COMMUNICATIONS DES SONS
par un second diapason à l'unisson du premier et monté de la même manière. Si l'on fait vibrer fortement l'un des diapasons, l'autre commence, au bout de fort peu de temps, à vibrer par influence. Si l'on arrête le son du premier en le touchant un instant avec la main, le second continue à résonner, et le premier recommence à son tour, sous l'influence des vibrations communiquées à l'air par le second. Si l'on fixe un petit peu de cire sur l'extrémité des deux branches de l'un des diapasons, ce qui en abaisse le son
Fig. 43.
d'une manière à peine appréciable à notre oreille, il n'est plus à l'unisson du second et ne peut se mettre en vibration. En effet, les durées des vibrations ne sont plus les mêmes, et les chocs des vibrations produites dans l'air par l'un des diapasons peuvent bien, pendant un certain temps, suivre à peu près les mouvements du second, et par suite les augmenter, mais il arrive bientôt un moment où ils agissent en sens contraire et détruisent l'effet qu'ils ont produit au commencement.
Les corps plus légers et plus faciles à mettre en vibration,
184 l'harmonie musicale
les cordes par exemple, prennent plus vite les vibrations, de l'air ; aussi est-il plus facile de les faire parler sous l'influence d'un autre son, même lorsque celui-ci n'est plustout à fait à l'unisson de leur propre son.
Si l'on produit plusieurs sons à la fois à côté d'un piano, l'une quelconque de ses cordes ne peut vibrer que si son propre son s'y trouve. Imaginez qu'on ait enlevé tous les étouffoirs d'un piano et placé sur toutes les cordes de petits chevalets de papier, qui tomberont dès que la corde sera ébranlée. Si maintenant, dans le voisinage de ce piano, des voix humaines ou des instruments produisent des sons, vous ne verrez tomber que des chevalets, des cordes dont le son aura été produit. Vous voyez par là que le piano sait résoudre en ses différentes parties constituantes le pêle-mêle des ondes qui parcourent l'air.
Ce qui se passe en pareil cas dans notre oreille ressemble peut-être beaucoup à ce que nous venons de voir dans le piano. Dans la profondeur de l'os temporal, dans la portion pierreuse dans laquelle est creusée notre oreille interne, se trouve un organe particulier appelé limaçon, parce qu'il consiste en une cavité remplie d'eau, et ressemblant complètement à la partie interne de la coquille du limaçon si commun dans nos vignobles. Le limaçon est divisé dans toute sa longueur en trois parties (supérieure, moyenne et inférieure) par deux membranes tendues à la moitié de sa hauteur. Dans le compartiment moyen, le marquis de Gorti a découvert des organes très-remarquables, de petites plaques microscopiques innombrables, rangées régulièrement les unes à côté des autres comme les touches d'un piano, communiquant par l'une de leurs extrémités avec les fibres du nerf acoustique, et par l'autre avec la membrane tendue.
La figure 44 montre cette disposition excessivement compliquée d'une portion de la membrane qui divise le limaçon. Les arcs qui quittent la membrane en d, pour s'y fixer de nouveau en e, atteignent leur plus grande hauteur