‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 156 sur 211 · FRÉDÉRIC, HENRIETTE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, HENRIETTE

HENRIETTE, jeffltni m.

Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que c'est que ça ?

FRÉDÉRIC , sortant de la cheminée.

Ma bonne sœur... rassure-toi...

HENRIETTE

Frédéric !... mon frère !... ( éclatant de rire. ) Ah ! ah ! ah ! la drôle de figure!... A-t-on jamais vu rendre des visites ainsi...

FRÉDÉRIC

Oui, d'ordinaire on entre par la porte, ou au moins par la fenêtre; mais puisque ton mari te défend de me recevoir... HENRIETTE, examinant la cheminée.

Quelle singulière invention ! Oui, cela communique d'une pièce à l'autre... et c'est toi qui as fait construire...

FRÉDÉRIC

Du tout! c'est une vieille histoire qui a amusé tout Paris dans le temps. La maison que tu habites appartenait autrefois à un fermier-général, un M. de la Popelinière , homme d'esprit, quoique homme d'argent, et dont la femme était fort jolie. Ce mauvais sujet de duc de Richelieu était l'ami intime de monsieur : tu conçois alors qu'il venait souvent voir madame... Mais pour échapper aux soupçons, il imagina d'acheter l'hôtel voisin, et de faire construire dans la pièce qui touche à celle - ci une cheminée tournante dont le secret n'était connu que de lui seul.

HENRIETTE

C'est fort drôle... Mais si quelque maladroit avait fait grand feu. . .

FRÉDÉRIC, riant.

La fermière-générale n'était pas frileuse.

HENRIETTÉ.

Et comment as-tu découvert?...

FRÉDÉRIC

. Par hasard. Je venais de louer celte petite chambre; en voulant mettre une bûche dans ma cheminée, j'attrape sans doute le ressort ; mon feu disparaît ! c'est désagréal3le en hiver. .. Je crie ; le portier monte , m'explique l'affaire. Ce fut alors que j'eus l'idée de te faire prendre cet appartement, puisque je ne puis mettre le nez dehors sans être arrêté.

HENRIETTE

Tu es donc encore poursuivi ?

FRÉDÉRIC

Toujours!...

HENRIETTE, haussant les épaules.

Mauvaise tête... au moment où mon mari va disposer de sa nièce...

FRÉDÉRIC

Cette jolie petite Aspasie... que j'adore!... je ne le souffrirai pas !

HENRIETTE

Et comment feras-tu?... Tu avais bien besoin de te mêler encore de politique !

FRÉDÉRIC

Je te jure, petite sœur, qu'il n*y a pas de ma faute ! Un pamphlet qui a paru à Marseille sous mon nom, quoique j*y fusse complètement étranger; qui attaquait les autorités: alors, procès d'offenses à la personne du roi, c'est tout simple; réquisitoires, gendarmes, toules les gentillesses d'usage. Comme on pouvait fort bien me tenir sept à huit mois en prison, et me dire après qu'il n'y avait pas lieu à suivre, j'ai trouvé plus prudent de m'absenter.

HENRIETTE

Tu as eu tort.

FRÉDÉRIC

Du tout...

Air ; Plus qu'un millionnaire.

La justice est si drôle, Qu'il est sage, je crois, De fuir d'abord îa geôle Et ses terribles droits.

Oui, dans un pareil antre.

Qu'on ait raison ou tort, On sait bien quand on entre, Mais jamais quand on sort.

La Cheminée. 3

Je suis venu à Paris... mais le télégraphe m*y avait déjà annoncé ; et le premier jour j'ai failli être arrêté à la requête du procureur du roi ; et maintenant je n'ose plus sortir; je ne sais où donner de la tête.

HENRIETTE

Et pendant ce temps-là, Aspasie sera mariée à un autre.

FRÉDÉaiC.

Comment faire? j'ai bien là des papiers qui pourraient éclairer ce magistrat; mais il faudrait que quelqu'un lui parlât avec chaleur: tu crois que ton mari ne voudrait pas...

Ah! bien, oui; s'il te savait ici, il serait furieux; mais, si j'y allais ?

FRÉDÉRIC

Toi, ma bonne Henriette !

HENRIETTE

Je n'ai jamais sollicité, mais on dit que les femmes qui ne sont pas mal s'en tirent assez bien.

FRÉDÉRIC, riant.

Surtout auprès de la justice, quoiqu'elle ait la vue basse; mais il n'y a pas un moment à perdre.

HENRIETTE

Mon mari est absent... je vais prendre un voile, un fiacre.,, toi, ne reparais que lorsque tu entendras le signal.

FRÉDÉRIC

Ahl tu es mon ange gardien.

ENSEMBLE

Air : Nocturne de ]a. Marquise de Brinvilliers. En toi j'ai confiance, Je vais quitter ces lieux.

Conservons l'espérance De raoraens plus heureux.

HENRIETTE

Adieu, prends patience ; Il faut quitter ces lieux.

Conservons l'espérance De momens plus heureux.

TOUS DEUX

C'est en vain qu'un orage S'élève contre nous ; Il faul, avec courage, Savoir braver ses coups.

ENSEMBLE

Adieu, prends patience, etc.

En loi j'ai confiance, etc.

[A la fin de cet ensemble, Henriette a reconduit Frédéric près de la cheminée; on entend du bruit.)

HENRIETTE

Chut ! on vient.

FRÉDÉRIC 5 lui baisant la main»

Je me sauve.

[il se place dans la cheminée, pousse le ressort et disparait. Au: même moment Potel parait à la porte de gauche.)

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