‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 194 sur 211 · SCÈNE VL ROSALIE, M. GPJMAUD · texte numérisé non relu

SCÈNE VL ROSALIE, M. GPJMAUD

GRIMATJD.

Mademoiselle Joséphine Leblanc ?...

ROSALIE

C'est ici... (d part) un particulier d'un certain âge... est-ce qu'elle en aurait deux, par hasard ? çà serait bien romantique. » » {regardant Grimaud) Ah! mon Dieu I

GRIMADD.

Je ne me trompe pas !

ROSALIE

Séraphin Grimaud!

GRIMATJD.

Rosalie Pinchemel !

ROSALIE

Ma premiière inclination !

GRIMAUD

Ma passion d'il y a quinze ans!

ROSALIE

Taisez-vous donc, monsieur, les dates sont inutiles.... comment, c'est vous?

GRIMAUD

Toujours gros et gras.

ROSALIE

Quelle horreur !. .. vous vivez!

GRIMAUD

Eh bien !.., pourquoi donc que je ne vivrais pas?

ROSALIE

Vous vivez!. . . vous ne vous rappelez donc pas, monstre.. . quand VOUS vouliez m'épouser. ..que vos parens s'y sont opposés?., vous m'avez quittée comme un furieux pour vous jeter à l'eau...

GRIMAUD

C'est vrai. .. mais j'ai rencontré un ami qui m'a emmené au café. .. et après deux ou trois bols de punch... il m'a pris une envie de dormir... je me suis trouvé sur mon lit. ..

ROSALIR.

Ingrat!... moi qui vous ai pleuré huit jours.

GRIMATJD.

Vous y avez regret ?

ROSALIE

Non.. . je suis enchantée... mais quand un homme me promettra quelque chose. ..

GRIMAUD

Bah!.... je rae suis tué comme ça dix-neuf foi» dans ma vie... et je ne m'en porte que mieux.

Air : Ces postillons.

Oui, je l'avoue, aux beaux jours du jeune âge. Lorsque l'amour vient nous saisir.

Du sentiment c'est toujours le langage:

Au moindre échec on jure de mourir. .. C'est, dans son genre, un fort joli plaisir. Mais au moment, on hésite, et pour cause ; La vie est douce et tout bas on y tient. Le désespoir est une belle chose. ..

Lorsque l'on en revient.

ROSALIE

Etqu'aTez-vous fait depuis ?

GRIMATID.

J'ai attrapé une petite place à la Charité-sur-Loire , et je profite d'un congé pour venir sermonner ma nièce.

ROSALIE

Votre nièce ?

GRIMAUD

Oui. . . celte petite Joséphine, . . qui s'est mis en tête un amour ridicule, et que je veux marier au fils de mon meilleur ami... celui qui m'a payé le punch. . . vous savez ? il y a quinze ans. . .

Voilà que vous faiies de la tyrannie, comme vos parens î. . .

GHIMAUD.

Quelle différence ! son Anatole est un mauvais sujet. . . j'ai pris mes informations. . . et puis, que diable ! il faut de !a raison. . . [lui pinçant le menton) celte Rosalie esl-elle ger»lille!.. il faut toujours dims sa conduite un certain décorum... et ne pas s'abandonnera ses passions. (// l'embrasse) .

ROSALIE

Ah! je vais me fâcher... il a une douzaine de mains!. .. il paraît que vous êtes aussi fallacieux qu'autrefois.

GRIMAUD, tendrement.

Comment? superbe amie... est-ce que vous vous fâchez encore?... ne vous souvenez-vous plus , quand vous étiez à la Vestale , de nos parties de campagne , de nos dîners sur l'herbe ?...

ROSALIE, finement.

La dernière fois, c'était par un beau jour... comme aujourd'hui.

GRIMAUB.

Parbleu! qui nous empêche, pour renouveler connaissance?., si vous voulez, je viendrai vous chercher en fiacre, avec des provisions.

ROSALIE

Ça serait charmant!

GRIMAUD

À St-Cloudl... nous aurons une friture.

ih! oui, j'adore les champs... et la friture. Et votre nièce?...

I GRIMAUD

^ous remmènerons... et, au dessert, je me ferai connaître.

ROSALIE

l'entends monter... c'est elle.

GRIMAUD

Se me nommez pas !.. .c'est essentiel... pourvu que le sang parle pas !

;^ SCÈNE YII.

