bien! dès qu'il y a quelqu'un.
GEORGES
Qu'est-ce qui vous parle de quelqu'un ?. . . Je vous dis m* surnumera.re. . . vous arrivez de trop bonne heure.
Mad. DURAND.
Pardon , je croyais qn'on ne pouvait jamais arriver de trop bonne heure. Je vous demanderai alors la permission cS tendre et de me chauffer au poêle.
{Elle prend la chaise du garçon.)
GEORGES
Et bien! c'est sans gêne.
Mad. DURAND.
Voyez-vous, c'est un entrepôt de tabac que je sollicite depuis Jong-tems , et que j'aurais déjà eu sans mon mari.
GEORGES
Est-ce qu'il ne voudrait pas?
Mad. DURAND.
Et bon Dieu ! il n'a jamais eu de volonté, et encore moins à présent , le pauvre cher homme: mais il n'a jamais su faire les choses a propos . . . Imaginez-vous qu'il vient de se laisser mourir.
GEORGES
Cest bien malheureux !
liâd. durand.
Oui , sans doute , car sans cela j'avais l'entrepôt de Saint- Malo. On prétend qu'il faut un homme pour remplir cette place?. . . Dieu sait pourtant comme le défunt s'entendait à remplir une place. Mais comment trouver un mari? Ditesmoi; vous qui voyez tant de monde ici, vous ne pourriez pas m'indiquer?. . •
GEORGES
Eh! mon Dieu, attendez... je vois d'ici votre homme... c'est même un concurrent, et un concurrent redoutable. . . M. Lespérance , le plus rude solliciteur.
Mad. DURAND.
Et vous croyez qu'il voudrait...
GEORGES
Lui, pour obtenir une place, il est capable de tout... Vous ne le connaissez pas.
Air : Je me suis marié.
C'est le roi des furets , Il guette , il rôde , il trotte ; Son unique marotte Est de courir après Ses éternels placets.
Du ministère, au Louvre , \^ Dès que la porte s'ouvre ,
Soudain on peut le voir , \^ j Avec son habit noir.
\ Chef de bureau , préfet ,
Commis , il vous menace ; Craignez d 'entrer en place , Vous aurez son billet Avec votre brevet ; Car c'est d'après la gazette Qu'il règle sa courbette , Et son souris flatteur D'après le Moniteur...
En mai comme en janvier , Que le ministre change , Lui , rien ne le dérange , 11 est , sur l'escalier , Ferme comme un pilier ; Et l'huissier du ministère , S'il en taisait l'inventaire , .Ne pourrait l'oublier Dans notre mobilier.
Le Solliciteur. B
( io)
Dans les mêmes instaus On le voit aux finances ; 11 est aux audiences , Et trouve encor du tems Pour nos représentans.
En un mot , il se fatigue , Ma rche , travaille , intrigue , Le tout pour parvenir A ne rien obtenir.
Mad. DURAND.
Il pourrait finir par arriver, et c'est un rival trop dangereux. Mais dès que vous me promettez de lui parler. . . Que d'obligations je vous aurai. (Fouillant dans son sac.) Mon Dieu ! je n'ai là que mon mouchoir et ma pétition... mais, je crois entendre sonner dix heures. . . je puis entrer, je crois?...
geokges.
Oh! sans difficulté; mais une autre fois ayez plus de mémoire, et rappelez- vous qu'on n'entre qu'à dix heures.. C'est qu'en venant sitôt on se presse, et on oublie toujours quelque chose ( A part. ) Attrape çà. {Mad Durand entre dans le bureau a droite.) Et moi , n'oublions pas le déjeûner de M. Armand, {il entre également à droite avec un petit pain et une caraffe dû eau. )