SCENE V
LESPERANCE, en bas noirs, habit noir serrant la taille, chapeau sur la tête ; il ouvre la porte vitrée à gauche , et regarde autour de lui.
Personne.... Si je me suis bien orienté sur ma carte topographique du ministre , voici la grande entrée et l’escalier du ministre.... et c’est par-là que moi, Félix Lcsperance , je prétends enlever l’entrepôt de tabac de Saint-Malo , vacant par décès du titulaire. Ils sont là, par l’entrée ordinaire, trois ou quatre cents personnes à attendre leur tour , chacun son numéro.... On appelle n® i , n° 2 , n® 3 ... ; moi qui ai justement le 399.... et, dès que je voulais me faufiler ou anticiper sur le voisin, ils étaient tous à crier , à la queue ! ... à la queue !... et puis les bourrades, v’ian , v’Ian ; encore si ça avait dû me faire avancer, je ne dis pas.... parce que dès qu’on avance le reste n’est rien. Mais quand j’ai vu que c’était en pure perle, je les laisse là.... je fais le tour, et j’entre par la grande porte avec Azor, qui ne me quitte pas , et qui connaît tous les ministres comme moi-même. — Monsieur , Monsieur ! les chiens n’entrent pas. — Je ne prends pas ça pour moi.... je continue mon chemin. — Monsieur! votre chien !... — jenefais pas semblant de le connaître, je vas toujours comme s’il n’était pas de ma compagnie.... et, pendant que le suisse en baissant sa hallebarde poursuit ce pauvre Azor dans la cour, je me glisse imperceptiblement derrière lui.... et me voilà.... et il y a des musards qui vous disent: Mais comment donc faites- vous! on vous trouve partout. .. L’audace!... je ne connais que l’audace, moi.... Audacieux et fluet, et l’on arrive à tout.