SCÈNE XVI
Les mêmes, DORSAY.
DORSAY , entrant par la gauche.
A quoi diable s'amusc-t-il ? je crois que je ferai bien d'user de la permission qu'il m'a donnée ! (Se croisant les bras en souriant. ) Ah! vous voilà, monsieur le drôle!..
DURAND^ bas à son nei>eu.
Il t'appelle drôle î
puospeu , bas.
C'est dans la pièce... c'est du marivaudage! {jx Dorsay en lui J'aisnnt des signes. )VdLvàç)n,.. si j'ai manqué mon entre'e^ c'est monsieur Durand qui m'a retenu...
DORSAY
M. Durand!
PROSPER
Mon oncle, que j'ai l'honneur de vous pre'senter.
DORSAY , à part.
Son oncle!., ah ! mon Dieu, qu'est-ce que j'allais faire là!., moi, qui veux me mettre bien avec toute la famille!.. {Bas à Pro s per.) Quittez tout cela... qu'il ne soit plus question de rien, je vous en prie... (à Durand. ) Croyez, monsieur, que ce n'était qu'une plaisanterie...
DURAND
Je sais, je sais^ monsieur... c'est un délassement très-agréable!., je m'en suis mêlé aussi autrefois ; je jouais les coJins avec quelqu'agrément... Mais à oui ai-je l'honneur, s'il vous plaît?,..
DORSAY , ^'inclinant.
Dorsay... votre voisin.
DURAND, souriant.
Ah !.. le jeune peintre...
DORSAY , prenant la main de Prosper.
Et l'ami le plus dévoué de votre neveu , que j'aime comme un frère.
PROSPER , à part.
Est -il bon maître I..,
Ahl... vous êtes liés?..
PROSPER , tenant toujours la main de Dorsay. Vous voyez !
DURAND , à part.
En effet , je me rappelle qu'il est sur ma liste , au nombre des créanciers!., et je tiens mon gaillard cette fois I {Haut à Dorsay.) Jesuis enchanté d'une intimité... {Baissant lavoix.) Mais, entrenous, elle vous coûte un peu cher, convenez-en...
DORSAY
Comment, monsieur ?
DURAND, de même.
Oui, oui... entre jeunes gens... ceux qui ont de l'argent paient souvent pour les autres... je sais que Prosper est votre débiteur...
PROSPER, de loin et montrant sa veste galonnée qu'Un a pas quittée.
Brrr... ( Chantonnant entre ses dents,) « De toi, Frontin... je me défie !.. »
DORSAY, à Durand.
C'est une calomnie, M. Prosper ne me doit rien!., si je lui ai prêté , il m'a payé ; ainsi. . .
PROSPER
Je ne lui fais pas dire !
DUKAND, enchanté.
Il serait possible!
DORSAY
Air : De Marianne.
C'est un garçon très-estimable ! . . .
Plein d'ordre et des plus délicats.
DURAND , à Prosper.
De quelle erreur j'étais coupable I Ahl mon ami... viens dans mes brasl
(// l'embrasse.)
Trop emporté.
Je t'ai traité Avec rigueur, même avec dureté...
Pardonne-moi , Car jelecroi, II est bien peu de neveux tels que toi !... Je t'accusais d'avoir des dettes.
Mais je vois briller à mes yeux Ton innocence...
PROSPER , à part.
C'est heureux Qu'il n'ait pas ses lunettes.
DURAND
Je n'y tiens plus! Prosper , je te dois un dédommagement... et je veux te le donner sur-le-cliamp î
(Il va à la table et écrit un petit mot à la hâte.) ^ PROSPER , d'un ail' modeste.
Tout ce qui vous sera agréable , cher oncle !
DURAND y écrwant.
Ah! tu ne t'attends pas...
PROSPER, à Dorsay.
Je vous demande bien pardon. . je suis en famille.
DURAND, cachetant la lettre.
Tiens, porte cela à mon notaire... et dis-lui de se dépêcher.
PROSPER , à pan.
L'acte d'association ! heureux Prosper !.. {A Dorsay,) Vous permettez?
DORSAY , riant.
Comment donc!...
PROSPER , otant sa livrée et reprenant son habit. Enfin ! me voilà sur le chemin de la fortune !
DURAND , à Dorsay.
Quant à vous , jeune homme , nous avions à causer... vous êtes l'ami démon neveu... venez sans façon dîner avec nous... je me flatte que nous nous entendrons...
DORSAY, enchanté.
Ah! monsieur!...
DURAND , à part »
Au fait, ce pauvre Dorsay , je lui dois des consolations.
(Il rentre chez lui.)
TROSPER , le iuli^ant des yeux.
Voilà-t-il un oncle!., (épicier vertueux , vas !... lu n'obliges pas un ingrat... courons vite I {A Dorsay. ) Je n'oublie pas que je vous redois une heure et demie , je vous paierai ça demain avec le courant. Si même vous avez quelques commissions?.. Non?., ça n'aurait pas compté I
(Il sort.l