‹ Le soprano; comédie-vaudeville en un acteChapitre 53 sur 211 · MANETTE, PROSPER · texte numérisé non relu

MANETTE, PROSPER

PROSPER , sans la f^oir cCabord.

Là , l'affaire est en bon chen^in. Le notaire n'a pas voulu me dire.. . mais il a souri , en me pinçant le menton !.. Me voilà l'associé de mon oncle !

(Il se frotte les mains.) MANETTE, à part.

A-t-il Tair heureux !.. {S^ approchant ai^ec humeur.) Monsieur...

PROSPER

C'estencore toi j ma petite?

MANETTE , à part.

Encore!., comme il devient malhonnête !.. {Haut.) Dam ! vous vous m'avez demandé votre mémoire ?. .

PROSPER

Mon mémoire!., je te l'ai demandé... pour aujourd'hui ou demain!..

MANETTE

Eh bien!., dans le doute...

PROSPER

Fallait venir après-demain !.. rien ne presse!..

MANETTE

Au contraire, monsieur, ça presse.,, j'ai besoin d'argent, et il m'en faut à l'instant.

PROSPER , étonné.

Qu'est-ce qui lui prend donc?.,

MANETTE, élcf^ant la (^oix.

Oh! je ne me paie plus de belles paroles ; et quand on doit ..

PROSPER , lui imposant silence.

Veux-tu bien te taire !

MANETTE , plus haut.

Oui , quand on doit...

PROSPER , bas.

Malheureuse! tu veux donc me faire manquer ia plus belle affaire...

MANETTE, Cl part.

C'est ça!., son mariage !.. {Haut. ) Eh bien ! tant mieux, là!..

PROSPER

Mais qu'est-ce que tu as besoin d'argent ?

MAHiBTTE, cherchant.

J'en ai besoin... parce que... je veux m'établir ; je veux me marier.

PPROSPER.

Te marier!., toi ?

MANETTE

Tout comme un autre!

PTIOSPER.

Tiens... cette idée! Et ton futur est- il gentil ?

MANETTE

Je n*en sais rien.

PROSPER

Comment, tu n'en sais rien!..

MANETTE

Je n*en ai pas I

Tu n'as pas de futur?

MANETTE

Dam I faut d'aLord avoir la dot.

PROSPER , lui prenant la main.

Laisse donc , une dot!., avec cette mine-là?.. Quel serait le misérable assez dépourvu de goût et de sensibilité pour exiger

MANETTE

Je ne dis pas... mais il y a beaucoup de misérables qui veulent des dots... Alors, moi, comme je veux un mari, il me faut de l'argent tout de suite, et je m'adresserai plutôt à votre oncle...

PROSPER

A mon, oncle!.. {j4 part.) Il ne me manquerait plus que cela!.. {Haut.) Écoute donc, ma petite...

MANETTE , frappant du pied.

Je n'écoute rien !.. je veux un mari...

PROSPER

Mais...

MANETTE

Je veux un mari !

PROSPER

Je veux un mari!., je veux un mari!., elles ont tout dit, quand elles ont dit cela. Encore , faut-il le temps de choisir ! Que diable, moi, je m'intéresse à toi ; je ne veux pas que tu prennes im mari de pacotille comme on en fait à la douzaine!., il te faut quelque chose de bon, de bien conditionné!.. {A part.) C'est vrai, elle est charmante, cette petite !.. {Haut.) Qu'est-ce que tu lui apportes à ton mari ?

En comptant vos huit cents francs ?

PROSPER

Ou sans les compter?

MANETTE

Une douzaine de mille francs.

PROSPER, à part.

i-esie: ce n'est pas mal. {Haut.) Comment ie voudiais-tu ton mari ?

MANETTE

Mais dam I ie mieux possible.

PROSPER

C'est juste! pour son argent!., comme qui dirait de ma taille?.,

MANETTE

Mais...

PROSPËR.

De mon air? de ma figure?

MANETTE

Mais oui.

PROSPER, ini>ement, Yrai? [à part. ) Pourquoi pas au fait!.. Ça me coiitera moins cher que de payer les huit cents francs. (/iTgwY.) Eh! bien, Manette... si tu veux , je suis ton homme.., c'est-à-dire, je suis ton mari. MANETTE, suffoquée. Vous? quest=-ce que vous dites-là?

PROSPER

Tu hésites!., est-ce que je te déplais?

MANETTE

Au contraire!,, mais, vous en épousez une autre.

PROSPER

Du tout... mon cœur est libre ; pas la moiodre hypothèque i et s'il faut te îe dire, Manette , depuis loog-temps je senlais en te voyant uo certain tic-lac...

MANETTE

Et E«^oi donc! mais, ce n'est pas possible !.. vou ; vous moquez!

PROSPER

Tu en doutes!., donne-moi ton me'moire- {Il écrit au bas.) « Je reconnais avoir reçu de joademoiselle Manette Bazin , ma fu- « ture épouse... la somme de huit-cents francs énoncée ci-dessus, « à-compte sur sa dot... dont quittance... etc. » {Lui rendant le mémoire.) Comme cela , je ne te dois plus rien , et avec deux baisers d'appoint, voilà une affaire soldée.

(Il l'embrasse.)

MANETTE

Tout de bon !

PROSPER , la regardant.

Et une jolie femme! on a raisoîî de dire ; qui paie ses dettes s'enrichit î

MANETTP., hors d'elle.

O Dieu! monsieur .Pro3pea\

Air de Par do. et Revanche.

îl se pourrait ? noU*' procîîaîii mariage, Me cause un' jol' qu' j'ai peine à supporîer !

pnosi-tR.

Tes Iranspoi Ls, mon cœtirle.s jiarînge, ^ Car. je t'aimais saîis m'en (]oiit( r, Gai , je t'aimni? sans m'en doîilcr! ^ ' ' '

MAWETTE.

Moi, votre femm* P

PBOSPER.

Tu le mérites...

Assez long-temps je fus ton débiteur

MANETTE

Ah ! maintenant nous sommes quittes!

PROSPER

Non, car je vais te devoir le bonheur.

{^percef^ant son oncle.) Chut! c'est mon oncle. {La faisant passer de coté.) Ne dis rien I plus tard, je te présenterai à la famille !... il est un peu fier, vois-tu... un épicier en gros I

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