Les Mêmes, JOSEPHINE.

î JOSÉPHINE avec humeur.

C'était bien la peine de rester là une heure!... pas de lettre!...

le jette son schall.)

GRIMAUD, bas à Rosalie.

Présentez-moi.

ROSALIE

Ma voisine... un de mes bons amis, qui venait me voir

( Grimaud et Joséphine se satuent.)

JOSÉPHINE, à part.

Eh bien! elle reçoit ses visites chez moi, à présent!... c'est Qs gêne.

GRIMAUD, à part.

Elle est fort bien, ma nièce. . .

JOSÉPHINE, bas^ à Rosalie^ Dites donc... c'est votre Anglais?... il a l'air d'un Limousin,

GRIMAUD, bas, à RosuHe.

Est-ce que le sang parle?

ROSALIE-/ de même.

Du tout, {d Joséphine) C'est un de mes parens, un homme très Gnable.c . qui veut absolument nous donner à dîner aujourd'hui ^Saint-Gloud.

JOSÉPHINE, froidement. . .

Je vous remercie , je ne dîne pas hors barrière.

GRIMAUD

Comment!... ma belle demoiselle.. . je ne suis pas cependant 11 étranger pour vous. .. j'ai beaucoup connu monsieur votre iicle. ( A part ) c'est bien adroit.

JOSÉPHINE

Mon oncle Grimaud ?... de la Charité ?

GRIMAUD

Lui-même... un homme charmant.

ROSALIE, dpart.

II ne veut pas qu'elle le reconnaisse.

JOsépHiNB, avec humeur.

Oh! charmant... il n'est guère aimable pou» moi, toujours, il ne répond seulement pas à mes lettres. j

GRIMÀDD.

Ça m'étonne... dans les contributions... on est très-exact.

josÉpmwE.

Pour recevoir , c'est possible.

GRiMÀTJD, d'un air malin.

Après cela . . votre lettre lui demandait peut-être des choses, qui ne lui plaisaient pas... je n'en sais rien, moi., mais. ..(à par il n'y a pas de mal de la mater. {Haut) Les oncles sont que quefois bien malheureux... ils sont obligés d'avoir de la raist' pour ces petites têtes...

JOSÉPHINE

De la raison !... il aurait du commencer alors par en avo pour lui-même.

GRIMAVD et ROSALIE.

Comment ?

JOSÉPHINE

Pardi!... d'après ce que ma mère me disait, c'était un vr hurluberlu... qui en a fait!... qui en a fait!...

GRIMAVD, très -sérieux.

Hein ?...

ROSALIE, riant.

Ah! ah ! ah!... un mauvais sujet!

JOSÉPHINE

Un coureur. j

GRIMACD. I

Mademoiselle !... | ROSALIE, bas et riant toujours» \ Laissez-la dire... c'est amusant.

JOSÉPHINE

Qui a débuté par se passionner pour une petite fille de la Vei taie. .. une bégueule!...

ROSALIE, sérieuse,

Plait-il ?

GRIMADD, bas.

Laissez-la dire... c'est amusant.

ROSALIE, bas.

Mais , du tout. ,;

JOSÉPHINE

Une coquette. .. qui le trompait.

ROSALIE

Par exemple !

GRIMACD, bas et furieux.

Comment; Lili ! ... il serait possible î

' ROSALIE, bas.

C'est une calomnie !

JOSEPHINE

Nous en avions des preuves , et je puis même vous raconter ii'unjour elle avait caché un husard...

ROSALIE, l'interrompant.

! Jl suffit, ma chère!... monsieurest pressé, moi-même, j'ai une ►ilette à faire... vous nous conterez cela à dîner.

JOSÉPHINE

Non, non... j'ai un engagement.

ROSALIE, bas d Grimaud.

x\vec son Anatole... il faut lui dessiner les yeux.

GRiMAXJD, bas.

J'ai là justement une lettre que j'avais préparée. c moi, un huriberlu !

ROSALIE, à part.

Moi, une bégueule !... [Haut et d^un air piqué. ) Bonjour , ma oisine.

GRIMAUD, de même Enchanté d'avoir fait votre connaissance... nous reviendrons ous prendre.

JOSÉPHINE

Du tout !

GRiMiro en sortant.

C'est bon, c'est'bon !... (à part) Hurluberlu!

ROSALIE

I Béguculel [ils sortent.)

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