‹ Le son et la musique : (volume 2)Chapitre 71 sur 100 · VIBRATIONS SONORES DES CORDES · texte numérisé non relu

VIBRATIONS SONORES DES CORDES

qu'elles peuvent elles-mêmes prendre pendant leur mouvement des formes très-différentes, que l'on peut, de même que les formes d'ondes, regarder comme composées d'ondes simples. Nous avons déjà vu (fig. 40, p. 177) les formes successives que prend une corde frappée à l'aide d'un petit bâton. La figure 47 nous montre un certain nombre d'autres formes correspondant à des sons simples : la ligne pleine indique la courbure maximum que prend la corde dans un

sens ; la ligne ponctuée indique la courbure maximum dans le sens opposé. En #, la corde rend le son fondamental, le son simple le plus bas qu'elle puisse donner; elle oscille dans toute sa longueur successivement dans les deux sens. En 6, elle se divise en deux parties vibrantes, entre lesquelles se trouve un point de repos, un nœud p : le son produit est l'octave supérieure du son fondamental ; chacune de ces deux portions donnerait isolément le même

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son, et fait, ainsi que la corde totale, deux fois plus de vibrations que dans a. En c, nous avons trois nœuds, trois portions vibrantes et trois fois autant de vibrations que dans le son fondamental, dont on entend la douzième; en ■d, nous avons quatre divisions, quatre fois plus de vibrations que dans a, la double octave supérieure.

Il peut de même se présenter des formes avec 5, 6, 7, etc., parties vibrantes ; toutes les autres formes des cordes peuvent être considérées comme composées d'une somme de vibrations simples de ce genre.

On peut produire la division des cordes en plusieurs parties séparées par des nœuds, en touchant légèrement du doigt ou avec une petite baguette l'endroit d'un de ces nœuds, pendant que l'on fait vibrer la corde, soit par un coup d'archet, soit en la pinçant ou en laissant tomber le marteau du piano. On obtient ainsi les sons harmoniques des cordes, dont les violonistes font si souvent usage.

Si maintenant nous touchons légèrement en p (flg. 47) une corde mise en vibration d'une manière ou d'une autre, les formes vibratoires a et c sont gênées et s'affaiblissent ; les formes b et d, pour lesquelles p est un nœud, ne subissent aucun changement, et continuent à vibrer. On peut donc ainsi reconnaître facilement si une corde attaquée d'une manière déterminée produit certains sons simples, et l'on peut isoler ces sons.

Si l'on a ainsi réussi à entendre les divers sons simples produits en même temps par une corde, on parvient, en redoublant d'attention, à les distinguer dans le son primitif de la corde.

La série de sons qui se joignent ainsi à un son fondamental donné est parfaitement déterminée : ce sont les sons qui correspondent à deux, trois, quatre, etc., fois plus de vibrations que le son fondamental. On les appelle harmoniques supérieurs du son fondamental. Si nous appelons

ce son fondamental ut, la série des harmoniques , en langage musical ordinaire, sera :

r j ■ .. ,■ r hr f=iJ:

De même que les cordes, presque tous les instruments de musique produisent des ondes sonores qui ne correspondent pas complètement à la forme de l'onde pure; elles sont presque toujours composées d'un nombre plus ou moins grand d'ondes simples. L'oreille les analyse toutes d'après ce principe de Fourier, mieux que le mathématicien le plus habile ; elle entend, en s'y appliquant convenablement, les harmoniques correspondant aux ondes simples isolées. Ce fait est, du reste, complètement d'accord avec l'idée que nous nous faisons des organes de Gorti. L'expérience nous montre par l'exemple du piano, et la théorie mathématique nous apprend d'une manière générale, que dans un son donné, le son fondamental n'est pas seul capable de communiquer son mouvement à un autre corps ; les sons harmoniques ont aussi cette propriété. Il en résulte que dans le limaçon de l'oreille, un son extérieur ne met pas simplement en vibration la petite plaque qui correspond à sa note fondamentale; les plaques correspondant aux différents harmoniques supérieurs vibrent aussi et communiquent leurs vibrations aux fibres nerveuses, en sorte que nous percevons les harmoniques en même temps que le son fondamental. '

D'après ce qui précède, on ne doit donc appeler un son simple, que lorsqu'il est produit par un système d'ondes simples. Toutes les autres formes d'ondes, telles qu'elles sont produites par la plupart des instruments de musique, produisent des sensations acoustiques multiples.

Blaserna. 13

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Il en résulte qu'au point de vue de la sensation, tous les sons produits par des instruments de musique doivent être considérés comme des accords où prédomine le son fondamental.

Toute cette étude des harmoniques vous paraît peut-être nouvelle et étrange. Vous avez tous déjà souvent entendu ou fait vous-même de la musique, vous jouissez peut-être d'une oreille musicale très-bonne, et cependant je suis sûr que fort peu d'entre vous ont observé ces sons qui, d'après ce que je viens de vous dire, existent toujours. Il est à remarquer qu'il faut un certain degré d'attention pour les entendre, sans quoi ils nous restent cachés. Nos perceptions par les sens ne sont pas de simples sensations du système nerveux ; il faut toujours une activité particulière de l'âme pour passer de la sensation du nerf à la représentation exacte de l'objet extérieur qui a produit la sensation. Les sensations de nos nerfs sensitifs sont pour nous des signes d'objets extérieurs, et l'exercice seul peut nous apprendre à tirer de nos impressions des conclusions justes sur l'objet qui les a produites. Mais il est une loi générale pour toutes les perceptions par les sens : c'est que nous ne faisons attention à nos sensations que si elles peuvent nous servir à reconnaître les objets extérieurs; sous ce rapport, nous sommes tous, plus que nous ne le pensons, partisans de l'utilité pratique. Nous avons l'habitude d'ignorer toutes les impressions qui n'ont pas un rapport direct avec les objets extérieurs ; nous ne nous en occupons que dans des recherches scientifiques sur l'activité des sens, et dans des maladies pendant lesquelles nous dirigeons davantage nos observations sur les phénomènes de notre corps. Que de personnes voient pour la première fois nager dans leurs yeux de petits grains, de petites fibres, qu'on appelle des mouches, lorsqu'elles sont atteintes d'une légère inflammation des yeux ; elles se font alors les idées les plus hypochondriaques sur la présence de ces corpus-

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