‹ Le sonneur de Saint-Paul [microforme]Chapitre 37 sur 60 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES MÊMES, LORD BROGHILL s#fv{ de deux autres médecins, par le fond,

BEDFORD (aVant au-devant d’eux).—Salut au savant lord Broghill. (A/binus se retire à gauche.)

BROGHILL.—Salut au gouverneur de la Tour.

Nous venons, milord, de constater la mort du sonneur de Saint-Paul, et d'acquérir en même temps la preuve de l’ignorante audace de ces médecins allemands, dont la réputation usurpée va recevoir enfin son juste salaire. (Aux médecins.) Ce matin, le roi d'Angleterre, instruit de l’état désespéré du malade me fit appeler; mais je lui répondis : Sire, le sonneur de Saint-Paul est condamné par moi depuis l’heure où il a subi la folle tentative d'Albinus ; sire, quand le remède est impossible, la science le devient aussi, Et vous le savez, messieurs, quelques heures après, le roi se repentait d'avoir confié ce grand coupable aux soins de ce jeune fou.

a NUE 6 NN à à US LOMME 7,"

en D

UN MÉDECIN.— Eh ! que pouvait le roi ? l'opération avait été faite avant l'arrestation.

BROGHILL (souriant) —Albinus était donc bien intéressé à ne pas laisser vivre cet homme !

ALBINUS (savançant, avec tndignation). — Milord, vous m'accusez d’un assassinat !

BROGHILL (swrpris).—Je ne vous savais pas ici, monsieur, et je suis prêt à rétracter mes dernières paroles ; car je n'ai ni le droit ni le désir de suspecter votre loyauté ; mais je suis lord Broghill, médecin particulier de Charles IT, et j'ai le droit de vous dire, monsieur, que votre inexpérience VOUS à permis d'entreprendre ce qu'un vrai talent vous aurait défendu d’oser.

ALBINUS.—Les nombreuses réussites de mon père m’avaient enhardi, milord.

BroGHiLz.—Les réussites de votre père ne sont que mensonges.

ALBINUS.—Milord !

BROGHILL.—Tout le monde savant doit refuser d y croire ; l’on ne peut rien, monsieur, sur l'organe de la vue.

ALBINUS.—Suivez-moi donc à Frankfort, et là...

BROGHILL (/'interrompant).—Sans aller si loin, suivez-moi, monsieur, dans les prisons de la. Tour, et je vous montrerai le cadavre d’un homme que votre prétendue science vient de faire mourir.

ALBINUS.— Mais, milord... |

BEDFORD (précipitamment). — Assez. messieurs, de grâce. Dieu dispose avant nous de la vie des hommes ; il y a des malheurs contre lesquels on ne peut rien. (4 /rd Broghill.) Milord, aurai-je l’honneur de vous avoir cette nuit À mon bal ?

BROGHILL.—Oui, milord, j'ai reçu votre invita-

tion.

BEDroRD.—Le roi d'Angleterre y sera.

BROGHILL.—Comment avez-vous pu l’y décider, lui, maintenant si triste, si occupé ?

BEDFORD.— Je lui ai dit : Sire, demain commence le procès des traîtres, permettez qu'avant de se charger du triste soin de venger Charles Ier, la noblesse puisse encore une fois se réunir autour de vous et se réjouir d’avoir Charles II pour souverain.

BROGHILL.—Et c’est une bonne pensée, milord.

À cette nuit. (Se retournant vers Albinus.) Vous, jeune homme, croyez-moi, étudiez encore, et songez que la science ne vient qu'avec l’âge. (4 PBed- Jord.) Au revoir, milord. (Z7 sort avec les médecins.)

Page 1