‹ Le soprano;Chapitre 10 sur 26 · GIANETTA, GERTRUDE, LE CARDINAL, LE PRINCE DE FORLI · texte numérisé non relu

GIANETTA, GERTRUDE, LE CARDINAL, LE PRINCE DE FORLI

( Le cardinal et le prince entrent en causant à gauche du théâtre. ) Air : Mais pour qu'enfin l'hymen couronne (du Philtre).

LE CARDINAL , au prince.

Pour repousser cette alliance , Quels sont donc tes motifs secrets ?

Dis m'en un seul.

LE PRINCE, à son oncle.

Eh mais !

Ma répugnance.

GIANETTA , de l'autre côte', apercevant le prince. Que vois-je , ô ciel !

GERTRUDE , bas.

Quoi donc?

gianetta, de même.

C'est lui.

GERTRUDE, bas.

Comment ! le prince de Forli ?

GIANETTA, bas.

Oui , ce jeune inconnu qui me reçut chez lui.

GERTRUDE , bas.

Et qui vous adorait?

GIANETTA

Sans doute.

GERTRUDE

Taisez-vous.

Un mot nous perdrait tous.

( Haut, et s'adressant au cardinal , qui a toujours causé bas avec son neveu. )

Monseigneur , vous voyez ce jeune soprano Que vous attendiez.

LE PRINCE, se retournant vivement* Gianino !

C'est lui qu'hier... oui vraiment., c'est bien lui. A son aspect, mon cœur a tressailli.

/ GIANETTA , part.

j Ah! malgré moi, combien sa vue Vient agiter mon aiue émue.

Je sens, hélas ! battre mon cœur D'étonnement et de frayeur.

GERTRUDE , bas à Gianetta.

Je sens combien , à cette vue, Votre ame, hélas! doit être émue ; Mais avec soin , dans votre cœur , Renfermez bien cette frayeur.

LE PRINCE, h part.

Ah ! malgré moi , combien sa vue Vient agiter mon ame émue !

Je sens déjà battre mon cœur D'étonnement et de bonheur.

le 'cardinal , à part.

Mais de son trouble , à cette vue Vraiment mon ame est confondue ; Je n'entends rien, sur mon honneur, A sa surprise , à son bonheur.

LE cardinal , à son neveu.

Eh bien ! eh bien !

Qu'as-tu donc ?

le prince, regardant toujours Gianetta.

Rien.

GERTRUDE , bas ii Gianetta.

Tenez-vous bien.

GIANETTA \ a part.

Cachons-nous bien.

LE PRINCE, avec émotion, et regardant £ toujours Gianetta.

Je suis ému de souvenir , Car à l'entendre nier, j'éprouvais un plaisir..,.

GIANETTA

Je sens, hélas! battre mon cœur, D'étonnement et de frayeur.

GERTRUDE

,j I Mais avec soin, dans votre cœur,

S 1 Renfermez bien cette frayeur.

W { LE PRINCE

K I Je sens déjà battre mon cœur

D'étonnement et de bonbeur.

LE CARDINAL

Je n'entends rien , sur mon honneur,

A sa surprise, à son bonheur.

( Pendant la fin de cet ensemble , deux domestiques ont apporté une table servie qu'ils ont placée à droite du théâtre. )

GI \NETTA , au prince.

Quoi ! monseigneur était hier à mon début?

LE PRINCE, à part.

Et la voix aussi! c'est inconcevable, ou plutôt je

cherche moi-même à m'abuser... car je le vois partout... (Haut, et passant auprès de Gianetta.) Oui, Gianino , oui, j'étais à votre début. . . et ce cri involontaire que je n'ai pu retenir à votre première apparition

GIANETTA

C'était vous?

LE CARDINAL*

Avant même qu'il n'eût thanté... Voilà le vrai dilettante!

LE PRINCE

Et si vous saviez, mon oncle, quel talent . . quelle expression ! . . . quelle voix suave et légère ! ... Il a été sublime Je n'en ai pas dormi de la nuit Gianino ,

* Gianetta , le Prince , le Cardinal , Gertrude.

votre main . . . Vous avez en moi un admirateur, un ami T je vous le jure... Eh mais ! vous tremblez!

GlANETTA.

Non, mon prince.

LE PKINCE.

Quand vous me connaîtrez mieux , vous ne serez pas

étonné de l'intérêt que je vous porte J'aime les arts ,

comme tout ce que j'aime. .. avec ardeur, avec passion... Vous logerez dans ce palais, chez mon oncle...

GIANETTA

Permettez...

LE PHINCE.

C'est convenu, vous ne sortirez pas d'ici ; et en échange de notre amitié, tout ce que nous vous demandons. . . c'est une cavatine par jour. Moi, d abord, je parle de vous à tout le monde. . . et j'ai déjà arrangé un concert par souscription : dix piastres par tête ! > . . et on s'arrachera les billels ; je m'en charge... Et puis n'oubliez pas qu'aujourd'hui à midi , vous avez répétition du Stabat. . . J'irai, je veux vous entendre.

DE CARDINAL , à Gertrude.

La musique lui fera perdre la tête , c'est sûr. GERTRUDE, h mi-voix.

Laissez-le faire C'est par le seul Gianino que nous

pourrons obtenir son consentement à cette alliance.

LE CARDINAL, à mi-voix.

Vous croyez. . . c'est tout ce que je désire. . . Çà, et le déjeûner...

GERTRUDE, montrant la table qu'on a apportée.

On vient de le servir...

( Un domestique place à gauche , une petite table sur laquelle sont des bouteilles, dans des vases à rafraîchir. )

LE CARDINAL

Qu'on ne s'occupe plus de rien. . . Mon neveu. . . mon neveu, mettons-nous à table... Mon neveu, à ma droitenoire jeune virtuose y ici, près de moi.

GERTRUDE

Monseigneur n'a pas sa chancellière?

LE CARDINAL

C'est vrai.

GERTRUDE , derrière lui et lui plaçant un oreiller sur son fauteuil. Et monseigneur est mieux , quand il est appuyé.

CARDINAL

C'est bien , c'est bien. . . Cette bonne madame Gertrude pense à tout.

GERTRUDE

Oh mon Dieu! non car j'oubliais que j'avais une

grâce à vous demander.

LE CARDINAL

Est-elle adroite ! elle sait bien qu'il y a des momens où je ne peux rien refuser.

GERTRUDE

C'est un pauvre diable qui demande au palais-cardinal la place d'organiste vacante, et qui, avant tout, prie monseigneur de vouloir bien l'entendre.

LE CARDINAL

A la bonne heure.. . cela n'empêche pas de déjeûner. . . Et puis, en présence du signor et de mon neveu, il sera jugé par des connaisseurs... Fais-le entrer.

GERTRUDE

Oui, éminence . . . (Allant auprès du cardinal.) Je prie seulement monseigneur de manger lentement, cela lui vaut mieux. (Elle sort.)

LE CARDINAL, à son neveu.

Qu'est-ce qu'il fait celui-là. . . les yeux et la fourchette en l'air ? . . est-ce que c'est là la place d'une fourchette ? LE PRINCE , regardant toujours Gianetta. Je n'en reviens pas , Gianino , je ne vous avais vu qu'hier, et de loin. . . mais maintenant, plus je vous regarde , plus il me semble.

GIANETTA, h part.

Ah mon Dieu!- . . . Veillons sur moi , et que rien ne puisse lui faire soupçonner. . .

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