LE MOUVEMENT PERPETUEL
apparaisse à nos conjectures comme une pure loi abstraite qui , se développant en lois subordonnées , aboutit sur tous les points de retendue et de la durée h réclosion incessante des individus et au flux inépuisable des événements. Très probablement, la nouvelle loi mécanique sar la conservation de l'énergie est une dérivée peu distante de cette loi suprême; car elle pose que tout cliangement engendre un changement capable de le reproduire sans addition ni perle; que, parlant, le second équivaut exactement au premier, et qu'ainsi, visible ou invisible , la quantité de l'effet ou travail demeure toujours la même dans la nature. Or, si... cet effet, qui est l'être persistant des choses, se ramène au mouvement, si tous les événements physiques et moraux se réduisent ii des mouvements, si le mouvement lui-même est un composé de sensations infiniment réduites, si l'existence, partout homogène, est partout constituée par les combinaisons de cet élément si simple, il est permis d'espérer qu'on approche de l'époque où, ayant constaté sa présence universelle et sa persistance indestructible, on pourra chercher les raisons de l'une et de l'autre, examiner s'il y avait d'autres éléments possibles, et savoir non-seulement qu'il est, mais pourquoi il est. »
Voilà qui est catégorique : tout changement engendre un cliangement capable dele reproduire sans addition ni perte ; l'existence est partout constituée par les combinaisons du mouvement dont la persistance est indestructible; par conséquent, la nature aboutit sur tous les points de l'étendue et de la
durée à l'éclosioii incessante des individus et au flux inépuisable des événements *.
Mais tout cela est-il vrai? Le mouvement perpétuel serait-il en effet possible ? Évidemment , il ne s'agit pas ici du rêve de quelques intelligences détraquées qui poursuivent la réalisation d'une machine capable non-seulement d'entretenir son propre mouvement, mais d'exécuter en outre un certain travail. Cette extravagance n'a pas besoin d'être réfutée. Je parle du mouvement perpétuel pur et simple. Sans doute, quand on se place dans le domaine exclusif'de l'abstraction et qu'on se maintient rigoureusement sur le terrain de l'un ou l'autre principe formel de la logique, on peut, avec quelque apparence de raison, avancer que la cause passe tout entière en ses effets, et, par suite, que ceux-ci ont la puissance virtuelle de reproduire la cause. En ont-ils la puissance effective? Ceci est une autre question; c'est même la seule question, et c'est ce que nous allons voir.
Il semble, avant toute réflexion ultérieure, que la mécanique théorique et rationnelle réalise sans contradiction le mouvement perpétuel , en transformant alternativement la cause en effet et l'effet en cause. Témoin le pendule. Un point mathématique pesant, et suspendu par un fil rigide et inextensible, dans un milieu non résistant , h un point fixe autour duquel il peut se balancer sans frottement ,
1 M. Ribot, dans un article sur le Rôle psychologique des mouvements ( Revue philos., oct. 1879, p. 384 ) , me paraît verser dans Ja même erreur. " Il est impossible, dit-il , que le mouvement ne se restitue pas au dehors sous quelque forme. - Il esl vrai que cette phrase est susceptible de plusieurs interprétations.