SCÈNE Y
PRETTY, ANDRE , se regardant un moment en silence. ANDRE.
Qu'est-ce que ça signifie ?
PRETTY, tristement.
Qu'il te met à la porte.
ANDRE
Ah! c'est là ce qu'il appelle l'hospitalité de la vieille Angleterre ?
PRETTY
Sa tendresse s'est en allée avec ton argent.
ANDRÉ , avec défiance.
Et vous, Pretty... vous allez sans doute en faire autant ?
PRETTY
Ah! que c'est mal , André !... me soupçonner !.., moi qui t'aime encore plus qu'auparavant.
ANDR.É, aoec joie.
Mais?... oh! bien, alors, je n'ai rien perdu.
Vrai, mon Dieu! Comment as-îu fait pour te ruiner?
ANDRE
Je ne m'en suis pas mêlé; c'est les autres... un feti roulant de banqueroutes.
PRETTY
Ton maître t'a emporté ton argent ?
ANDRÉ
Pas lui, pauvre cher homme!... le plus honnête négociant.... mais tout lui a manqué à la fois... alors , il m'a manqué aussi.
PRETTY
Et tu n'avais pas de gage ?
ANDRÉ
Au contraire, puisqjie c'étaient mes gages. .
PRETTY
Mais il fallait crier.
ANDRÉ
Pour lui faire de la peine , comme tous ses bons amis , qui se sont mis après lui ma foi non !.... Comme je lui ai dit : « Mon- « sieur Ptterson , vous avez toujours été bon maître pour moi...
<c je suis sûr que dans tout ça vous n'êtes pas fautive... ainsi, dor- « mez tranquille... Si plus tard vous retrouvez de quoi , voilà mon « adresse.... A votre aise , et à ia grâce de Dieu. »
PRETïY , attendrie.
Bon André , es- tu malheureux!
AiSDRÉ.
Air : Pour te chercher ^ arrive en Allemagne. Pas tant, mamzell', car vous m'aimez encore , Et mon pauv' maître, en s'approchant de moi , Me dit : « André'... que d'viendrai-j' ?... je l'ignore , » Pourtant ce bien, je l'accepte de toi.
» Mais que du moins le ciel m'entende , » Et ce bien-là ne sera pas perdu...
Qu'un bon coeur un jour te le rende. » ( lui prenant ta. main )
Et c'est vous qui m' l'avez rendu.
PRETTY
Et tu es parti , comme ça ?
ANDRE, gaîmetU.
La canne à la main , en flaneur.c, Vlà trois semaines que je marche... aussi je commence à être fatigué.
PRETTY
Et qu'est-ce que tu vas faire , maintenant?
ANDRÉ
Je vais me reposer... ensuite ( montrant la boîte) je vendrai des petits couteaux , des ciseaux , des cure-dents... et quand j'aurai fait fortune...
PRETÏY.
Je serai mariée à ton rival.
ANDRÉ
Bah !... il y a donc un rival P
PRETTY
Eh! sans doute... un imbécille, une espèce d'autorité d'ici , que mon père protège.... Le mariage est presque décidé.
Je conçois , il faut que je m'hâle.
PRETTY
Hein...
AiSDRE.
Je dis... faut que je m'hâte de m'enrichirî j'aurai du mal.... Depuis Londres , je n'ai vendu que pour deux sous de lacet , et encore c'est une pièce fausse qu'ils m'ont donnée.
PRETTY
Oh! ici tu trouveras plus d'occasions... un jour de foire. ANDRE , vivement.
Il y a la foire ici?... Vlà mon affaire.... J'ai justement une partie de vieux rubans de Paris, qui ne sont plus de mode , mais dont vos Anglaises sont folies... Je les ferai passer pour le dernier genre.... Je les vends le double , le triple ; ça me donne la vogue... J'étends mon commerce, je ioue une boutique.... Je demande t*
lain , et ton père , ébloui par le magot que je lui présente, cou înne notre amour.
PRETTY
C'est cela !... Moi, je prierai mon parrain de relarder mon ma-
ANDRE , passant a gauche.
Je vais d'abord me loger en face de toi ... Y mange-t-on à crédit?
PRETTY
Oui.
ANDRÉ
C'est ce qu'il me faut.
AîPc : Que le seul mérite{7ioé.)
Quell' rencontre unique!
J'y cours à Tinstant , J'suis un' bonn' pratique , Maisj'n'ai pas d'argent.
Je m'en vais, j'espère, Boire un coup d'bon cœur , Et c'baiser va m'faire Trouver 1' vin meilleur.
( Il r embrasse : Dohohle paraît au fond.)
ANDRÉ
Quell' rencontre unique !
Etc., etc., etc.
PRETTY
Quel chang'ment unique!
Mon pèr' t'aimait tant !
Ensemble. II faut qu'ça s'explique , deviens promplement.
DOBOBIE.
Spectacl' diabolique !
Un baiser , vraiment !
Il faut qu'on s'explique , Car c'est indécent!
( André entre dans V auberge à gauche. )