SCÈNE III
JOHN, ALBINUS, f4?$ HENRI.
Joun (descendant rapidement vers la porte que lord Bedford vient de refermer).—Où va-til? qui est-1l ?
ALBINUS (gui a tout observé ; à part et descendant .« scène).—John... c’est bien lui ?
Jonn.—Oh ! Charles II, que n'étais-tu près de moi! (Z/ va pour monter la scène et rencontre Albi. nus qui tient son masque à la main.) Albinus ! où conduit cette porte, dites P
ALBINUS.—Dans une galerie de la Tour.
Jon.—Et sans doute cette galerie est une issue pour sortir de la Tour.
ALBINUS.—Non ; pourquoi ?
Joun.—Pourquoi ? parce que William Smith vient d’y entrer.
ALgiNus.—William Smith ! cet homme qui vient d’ouvrir cette porte ?
Jonx.—-C'est William.
ALBINUS.—L’assassin !
Jonn.—Ne voyez-vous pas au tremblement de ma voix, à mon agitation, que !5hn a rencontré William ? Et maintenant, je cours chercher le roi.
ALBINUS.— Attendez.
Joun.—Il va revenir, je veux savoir son nom sans retard. (Z7 monte rapidement.)
ALBINUS (/'arrétant au fond).—Arrêtez.
Jon (surpris).—Pourquoi donc ?
ALBINUSs.— Pourquoi ? parce que vous ne pouvez le livrer au roi, cet homme... Attendez, et
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songez d’abord, que songez sa famille, tous ceux . qui portent son nom seraient proscrits et flétris.
Jonn.—Oui, la sentence est inexorable et formelle.
ALBINUs.—Mais ceux-là sont innocents.
Joun.—Et Yorick ! qu'il a fait mourir, était-il donc coupable ? Sa famille !... et qu'a-t-il fait de son roi, Charles Ier? Oh! mort à lui! mort aux siens !
ALginus.—Oh ! ne blasphème pas ainsi.
Jonn.—Blasphémer ! mais expliquez-vous donc ! AumiNus.—Je veux dire que sa famille, c’est celle que tu as sauvée au péril de tes jours... Le fils de Lord Richmond...
JoHn.—Grand Dieu !
Azenus.—William Smith s'appelle aujourd’hui milord comte de Bedford. :
Jon.—Lord Bedford, c'est William Smith...
William Smith, le père adoptif d'Henri... et le fils de lord Richmond porte le nom de lord Henri Bedforé ? Oh ! malheur ! malheur !
ALBINUS.—Oh ! ne perds pas courage, John ; ne perds pas courage.
Jonn.—Mais que faire ? que faire ? J'ai juré au roi qu'il connaîtrait le coupable. .
ALginus.—Mais lord Henri !...
Joun.—Oh ! Je veux qu'il ignore.
ALBINUS (apercevant Henri).—Grand Dieu !
Henri (entrant par de fond, vêtu d'un domino, son masque à la main)—-Ah ! le voici... oul (4 John.) Eh bien ! le coupable ?
Joun.—Je le cherche, milord.
Henri.-—Mais bien des invités sont déjà partis.
Joun (vivement). —J'ai vu passer tous ceux qui
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partaient, milord, et William Smith ne s'est pas encore offert à mon regard.
HENRi.— Viens donc. dans les salons... dans les salles de jeu.
JoHn.—Non, milord, non... à l'heure où tout le monde est démasqué, l’étrangeté de nos masques semblait tout-à-l’heure fixer l'attention.
ALBINUS.—Elle nous attirsit des questions embarrassantes, auxquelles nous avons dû nous soustraire... D'ici, nous regardons sans être vus.
HENRI. —Oui, il faut éviter tout soupçon. .
Mais je tremble que le meurtrier ne passe inaperçu... Je me retire... on nous a peut-être déjà re- MATQUÉS … (Z7 sort par le fond.)
Jonn.—Enfin, il s'éloigne !... Albinus ! allez... allez nommer au roi le coupable... qui, si Dieu le permet, ne sera ni jugé ni condamné.
ALBINUS.—Mais qu’espérez-vous donc ?
JoHN.—Je ne sais... Mais j'ai, comme il ya dix-huit ans, ma force et la vue pour défendre Henri !... Le sonneur de Saint-Paul est mort cette nuit dans les cachots de la Tour, et je suis John le chasseur, moi. Comme autrefois, Henri est menacé . .. me voici près de lui, et " suis sous le même toit que William Smith !... Où trouverai-je une arme ?
ALBINUS (surpris). —Une arme! qu’en voulezvous faire ?
JOHN (2% rassurant). —Oh ! je ne veux pas tuer ; mais s’il fallait me défendre...
ALBINUS.—Oui...Ceux que ‘lord Bedford avaient chargés de m’asassiner ont mon signalement, et je m'étais prudemment armé pour me défendre aussi
moi... Tenez !... (/7 fireun pistolet de sa poitrine.) Prenez ce pistolet.
Jon (4e prenant). —Merci !
ALBINUS.—Moi, je vais au devant d'Alfred, et je pars avec confiance... je ne sais si j'ai deviné votre pensée, mais je sais que le dévouement est capable de grandes choses, et je compte sur votre dévouement... Vous... comptez encore sur moi. (ZZ sort.)
JoHn.—Va, jeune homme... et que Dieu te rende tout le bien que tu m'as fait !... (77 aperçoit lord Bedford qui sort de la galerte.) Cette porte s'ouvre... déjà lui !... (77 baisse son capuchou sur sa tête.)