‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 158 sur 211 · SCENE "XIII · texte numérisé non relu

SCENE "XIII

POTEL, puis RICHEPANSE.

POTEL, qui a vu les deux femmes se parier bas. La maîtresse et la domestique qui chuchotent z'ensemble, il n'y a plus de doute, [Richepanse parait à droite.)

RICHEPANSE, avec mystère,

Potel!

POTEL, se retournant.

C'est vous, not' maître?

RICHEPANSE

Je suis revenu par le petit escalier. Eh bien?...

POTEL

Ça va bien.

RICHEPANSE, respirant.

Ah ! je t'avoue que je m'en doutais ; nous avions été trop loin, mon vieux, parce qu'il est impossible que ma femme... une femme qui m'adore.

POTEL

Ce n'est pas ça, monsieur ; je dis que ça va bien, que j'ai des preuves.

RICHEPANSE, acec humeur.

Explique-toi donc !

POTEL , d'un air mystérieux.

D'abord le jeune homme n'a plus reparu à sa fenêtre.

RICHEPANSE

C'est bon signe.

% POTEL

Mais en remontant, j'ai entendu ici une voix d'homme... croyez-vous que ça soye bon signe?

RICHEPANSE

Une voix d'homme?

POTEL

Qui causait avec madame.

RICHEPANSE

Voilà la sueur froide qui me reprend.

POTEL

Et puis, j'ai entendu counme le bruit d'un baiser-

RICHEPANSE

D'un baiser? En es-tu bien sûr?

kj POTEL.

FI C'est comme un jour^ du temps de ma femme.., p»iCHEPANSE, impatienté.

J']nfin, à cette voix d'homme, à ce baiser, qu'as-tu fail ?

POTEL

J*ai ouvert la porte brusquement.

RICHEPANSE, avec attente.

Eh bien ?

POTEL

Madame était seule.

RICHEPANSE, (ivec emportement.

Que le diable t'emporte, damné imbécile! quand j'ai le Système nerveux en ébullition... il vient me faire un tas de contes!... Quand tu me regarderas avec de grands yeux!... (// se jette dans un fauteuil.) ïu vois bien qu'il n'y avait rien, que tu es un sot, que ma femme est la vertu même; et moi, je suis.. [Pendant ces derniers mots il a ramassé machinalement le billet ^l'Henriette a laisser tomber à La scène X, l'a ouvert et y a jeté les yeux.) Ah! mon Dieu! qu'est-ce que je suis!., ce billet!... (// lit.) a Chère Henriette... » c'est pour ma femme ; (« dès que ton mari sera absent, deux coups dans la main... » Deux coups dans la main !

POTEL

Quand ie vous le disais.

RICHEPANSE, retombant dans le fauteuil.

Tais-toi, les jambes me manquent.

j POTEL.

J'ai assez d'inexpérience...

BiCHtPANSE, anéanti.

Donne-moi un verre d'eau, Potel.

POTEL

Oui, monsieur.

RICHEPANSE

Non; un doigt de madère plutôt... non, rien du tout; ma fureur me suffira.

POTEL

Ça rafraîchit z'assez, monsieur.

RICHEPANSE, se promenant avec agitation,

La perfide! je ne m'étonne plus si elle était enchantée de 'appartement, (fimitant.) « Vois-tu, bon ami,) qu'elle me dirait, «il y a des dégagemens... deux entrées, c'est très cornu mode. »

Air : Jltue J'audra qiiillcr V empire.

Pour ce local moi je me détermine, Personne au moins ne nous dérangera,

Le porleur d'eau va droit à la cuisine, Le boulanger n'entrera point par-là.

Et moi, jobard, je gobais tout cela!

Pauvres époux, craignez toujours des trames Quand vous venez pour louer un logis ; Vous devriez penser que dans Paris, Ce qui paraît commode pour les femmes Est à coup sùr gênant pour les maris.

Je veux la confondre, la surprendre. Allons, j'oublie qu'il faul me rendre en prison.

POTEL

Gomment, votre pâtissier vous a condaiiïné?

RICHEPANSE

Sans hésiter. «Voisin ! qu'il m'a dit, vous seriez mon fils que je vous condamnerais tout de même. »

POTEL

C'est donc un Brutus que ce pâtissier-là?

RICHEPANSE, s'excltant.

Ces diables de conseils de discipline, ils s'embarrassent bien de l'honneur des particuliers, pourvu que les patrouilles aillent leur petit bonhomme dechemin, et que les buftïeteries soient bien tenues; mais je n'obéirai pas ! Mon honneur est en danger, je reste chez moi; on me condamnera à huit jours de plus, ça m'est égal ! je me monte la tête; je deviens un factieux, un révolutionnaire; pour un rîen je crierais : vive l'empereur !

POÏEL.

Ah ! monsieur. ..

RICHEPANSE, lior S de lui.

Me défies-tu de crier: vive l'empereur?.. Mais ce rival, où est-il? par où a-t-il passé?

POTEL , secouant La tête.

Ah ! dame.,.

RICHEPANSE. j

Il faut qu'on me le trouve; puisqu'il paraît à volonté, c'est qu'il est caché dans l'appartement. Faisons une visite générale.

POTEL

J'vas t'allumer zun rat d'cave.

( Musique ; marche 'des Deux J ournées. )

RICHEPANSE, d voix basse.

Toi, par-là; moi, par ici.

POTEL, d part.

Pourvu que nous n'en trouvions pas deux, comme du temps de ma pauvre femme!

Am : Chœur de la marche des deux Journées. Allons, Cherchons Avec prudence ; Mais laisons-nous ; Du calme, du silence :

Éloignons-nous.

kiCHEPANSE, prêt d sortir, ayant pris un flambeau et tes mains au ciel. Veille, ô mon Dieu ! sur le plus infortuné et le plus malheu- •eux de tous les époux !

( //5 disparaissent chacun d'un côté, Richepanse à droite, Potel à gauche. La ritournelle continue pendant qu'Isidore descend par la cheminée. )

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