‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 180 sur 211 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MATHIEU, FRANCJEU.

FRANC JEU , à /fa cantonade. I En vous remerciant, jeune homme, [d'an air doucereux et rétentieux.) C'est à l'estimable monsieur Blansac que j'ai celui e me présenter officiellement.

MATHIEU

Oui, monsieur, c'est moi-même, (à part,) Ce ton doucereux. . , avais deviné.

FRANCJEU.

Enchanté de faire sa connaissance. Je suis Martial Dubriel, it Francjeu, maître d'escrime au régiment, et maréchal-des- )gis dans le cintième chasseur; de plus, cousin de monieur Armand que je porte dans mon cœur, et qui m'a écrit ce latin les détails de sa petite difficulté avec vous... Mon Dieu! je e m'ai donné le temps que de relever mes postes, de mettre n col blanc, et j'accours pour traiter la chose officiellement... arrive à temps, n'est-ce pas... il n'est pas encore venu? c'est on , ça va se passer entre nous deux.

Une affaire. 3

MATHIEU , étonné.

Comment! qu'est-ce qu*il dit?

FRANCJEU.

Je ne veux pas souffrir que ce cher cousin,.. Oh! Dieu, le cousin Armand; qu'est-ce qu'on me dirait s'il lui arrivait quelque chose. ..je serais gentil garçon !

Air : J'ai vu le Parnasse des dames.

Ce n'est pas un homme ordinaire, II est aimable et très savant ; Moi je n'ai jamais pu rien faire Que le coup d'sabre au régiment.

Mais s'il survient quelque bisbille, Alors je montre mes talons :

C'est moi qui m'bats pour la famille..- Faut s'rendre utile à ses parens.

MATHIEU, effrayé.

Hein! vous voulez...

FRANCJEU.

C'est l'affaire d'une minute ; j'ai en bas un camarade qir nous attend avec des fleurets démouchetés.

MATHIEU

Démouchetés?...

FRANCJEU.

A moins que vous ne préfériez ceci, (// montre son sabre.. Mais j'ai pensé que les fleurets démouchetés... c'est ce qu'il y de plus gentil pour les promenades du matin ; c'est léger; ça n. gâte pas la main du tout.

MATHIEU , d part.

Eh bien! moi qui croyais qu'il venait pour arranger Vàt faire.

FRANCJEU.

Allons, mon estimable ami!... voilà le moment.

MATHIEU

Permettez, permettez; c'est avec votre cousin que j'ai e dispute.

FRANCJEU.

Je ne dis pas non... mais vous n'auriez^ pas d'agrément avCi lui; vrai... Il ne faut pas lui en vouloir; le jeune homme e: chaud, j'en réponds... mais pas de coup d'œil, pas d'expé rience ; vous trouverez en moi , j'ose le dire , un luron un pej plus solide. Et puis, quand ce ne serait que le plaisir de faire It partie d'un confrère?

D'un confrère ! d'un confrère !

FRANCJEU.

11 ne faut pas vous en défendre, monsieur Blansac. Quoique je ne sois pas encore à votre hauteur, je suis charmé de la circonstance; j'ai deux ou trois feintes nouvelles dont je crois être isûr, et que je serai flatté de mettre au jour devant un connaisseur tel que vous.

MATHIEU

! Deux ou trois feintes, {à part.) C'est que ça n'est plus si drôle... [Iiaui.) Ah! çà, mon cher, voyons... parions sans feinte; \\ paraît alors que nous sommes d'une certaine force ?

FRANCJEU.

C'est pas à moi à me vanter; mais le col'nel m'a défendu de me mesurer avec les cam'rades , parce que j'ai la main malheureuse pour mes amis; mais il ne m'a pas défendu de m'aimuser en ville.

MATHIEU

I Je ne veux pas vous exposer aux reproches de Yotre colainel, et...

FRANCJEU.

C'est égal.

MATHIEU

Vous iriez aux arrêts.

FRANCJEU.

J'y suis fait.

MATHIEU, vivement. Je ne souffrirai pas...

FRANCJEU, s'échauffant.

Du tout : c'est une affaire d'amour-propre à présent... Il faul que nous croisions le bancal , et que l'un de nous deux y donne sa démission définitif et officielle.

MATHIEU , emportant.

Eh! morbleu, si vous ne voulez rien entendre...

FRANCJEO, mettant la main sur son sabre.

l»laît-ii?

MATHIEU , feignant de rire.

Allons, allons, il va se fâcher. Ah ! ah I ah ! il ne voit pas qu'il y a une heure qu'on se moque de lui.

FRANCJEU, relevant sa moa$tache.

Hein!

MATHIEU , effrayé.

Ce n'est pas ça! Je veux dire... je voulais voir... C'est très bien, mon brave; de l'aplomb, du nerf... C'est dans mon genre; mais malheureusement tout est fini entre monsieur Armand et moi ; nous sommes les meilleurs amis du monde'

FRANCJEU,

Comment?

«rATBiETJ, câlinant..

Ou*, «n mal-entendu... une vétHle...

Air de Mariane.

Ge n'est que pour dîner ensembFe Que nous avons un rendez-vous, Et vous pouvez, que vous en semble Sans façon trinquer avec nous

FRAKCJEU.

Douce surprise !

MATHIEU^ d part.

ir s'humanise.

FRANCJEr , sottriani;,.

Sans badiner,

l!;.s'agit d'un dîner ? • J

MATHIEU

Dinde truffée^

Bien étoffée

Monsieur sourit, Le dindon l'attendrit.

FRAKCJEU, parlant et avec gatté.

Que diable! fallait donc le dire tout de suite... II me îais&e Jîâii m*épuiser en polite&ses. .. J'accepte... (continuant L*air. ).

Aimant l'escrime et la goguette, Francjeu, dont l'esprit est bien fait, Au coup d^épée est toujours prêt Comme au coup de fourchette.

Vous me répondez, au moin^, que l'honneur de la famille n'a pas élé compromis,

MATHIEU , cTun air résolu.

C'est bien nous autres qui arrangeons les affaires véreuses»

FRANCJEIJ.

Touchez Ic^i , mon vieux.

MATHIEU , à part.

Oh ! quelle poigne !

FRANCJEU.

Je cours rejoindre le cousin.

MATHIEU, à part.

Oh ! diable ! le cousin qui n'est pas prévenu. . . ( haut. ) Noir ^ non , il va revenir; entrez plutôt dans ma chambre ; il ne s'attend pas à vous voir; ça lui fera une surprise... II va dire ; Tiens... le cousin !

FRAWCJEU.

Bien \ u j je fuiiicrai une cigale en l'ai tendant.

MATHIEU , d part.

[ C'est ça , il va faire de ma chambre une caserne. ( haut. ) !Par-là... au fond du corridor, j FRANCJEU , lui prenant la main.

I Sans adieu, confrère; j'espère que nous trouverons bientôt l'occasion de renouer officiellement... Quoique ça, je suis fâché jue notre petite partie d'aujourd'hui...

I MATHIEU

Eh bien ! moi, dans le fond...

FRANCJEU, vivement.

Voulez-vous?... ça ne sera pas long.

MATHIEU

I Non, vous ne m'entendez pas; je vous dis dans le fond dy lîorridor. [Francjeu entre. ) C'est ça.

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