‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 171 sur 211 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

MADAME MATHIEU, M XTEIEU , e?iiranf. par ie fond-

MA.TKIE11, d la cantonade.

Vous entendez? le vin frais, ie café bouillocî^l , et avertisses l'écaillère.

MADAME MATHIEU

Comment!... des huîtres aussi?...

MATHIEU , d'un air riant.

Ouï, (les huîtres, ma femme.

MADAME MATHIEU

Ah ! çà, monsieur Mathieu, vous me direz peut-être ce qiu vous passe par la têteî... ce luxe, ce déjeuner splendlde t un ancien marchand de bas!...

Aia : On du cfue je suis sans malice. Vous qu'on citait pour la prudence, Vous qui craigniez tant la dépense ; Ainsi qu'un banquier du grand ton Vous répandez î'or à foison .

Ce brillant et fol étalage Me semble d'un mauvais présage.

Hélas ! seriez-vous au moment De déposer votre bilan ?

MATHIEU

Du tout, du tout, madame .Mathieu; c'est mon génie qui travaille !

MADAME MATHIEU

Votre géiiiel... Je savais bien, mon ami, que vous n'étiea pas dans votre assiette ordinaire.

MATHIEU

Ça m'est venu comme une fusée... et quand vous connaîtrez le plan admirable que j'ai formé; écoutez... vous vous rappelez bien la foule qu'il y avait hier au soir à la Gaîté ?

MADAME MATHIEU

Je crois bien, nous avons eu un mal affreux, ma fille Victorinc et moi , à trouver deux places à la galerie.

MATHIEU

Plaignez-vous, je vous le conseille. Et moi donc, qui ai payé trois francs une demi-place à l'orchestre; moitié assis, moitié debout. Mais je n'y ai pas de regret; j'ai passé une soirée charmante Avez-vous remarqué le jeune homme qui était à côté de moi ?

MADAME MATHIEU

\h\ blond,,, une mii-e élégante .

MATHIEU

C'est cela , charmant garçon. Il m'étouffait! et vous sentez ue quand on s'écrase mutuellement, ça établit bien vite la jnfiance et l'amitié. Nous avons parlé des mérinos, de la prin- 3sse du mélodrame, des bas de coton à jour... c'était ma pare, les bas de coton ; et aux discours de mon voisin, j'ai vu jr-le-champ que j'avais affaire au fils de mon ancien ami, ce on Dubriel, le plus riche et le plus honnête manufacturier de audebec.

MADAME MATHIEU

Mais quel rapport. ..

MATHIEU

Un monaent donc ; vous êtes d'une pétulance ! Je me suis dit c'est toujours la première chose à laquelle pense un bon père 1 voyant un jeune homme aimable), je m^ suis dit: Voilà qui )nviendrait merveilleusement à notre fille Victorine.

MADAME MATHIEU

Comment! il se pourrait?

î MATHIEU.

i Le difficile était de trouver un moyen adroit de l'attirer chez )us sans qu'il se doutât de rien, car d'aller lui dire tout boniment : Monsieur, j'ai une fille fort agréable ; faites-moi Taitié de venir dîner... c'était commun, c'était plat; pas de pilant... pas d'originalité... je cherchais quelque chose déplus génieux. Dans l'entre- acte et au milieu d'une profonde disrtation sur les tricots et les baréges, je m'écrie tout à coup : b!... une jolie femme! Ce n'était pas de votre côté. Oû donc, t mon voisin ? Là , à la galerie , ce chapeau lilas. Pas mal ; et s deux jeunes personnes avec des manches à l'imbécile... larmantes ! Et tout doucement je dirigeais ses yeux du )lé de notre Yictorine; il l'aperçoit et soudain, comme un )lcan : Ah! celle-ci les vaut toutes; voyez donc... quel sourire Qcieux, quel regard, quelle fraîcheur!... Jugez de ma joie, elle-là, dis-je d'un air indifférent, et pour ne pas pas avoir ir... à côté de celte bonne femme, la grosse maman. C'était lUS. . Hum !... de ces visages qu'on voit partout et dont on ne «t rien , la beauté du diable.

MADAME MATHIEU

lÊtes-vous fou d'avoir parlé ainsi ?

MATHIEU

Très sensé au contraire... je le piquais au jeu... effet sûr. Il ly a rien qui enflamme comme la contradiction; aussi mon jjne honuTie prend feu; je résiste, il s'obstine; je m'entête: ifin cet excellent jeune homme, que j'aime déjà comme un î , s'emporte, prétend que je l'ai insulté^ me propose le duel, L j'accepte.

MADAME MATHIEU

Miséricorde ! un duel ! el voilà ce beau trait de génie ?...

MATHIEU

Certainement... j'ai trouvé très drôle de commencer la coi naissance par une dispute... Je lui ai donné mon adresse, et l'attends.

MADAME MATHIEU

Pour vous battre ?

Laissez-moi donc tranquille, madame Mathieu... est-ce qi je fais de ces bêtises-là!... Ah! bien oui, toucher une épée ou u pistolet, moi qui n'ai jamais manié que la demi-aune. . . Du tout, je l'attends de pied ferme pour déjeuner... C'est sur ce terrair là que j'aime à me mesurer. .. Mon étourdi voit Victoririe... su prise, coup de théâtre, changement à vue... Croyez-vous qt le jeune Armand soit alors d'humeur à se couper la gorge av( le père de Chimène?

MADAME MATHIEU

Je comprends. Ah! mon ami, que vous avez d'esprit!... i voilà donc enfin notre chère fille établie selon nos vœux.

MATHIEU

Je m'en flatte... mais que Victorine ne se doute de rien, ( dérangerait toutes mes combinaisons. Ah! çà, allez surveiller partie de la toilette. C'est essentiel; il faut que toute la famil soit sous les armes.

MADAME MATHIEU , s'éloignant.

Soyez tranquille... (revenant.) Ah! mon Dieu! je fais une ri flexion... vous avez donné votre nom, et Armand sait que voi êtes l'intime ami de son père... il se doutera...

MATHIEU

Prévu... La portière el Vincent ont le mot: pour aujourd'hu je ne suis plus monsieur Mathieu, je m'appelle Blansac.

MADAME MATHIEU

Blansac! comment! le nom de notre voisin du numéro i'; d'un férailleur de profession, qui se bat avec tout le monde , qi en fait métier, et qui, dernièrement encore, a blessé deuxolï ciers; cela peut vous compromettre. |M|

MATHIEU

Bon, bon, c'est entre nous, et pour une ou deux heures.

MADAME MATHIEU

kiv< du Faudeville de Partie ccnrée. ^

Mais songez donc qu'il ne s'esl fait connaître Dans tout Paris que comme un spadassin ; Pren^ire son nom, c'est dangereux peut-être.

MATHIEU

Du touf, vraiment ; cela sert mon dessein. Il me fallait, près de mon adversaire, Ne point passer pour un bourgeois poltron. MADAME MATHIEU , SOUriaut.

, C'est très bien vu, vous ne pouviez mieux faire

Que de changer de nom.

{Elle sort.)

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