SCÈNE XVIII
Les précédens, LESPÉRANCE.
( Sur la ritournelle de l’air , on voit Lespérance descendre rapidement l’escalier. )
LESPÉRANCE.
Air : Je triomphe ! ali quel bonheur !
Ah ! je triomphe ! ah ! quel bonheur !
Je suis nommé , j’ai l’entrepôt.
Eh bien ! vous ne vouliez pas croire à mon crédit.
ARMAND
Comment, vous auriez vu le ministre?
MAD. DE VERSAC
Malgré la consigne ?
LESPÉRANCE.
Bah! la consigne... Est-ce qu’il y en a pour moi ?... Je ne vous dirai pas comment j’ai franchi l’escalier... me voilà dans le corridor.
Air : J'ai vu le parnasse des dames.
Je conçois que dans cette enceinte
On connaisse mal les détours ;
Moi-même dans ce labyrinthe
J’ai fait , je crois , plus de cent tours.
Vainement on passe, on repasse;
L'on va , l’on vient; peu s’en fallait
Qu’en ces lieux je ne m’égarasse...
J’avais vraiment l’air d’un placet.
J’arrive sur la pointe du pied jusqu’à l’antichambre du ministre; je guette, j’observe... j’aperçois une vieille face de solliciteur... physionomie féodale , dont les bâillemens annonçaient au moins deux heures d’attente... Je prête l’oreille... il grommelait entre ses dents : « Faire ainsi croquer le marmot à M. de la Ribardière ! •
mad. de versac , à Armand.
C’est celui dont je vous parlais.
LESPÉRANCE.
Il avait l’air de méditer sur l’éternité... à laquelle un solliciteur doit toujours croire. Son tour vient; les deux battans s’ouvrent, et l’huissier annonce, d’une voix de Stentor : M. de la Ribardière ! Notre homme cherche à se soulever d’un fauteuil où il avait , pour ainsi dire , pris racine... Embarrassé
de sa toux , de son parapluie à canne et surtout de son épée... une faiblesse le fait retomber dans son fauteuil. Je ne perds pas un instant , et tandis qu’il s’efforce de se redresser, je m élance comme une flèche ; j’étais dans le cabinet du ministre , et j avais déjà fait deux ou trois révérences qu’il n’était pas encore debout. »
MAD. DE VBISAC.
J’avoue que je ne connaissais pas cette manière d’escamoter une audience...
LE8PERANCE.
Son Excellence témoigne d’abord quelque surprise... Je tire au hasard de ma poche une de mes pétitions; son Excellence daigne la lire, en disant : Ah ! je sais ce que c'est ... Je le crois bien c était peut-être la quatrième qu’il recevait... Je connais les talens de ce jeune homme... Ce jeune homme !... votre Kxcellence est bien bonne... ci-devant jeune homme. D'ailleurs, continua-t-il , c’est une famille de braves. Je ne sais pas au. a pu dire cela à son Excellence ! le fait est que i’ai eu un frère conscrit. Alors, après avoir écrit quelques mots de sa main, le ministre a remis la pétition au sécrétaire en disant*: Que le brevet soit expédié sur-le-champ.
MAD. DE VERSAC
Comment... il est possible !
, lespérance.
a' 1 .’ h< î nneur de vous dire. Ma pétition est au secrétariat-génera! , et comme c’est à votre bureau que ça v. f nt,]e vous pnera. de me faire délivrer cela promptement. mad. de vebsac.
Kh bien ! qu en dites-vous?
ARMAND
-Jt* S ‘ ° e t* là , ce 1 u .’ on appelle l’art d’obtenir des places , je risque bien de ne jamais en avoir.