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CHAPITRE PREMIER

$ 1. — Les phénomènes du son dans la nature,

L'absence de tout son, de tout bruit, en un mot le silence absolu, est pour nous synonyme d’immobilité et de mort. Nous sommes tellement habitués à entendre, ne fût-ce que le bruit que nous faisons nous-mêmes, que nous avons peine à concevoir VPidée d’un monde complétement silencieux et muet, comme paraît être la Lune, si l’on en croit les données de l’Astronomie.

Sur la Terre, les phénomènes du son se manifestent à tous les instants de la durée. Certes, il y a

sous ce rapport une grande différence entre nos

grandes cités, les mille bruits dont les oreilles y - sont perpétuellement assourdies, et le murmure doux et confus qu’on entend dans les plaines. Quel contraste aussi entre le calme des régions alpestres

et des régions polaires où toute vie disparaît, et les

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rives retentissantes de l'Océan ! Là, le silence n’est

rompu que par le roulement sourd des avalanches, | :

le craquement des glaces, ou encore par le mugissement du vent dans les rafales. Le grondement

du tonnerre, si prolongé dans les plaines, n’existe

pas sur les hautes montagnes : au lieu de cette détonation terrible qui d'ordinaire caractérise les coups de foudre et dont la répercussion multiplie la durée, c’est un coup sec, pareil à l’explosion d’une arme à feu. Sur les bords de la mer, au con-

traire, l'oreille est assourdie par le bruit continu

des lames qui déferlent ou se brisent sur les rochers, et par ce grondement sourd, uniforme, qui accompagne comme une basse solennelle les notes plus aiguës .que produisent les vagues, en frappant le sable et les galets.

Dans les tempêtes, ce grondement monotone devient une effroyable discordance. Écoutez Michelet, décrivant la grande tourmente d'octobre 1859, à l'entrée de la Gironde :

«… Cinq jours et cinq nuits, sans trêve, sans augmentation ni diminution dans l’horrible. Point de tonnerre, point de combats de nuages, point de

déchirement de la mer. Du premier coup une grande

tente grise ferma l'horizon en tous sens; on se trouva enseveli dans ce linceuil d’un morne gris de cendres, qui n'ôtait pas toute lumière, et laissait

découvrir une mer de plomb et de plâtre, odieuse et désolante de monotonie furieuse. Elle ne savait:

qu’une note. C'était toujours le hurlement d’une grande chaudière qui bout. Aucune poésie de ter-

reur n’eût agi comme cette prose. Toujours, toujours :

le même son : Heu! heu! heu! ou: Uh!uh!uh!

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