‹ Le Solliciteur ou l'art d'obtenir des places Comédie en un acteChapitre 2 sur 22 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

"ne petite table, près le bureau n« , ,

GHIARDET , en no, r , avec une médaille , se promenant * r escaher du fond; ARMAND, Madame DE

VMdAL , sortant du bureau à droite.

MAD. DE VERSAC

Oui , mon cher Armapd , vous avez beau dire, je parlerai pour vous , et je réussirai. r

ARMAND

Je n’en doute point , ma jolie cousine ; mais pourtant ie vous pne de n en rien faire. J

MAD. DE VERSAC

Eh! pourquoi donc?.. Quand on ne demande pas pour sm, on est bten hard,. L entrée de votre ministère m’avait d abord effrayée ; ces grandes portes , ce concierge , ces fac tionnaires.... Ou va Madame ? Que demande Madame? Votre* smsse a un air rébarbatif.... Mais vos chcfsde bureaux... e’est b.cn différent ! Quel a lr gracieux !... quel ton prévenant . comme le ison i de leur voix s’adoucit quand ils vous offrent le tauteud obligé.... Cest charmant de solliciter !... J e ne m’étonne plus si tant de gens s’en mêlent.

ARMAND

Et voilà justement ce qui me désespère.

Air : IL me faudra quitter l'empire.

Qu’un intrigant vante ses artifices ,

Prône en tous lieux et son aèie et sa foi ,

Loin de parler de mes services ,

Eux seuls ici doivent parler pour moi.

Oui, i’honnétc homme qu’on oublie,

Loin de>se plaindre et de solliciter,

Met à servir son prince et sa patrie Le temps qu’un autre emploie à s’en vanter.

MAD. DE VERSAC

Entendons-nous , cependant : c est fort bien d'avoir du mérite, mais il faut que le mérite parle.

Air : Le premier pas.

Il faut parler:

Le talent et le zélé A la faveur doivent se rappeler :

Des protecteurs la mémoire est rebelle ,

Et près des grands , comme auprès d’une belle ,

Il faut parler.

Et si vous gardez le silence , le ministre ira-t-il deviner que vous êtes un officier distingué ?... que vous avez payé de votre personne sur le champ de bataille ? que depuis un an vous travaillez gratis dans ses bureaux?...

ARMAND

Quoi ! vous voulez que j'aille demander moi-même ?

MAD. DE VERS AC

Non , certes.... Mais si je prends ce soin , qu’avez-vous à répondre ? ^

ARMAND

Je répondrai.... que ce n’est pas le ministre qu’il m’importe le plus de fléchir.

MAD. DE VERSAC

Que voulez-vous dire ?

Air à' Agnès Sorel.

II est une personne encore Qui peut bien plus pour mon bonheur !

Vous la connaissez, mais j’ignore Si vous voudrez parler en ma faveur.

Loin de croire à la réussite,

Tout espoir est pour moi perdu,

Depuis un an , hélas! je sollicite.

Et n’ai rien encore obtenu.

MAD. EE VERSAC

Comment! vous sollicitez quelque chose.... de moi?... Eh! mais il fallait donc parler.... Je suis comme le ministre , je n’entends pas les gens qui se taisent , et ne peux accorder ce qu’on ne me demande pas.

ARMAND

Pouvez-vous blâmer mon silence?... Vous êtes riche!... moi , sans état dans le monde , sans place....

MAD. DE VERSAC

liaison de plus pour en avoir une. Votre chef m’a fait espérer aujourd’hui une audience du ministre.... Et j’étais si empressée à venir, que je n’ai oublié qu’une.chose assez essentielle.... c’est votre pétition que j’ai laissée sur ma toilette... Vous aviez raison , pour une solliciteuse, je n’ai pas une trop bonne tête.... Mais il est eneorc de bonne heure , et je vais....

ARMAND

Vous avez le laissez-passer pour rentrer?

MAD. DE VERSAC

Oh ! j’ai tout ce qu’il faut.

Air ; Bonsoir, noble dame. ( Comte Ory. )

Prenez confiance ,

Moi , j’ai l’assurance

Die

Que ce projet-là Nous réussira.

ARMAND

Sans peine on délie Le sort et ses coups,

Quand femme jolie Veille ainsi sur nous.

MAD. DE VERSAC

Oui , c’est mon génie Qui veille sur vous.

ARMAND

Quand femme jolie \. Veille ainsi sur nous.

( Armand conduit madame de Ver sac. )

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