LORD HENRI, ALBINUS
Au lever du rideau, Albinus, vêtu d’un domino, semble regarder dans le bal avec inquiétude. Lord Henri vétu comme dans l'acte précédent entre furtivement par la droite, aperçoit Albinus et monte la scène vers lui.
HENRI. —Eh bien !
ALBINUS.—Le roi vient de partir pour éveiller ses gardes... il ne veut plus demander aide à cette noblesse qui l’a si indignement trahi, et veut préparer la prison lui-même. Sitôt que John rencontrera William Smith, il se hâtera de le désigner au roi.
HENRI. —Et pendant ce temps, le duc frère du roi, qui vient de partir pour Kinsington... s’emparera sans doute de celui qui devait vous y assassiner ?
ALBINUS.—Sans votre arrivée cette nuit, milord, j'allais partir.
HENRI.—Il y a une providence, frère.
ALBINUS.—Oui... lorsque tout-à-l’heure le pauvre John n’embrassait en m’appelant son libérateur... lorsque s’échapoaient de ses yeux ranimés des larmes d’attendrissement et de bonheur, en voyant mon œuvre accomplie... comme toi, je me disais aussi, frère : Il y a une providence... et Alfred ?
HENRI.— Je viens de l'envoyer chercher à Windsor.
BEDFORD (dans la coulisse). —Non... milord, je ne veux plus jouer.
ALBINUS.—Lord Bedford ! Il vient ! éloignezvous, milord, qu’il ne vous voie pas.
HENRI.— Vous ! votre masque...
ALBINUS (se sasquant).—Comptez sur ma prudence.
HENRI. —Et vous sur la mienne. {77 sort. Albinus monte la scène et se tient pour ainsi dire caché. Lord Bedford et Lord Broghill passent au fond accompagnés de deux autres convives.)