‹ Le sonneur de Saint-Paul [microforme]Chapitre 39 sur 60 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LORD BEDFORD, LUDLOVW.

LUDLOW (enfrant).—A nous deux, en effet ; j'ai bien besoin de savoir où nous en sommes.

BEDFORD.—Tu n'as rien déviné ?

Lupcow.—Rien ; tu m’as chargé de conduire secrètement John l’aveugle dans les caveaux de la

Tour, je l'ai fait ; tu m’as commandé de dérober

un cadavre à l’hospice Saint-James et de le coucher dans la prison de John, je l'ai fait aussi.

BEDFoRD.--Et tu n’as rien appris ?

LuDLOw.—J'ai seulement appris que le procès doit commencer demain, que tu donnes bal cette nuit, et je voudrais savoir où tout cela doit nous conduire.

BEDFORD.— Ecoute-moi donc ; la continuelle présence d’Albinus avait fait ‘chouer toutes nos

out 1d-

LupLow—, Laquelle !

BEDFORD.—Comme rien ne pouvait se faire sans qu'Albinus en fût instruit, je conçus le projet de le forcer à prendre aussi sa part dans la perte de John !

LuUDLOW.—Et comment donc ?

BEDroRD.—En le trompant : je lui ai fait croire que le roi d'Angleterre avait sagement prévu que la nouvelle du rétablissement de John éloignerait à jamais le faux William Smith, et qu’il voulait, pour endormir la prudence de ce coupable, que John passât pour mort, que sa mort fût publiquement et offciellement déclarée, afin que Smith, tranquille et rassuré, vint demain s’asseoir confiant et calme parmi les nobles juges : tandis que John vivant, clairvoyant et caché, le désignerait à sa royale vengeance. Cette combinaison paraissait si logique et devoir si facilement justifier et délivrer John, qu’Albinus, abusé, l’accueillit avec joie, et, croyant toujours servir le roi d'Angleterre, il s’est hâté de défigurer le cadavre secrètement apporté par toi. [la déclaré la mort du sonneur de Saint. Paul ; s' bien qu'à cette heure le roi d'Angleterre, lord Henri, tout le monde enfin croit John mort, excepté trois hommes, pourtant, nous deux et le médecin allemand.

LuUDLow.-—C'est un de trop...

BEDFORD.—Aussi faut-il que celui-là se hâte de mourir.

LUDLOW.—J'allais te le dire... mais comment ?

BEDFORD.—Arme-toi d’un pistolet, et va l’attendre au jardin de Kinsington.

LUDLOW.—A cette heure de la nuit. qui ly enverra P

BEDFORD,— Dans une heure, il ira j'usqu’à la Statue de Henri VIII, c’est là qu’il faut le tuer.

LUDLOW.-—-Mais demain, sa mort ?. .

BEDFORD.—Tu laisseras l'arme à ses côtés, et demain, l’on SUPpOsera facilement, et Henri tout le premier, qu’Albinus, honteux d’avoir échoué dans sa hasardeuse Opération, se sera tué lui-même, et Sa mort viendra confirmer encore celle de John,

LUDLOW.—En effet. … et John?

BEDFORD.—Les caveaux dans lesquels il est enfermé sont sourds, obscurs et donnent sur Ja Tamise,

LUDLOw.—C'est vrai. … Tu ne redoutes pas que Henri revienne cette nuit ?

BEDFORD.—I1 n’oserait abandonner son poste ; il est de service à Windsor ; et, pour plus de sûreté, j'ai fait faire À Windsor une émeute qui doit don. ner trop d'occupation à la garnison pour que Henri puisse prendre la route de Londres.

LUDLOW.—Toutes tes mesures sont bien prises | et pourquoi ce bal ?

BEDFORD.— Pour occuper le roi d'Angleterre !

j'ai cru prudent de tuer la réflexion.

LUDLOwW.—Et Maintenant, que vas-tu faire ?

BEDFORD (voyant paraître Richard ). — Aller au bal, car on m'apporte ma pelisse et mon masque, (Æichard qui Portait ces objets aide Bedford à s'affubler. Bedford se ’aphroche de Ludiow, à demi-voëx.) Va, Ludlow, vite à Kinsington... Sans la mort d'Albinus. .. la nôtre sans doute...

LUDLOW (aXant vers Ja 2orte).—Qu'il vienne à Kinsington, et...

BEDFORD (près de La Sortie). —Il ira. (22 referme la porte sur Ludlow ; Veverenant en scène en ajustant

NE AL. ét SMPA

son costume.) Et maintenant, William Smith, va gaïment faire ta cour au roi Charles II d’Angleterre. (77 sort au fond à droite ; Le domestique ferme la fenêtre, prend la lumière sur Ja table, et se disposant à sortir par le fond, il rencontre Albinus qui entre par la porte du fond, à gauche).

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