RIDES SONORES
réfléchi dressons cette grande lentille convergente, qui projette sur l’écran l’image amplifiée de la surface liquide. Faisons maintenant agir l’archet, ou frottons avec le doigt sur le bord du verre. Vous entendez le son grave, et en même temps vous voyez les rides se traduire en musique visible par la forme harmonieuse qu’elles prennent sur les quatre segments vibrants de la surface liquide.
Si, au lieu d’eau, on emploie du bisulfure de carbone, les sphérules liquides, en raison du poids spécifique plus grand du sulfure, rebondissent avec une énergie beaucoup plus grande, et la mosaïque exquise de la surface se maintient plus longtemps. Mais l’effet est encore plus beau quand on fait usage de liquides volatiles plus légers. Vous connaissez l’expérience curieuse de Leidenfrost, qui découvrit le premier l’état sphéroïdal de l’eau. Vous savez qu’une goutte d’eau versée sur un bassin d’argent chauffé au rouge, au lieu de se réduire instantanément en vapeur, roule arrondie en globules sur sa propre vapeur. La même chose a lieu quand on laisse tomber une goutte d’éther à la surface de l’eau chaude; la goutte retient sa forme sphéroïdale. Remplissons une cloche de verre d’éther ou d’alcool, et un coup vif d’archet sur le bord du verre détachera de la surface des sphérules qui en retombant ne se mêleront pas avec le liquide, mais se grouperont à la Surface sur les lignes nodales. L’échauffement du liquide, comme on devait s’y attendre, aide à la production de l’effet cherché. M. Melde, à qui nous devons cette brillante expérience, a représenté ce qui se produit quand la surface est divisée en quatre ou six segments vibrants ( fig . 72 et 73). On obtient le même résultat avec un verre à vin mince rempli d’eau-de-vie, ou même d’eau quand il arrive que les sphérules sont défendues du contact par une enveloppe d’air.
Ici, le verre et le liquide qu’il contient vibrent ensemble ;
LEÇON IV
et tout ce qui est de nature à rompre la parfaite continuité de la masse entière trouble l’effet sonore. Une simple fêlure
Fig. 7“2.
Fig. 73.
du verre, allant du bord au sommet, suffit pour éteindre sa sonorité. Une rupture quelconque dans la continuité du liquide produit le même effet. Pour le démontrer, plaçons dans ce verre une solution de carbonate de soude ; frappons le verre ; il rendra un son musical très-clair. Mais ajoutons au liquide un peu d’acide tartrique ; il mousse, et le son musical est remplacé par un choc sec qui n’a plus rien d’agréable pour l’oreille. La même chose a lieu pour un verre rempli de champagne mousseux. A mesure que la mousse disparait,
Fig. 74.
le pouvoir sonore revient ; le liquide est de nouveau limpide, vous entendez le son musical comme auparavant;