‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 145 sur 211 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

THÉRÈSE, POTEL, ISIDORE, en uniforme de pompier, puis HENRIETTE. Ils achèvent de ranger les meubles.

POTEL

Nà, v'ià le déménagement qui avance.

( // laisse tomber une chaise^ )

THÉRÈSE

Prenez donc garde! mon Dieu! père Potel, que vous êtes bête !

POTEL , ramassant la chaise.

J'suis bête! Vous n'êtes guère polie, vous..

ISIDORE i, près de la cheminée. ^ Thérèse, respectez un homme d'âge.

POTEL, ôtant sa casquette.

J'vous remercie, sapeur pompier, de l'intérêt que vous portez à mes cheveux blancs.

ISIDORE

N'y a pas de quoi ; couvrez-vous , vieillard vénérable.

HENRIETTE, entrant par la gauche , un vase à la main. Ah! quel ennui qu'un déménagement, surtout avec des ma» ris qui vous laissent tout l'embarras !

ISIDORE, prenant le vase pour le poser sur la cheminée. Permettez, madame...

HENRIETTE , le regardant.

Quel est ce garçon, Thérèse?

La Cheminée. * 1

THERESE. 1

C'est mon cousin Zidoie, matlanie, qu'est en semesse, et à qui qu'jai dit de venir nous donner un coup de main pour finir de ranger.

HENRIETTE , cl' UTi air de doute.

Ah! c'est bien, [à part. ) Elles ont toutes des cousins ou des pays. ( haut. ) Père Potel , venez m'aider à placer mes cartons.

( Elle sort d droite. )

POTEL , la suivant lentement, V'ià que j'y cours, madame. ( // sorl, )

ISIDORE

Ah! çà, mame Isidore...

THÉRÈSE

Chut!

ISIDORE , regardant de côté.

IS'y a point d'danger! Je vous préviens que toutes ces cachoteriesne vont point z'à la sincérité du pompier ; j'suis vot' époux d'puis un mois , et vous m'faites jouer z'un rôle de cousin qui finira par me piquer.

Air : f^audeuille de l'anonyme.

Oui, ce myslèr' me déplaît et m'cliiffonne ; Il faut toujours v'nir en catimini, Sous un aulr' lilr' déguiser ma personne" El ne jamais avoir l'air d'un mari.

A quoi me sert d'être époux légitime?

Si j'deviens père, enfin, il faudra donc Que mon enfant garde aussi l'anonyme?

Vous conviendrez, ma cher', qu'ça n'a pas d'nom, Faudra qu'mon fils garde aussi l'anonyme!... Je vous déclar', madam', qu'ça n'a pasd'nom.

THÉRÈSE

Vous savez, Zidore , que je n'vous ai t'épouse qu'à cette condition. Not' maître ne veut pas d'cuisinières mariées... Il dit qu'les maris sont toujours là, et qu'ça l'gêne.

ISIDORE

Il n'est pas gêné !

THÉRÈSE

Qu'ils s'font toujours nourrir z'aux dépens des maîtres...

ISIDORE

Préjugé chimérique! faudrait être bien indélicat... A propos, j'ai t'oublié de te rendre le petit poêlon du dernier vermicelle. ( // lui donne une ecuelle d'argent qu'elle cfic/ie dans son tablier.)

Il paraît que tu as des bourgeois un peu suscestibles dessur les alimens.

THÉRÈSE

Non, c'est une idée, et comme ma place est excellente...

ISIDORE

La place est bonne ?

THERESE

J'crois bien! monsieur Richepanse, un ancien marchand de comestibles du passage du Saumon, où c'qu'il vendait des turbots , des bécasses, toutes sortes de primeurs avec des confitures de Bar et des harengs salés ! il a conservé le goût des bonnes choses; aussi il vous a une cuisine...

ISIDORE

De député?

THÉRÈSE

Tu en goûteras , mon Z.idore.

ISlDORf:.

C'est quelque chose. Mais je ne me suis pas marié pour ê^re toujours mari surnuméraire... et sans appointeniens. Si tu te confiais à la bourgeoise ?

TRÉaÈSE.

y y ai pensé, (baissant la voix. ) Je crois qu'elle aura besoin de moi; j'ai surpris des regards avec un petit voisin...

ISIDORE

Bah!., il l'y aurait des projets hostiles?

THÉRÈSE, secouant La tête:

Hum !.. madame est Ib rt bien^ monsieur est un gros réjoui qui ne songe à rien, qui rit toujours, et ces maris qui rient toujours, ça me fait des peurs pour eux!

ISIDORE, qui riait , reprenant tout à coup son sérieux. Thérèse, ne plaisantezpas une corporation avec laquelle j'ai l'honneurd'être.

THÉRÈSE, bas,.

On vient!., du mystère.

ISIDORE, bas et passant à sa droite.

, C'est notre fort. O femm^ idolâtrée! tâche de me mettre de côté une aile de volaille... tu verras ma discrétion, avec deux bouteilles de vin.

HENRIETTE, reparaissant et donnant an paquet de clefs à Poiel qui ressort de l'antre côté.

Tenez, Potel, placez toutes les clefs aux armoires. Thérèse, vous pouvez renvoyer votre cousin, je n'ai plus besoin de lui.

ISIDORE

Madame est bien honnête, [bas àTltérèse, ) A ce soir, j'ai demandé une permission.

THÉRÈSE

Tu oserais...

ISIDORE, bas.

I J'ai trouvé un moyen. Où est ta chambre?

THÉRÈSE , montrant la porte d côté de la cheminée.

Là.,.

ISIDORE, bas.

Suffît. O épouse adorée ! n'oublie pas de me garder quet'chose?

HENRIETTE , revenant.

C'est bien, monsieur le pompier, allez.

ISIDORE

Madame est bien bonne; ma cousine, je vous salue. ( // iort.)

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