LUI. ELLE. L'OMBRE
Elle, refermant la porte.
Pas parti !
Tant mieux ! J'étais mortellement inquiète.
(Haletante, elle accourt vers lui.)
Ecoutez... à la hâte... voilà, en deux mots... Quelque chose de grave... oui... mon ami sait tout... du moins... sa jalousie a deviné... trop tôt !.. Enfin, comprenez-moi... voilà : je suis à vous, si vous le voulez... oui... demain ou tout de suite... Nous venons d'avoir une scène épouvantable, définitive... Tout peut se rompre, et très vite. Voulez-vous de moi ?.. Demain, si peu croyable
L'ILLUSTRATION THEATRALE
et si fou même que la (Shose vous paraisse,
dès demain, Henri, je serai votre maîtresse,
votre femme... toute, à vous, toute... et pour toujours !...
Ne réfléchissez pas ; c'est hasardeux... qu*importe !
Fiez- vous à ce cri qui me pousse, à Tamour
qui m*arrache à cet homme. Oh ! je suis calme, forte,
et bien décidée... C'est à vous que je me donne,
et ce soir, vous n'aurez qu'à m'ouvrir votre porte...
je serai là !
{Elle s'arrête court, angoissée. Silence.)
L'Ombre
Allons ! Finissons-en. J'ordonne que tu dises ceci : Je ne vous aime pas !
E)LLE, à voix étouffée.
Eh bien ?... Quelle réponse ?
L'Ombre
Va ! Décide-toi.
Lui • Votre don me ravit, me trouble...
L'Ombre
Pas cela !
Prononce ces cinq mois : Je-ne-vous-aime-pas.
LUIi cherchant d'autres mots.
Mais je ne sais... si brusquement... écoutez>moi,
j'ai peur pour vous... Mary... Je suis un pauvre lâche.
L'Ombre, impérieuse.
Obéis...
Lui. martelant avec un grand effort, et comme malgré lui
Je crois...
L'Ombre, terrible et dressée.
Dis.
Lui ... Que... je ne vous aime pas...
assez...
{Ses lèvres uni exhalé faiblement ce mot asaei, comme pour ' amortir la sonorité de l'arrêt...)
Elle, sursaute.
Vous dites ? Vous avez dit ?
Lui. répète doucement.
L'Ombre Et voilà- qui est fait, mon petit !...
Lui
Pas assez...
Je vous fâche
évidemment...
Elle, dans un cri.
Sortez, sortez d'ici !... de suite !
Oh ! quelle atrocité...
{Elle se cache la figure dans les mains-)
Lui
Pardon ! pardonnez-moi...
Je suis un malheureux... On me fuit, on m'évite...
Je suis l'homme stupide qui entend des voix !
Vous m'avez appelé... j'ai obéi... Pardon
de vous avoir troublée... oh ! si peu que ce soit...
J'aurais dû fuir... je suis venu...
Elle
l^lais partez donc !
Vous ne devinez pas le mal que vous me faites.
Quel mal ! Partez monsieur !
{Affalée, elle livre à son mouchoir des larmes de rage et de confusion.)
L'Ombre, avec îa grande énigme du Sourire^
C'est tm congé.
Lui, s'approchani d'elle et voulant commencer une phrase sentie.
La vie...
L'Ombre, l'interrompt.
N'insiste pas... Pourquoi ? Tu vas gâcher ta sortie... Allons... viens... ton chapeau...
(// se retourne vers elle- Elle e.st illuminée, et elle a repris ! des fleurs dans .ses bras.)
Je suis prête.
Laisse-là cette femme en pleurs, sois sans pitié. Demain, la nuit les aura réconciliés !..
Lui Adieu. Oubliez-moi.
Elle ^
Adieu...
L'OMBKE, l'attirant douvvtneni vers la porte, de ses mains tendue>.
Moi je te reste.
Compte sur moi, je ne te ferai pas défaut !
Va, j'égale en saveur tous les bonheurs terrestres, et ceux qui sont finis sont toujours les plus beaux ! Viens- t'en mon pauvre amant. .Tu vois bien, que veux-tu ? je te l'avais bien dit, encore un soir perdu ! On ne se défait pas si vite ni si tôt de mes rayons. L'éternité m'a revêtue...
Mais que je t'en promets des songes bien meilleurs ! Tu verras, viens-nous-en, viens respirer la nuit, avant de t 'endormir lourdement sur mon cœur... Partons ainsL.. glissons à deux... pas vus... sans bruit... Chut !.. va devant. . .Prends garde aux marches,mon chéri. . . L'amour, vois-tu, l'amour...
{Ils ont monté les marches, soulevé la tapisserie, leur couple disparait par la galerie ouverte pendant que sans se retourner la femme continue de pleurer sous la lampe.)